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Interview de Denis Payre : « Dans la forme, je parle un peu différemment, puisque je suis un manager »

La Péniche : Tout d’abord, pouvez-vous revenir sur quelques points clés de votre parcours, pour que nous en sachions un peu plus sur vous ? 

Denis Payre : Je suis un entrepreneur récidiviste, j’ai créé principalement deux sociétés dans ma vie, un éditeur de logiciel Business Objects, qui est devenu leader mondial en quelques années et qui fait maintenant partie du groupe SAP. Et la société Kiala, une société de logistique pour le e-commerce, qui est le leader en Europe. Je l’ai revendu à UPS et elle est devenue le leader mondial au sein de la marque UPS Access Point. Je suis également un citoyen engagé, j’ai créé Croissance Plus il y a 24 ans une association qui s’est battu et se bat toujours pour un environnement propice aux entreprises innovantes. J’ai aussi créé il y a quelques années le mouvement Nos citoyens, qui est un mouvement citoyen, pour essayer de pousser à ce que la réforme de l’État soit dans le débat public, et que la société civile s’implique plus en politique. Finalement depuis quelques années, je développe des solutions de stockage d’énergie pour la transition énergétique. 

LPN : Pouvez-vous également nous donner les raisons qui vous ont poussé à entrer en politique ?

DN : Les raisons qui m’ont déjà poussé en 2013, 2014, c’était le constat que la société civile n’est pas suffisamment représentée, surtout par des gens qui n’étaient pas des politiques de carrière et qui n’étaient pas des fonctionnaires. Il est parfaitement légitime que les deux soient représentés, là n’est pas le sujet, mais il manquait un 3e pilier, je dirais qu’ils étaient des gens qui venaient avec une expertise de la société civile, qui passaient quelques années en politique et ensuite retournaient dans la société. Le mouvement Nos citoyens s’était positionné par rapport à cela et la nécessité d’impliquer ces gens-là pour que la classe politique, ne soit pas dominée par les deux autres profils. Ce qui explique, selon moi, que le pays ait connu les difficultés qu’il connaissait et qu’il connaît toujours puisque les profils n’ont pas tellement évolué.

Ensuite par rapport à l’autre thématique et l’autre raison qui m’avait poussé à faire de la politique, c’était la nécessité, selon moi, de réformer l’État. Un État omniprésent, obèse déjà à l’époque qui pénalisait fortement le pays à travers ses dysfonctionnements. La chose, n’a fait que s’aggraver, bien qu’on ait réussi à ce que l’implication de la société civile et la réforme de l’État, soit dans la présidentielle de 2017. François Fillon et Emmanuel Macron étaient tous les deux sur ces thématiques. Emmanuel Macron, avait une réforme de l’État moins ambitieuse, il voulait supprimer 120000 postes lors que François Fillon était plutôt sur 500000 postes. D’ailleurs, il ne l’a pas fait, et a finalement créé 120 000 postes ce qui est assez décevant, même si à la base les idées étaient plutôt intéressantes. 

Pour ma part, j’avais plutôt soutenu François Fillon compte tenu du niveau d’ambition de réforme de l’État. Mais fin août, j’ai constaté, au moment où s’ouvrait la primaire des républicains, que finalement aucun candidat n’allait porter un programme qui ressemblait, en terme d’ambition, à celui qui avait poussé François Fillon en terme de réforme de l’État. Je trouvais ça dommage parce que je pense que cela est plus que jamais une nécessité, c’est absolument prioritaire car les conséquences de cette situation sont très graves pour le pays. La première conséquence est la présence de nos jours d’un État qui veut tout faire, mais il ne peut pas tout bien faire et donc on voit s’effondrer le régalien. On voit que l’État n’est même plus capable d’assumer ses fonctions régaliennes, de faire en sorte que la justice fonctionne correctement, que l’immigration soit sous contrôle, que la lutte contre l’islam radicale soit efficace. Et bien que l’État ait les moyens les plus élevés au monde, aujourd’hui il n’est même pas capable d’assurer une fonction régalienne des plus élémentaires. Je pense qu’il faut qu’il se concentre sur ces fonctions là et qu’il s’appuie sur la société civile, associations, entreprises, pour un certain nombre d’autres activités. Il ne rend pas un service de qualité alors qu’on a des fonctionnaires de très grande qualité, c’est même un des atouts du pays par rapport à d’autres pays. En France, travailler pour la fonction publique est quelque chose de valorisant socialement. Mais on a une prestation qui est de mauvaise qualité dans tous les domaines, y compris l’éducation où on a un système éducatif qui est un des moins performants des pays développés, et également un des plus antisocial. C’est-à-dire que quand on est pauvre, on a plus de chance de le rester. Donc, une contre-performance publique, un coût très élevé, des résultats très moyens. 

Et derrière, toute une série de conséquences qui sont très néfastes et très négatives pour la société française. La première, c’est le pouvoir d’achat qui est écrasé par le poids de l’État. Le gouvernement a dû sortir en catastrophe une prime de 100€ pour lutter contre l’inflation, et je pense qu’il fallait le faire. Mais il fallait le faire parce que l’on n’a pas réformé l’État. Aujourd’hui, quand un salarié touche 2000€ par mois net, ce qui était l’exemple choisi par Jean Castex, le coût pour l’entreprise, c’est 3500€, il y a donc 1500€ de charges. Dans les pays voisins qui ont un État mieux géré, le salaire net du salarié, est de 500 à 1000€ de plus par mois. Donc on n’aurait pas à offrir ces primes si on avait un État qui était mieux géré et si on avait beaucoup moins de charges sociales. Il y a un vrai problème d’efficacité. 

Ensuite, les autres conséquences. D’abord, c’est évidemment le fait que l’industrie et l’agriculture ne sont pas compétitives par rapport à nos voisins immédiats, tout ce qu’on fait en France coûte beaucoup plus cher. Et donc on a un des pays les plus désindustrialisé d’Europe alors qu’on a une grande tradition industrielle. On tourne au même niveau que la Grèce, qui est un pays de tradition agricole. Et en matière agricole justement, on est aussi en train de décrocher. On a longtemps été le premier exportateur de produits agricoles en Europe, mais aujourd’hui on est en train de perdre notre souveraineté alimentaire. Depuis 2018, on a, en dehors des vins et spiritueux, perdu notre souveraineté alimentaire dans tous les secteurs parce qu’on n’est pas compétitif. La main d’œuvre est trop chère, une étude a montré récemment que le coût de la main d’œuvre dans les fruits et légumes est 22% supérieur à l’Allemagne, 35% supérieur à l’Espagne et 45% supérieur aux Pays-Bas. Ce dernier est pourtant un tout petit pays avec très peu de terres agricoles, quatorze fois plus petit que la France, et avec une densité de population cinq fois supérieure, c’est donc un pays qui n’a pas vocation agricole mais qui aujourd’hui exporte plus de produits agricoles que nous. Les conséquences sont dramatiques parce que ce sont des conséquences sociales, on a des régions entières qui sont complètement dévitalisées avec des ouvriers et des agriculteurs qui perdent leur emploi parce que leur activité n’est pas soutenable économiquement. Donc il faut absolument réformer l’État pour cette raison-là, notamment en baissant la dépense sur les services administratifs centraux et non pas sur les premières lignes, car ce sont les premières victimes. Ils sont mal rémunérés, peu considérés. Ils subissent cette bureaucratie qu’on a laissé prospérer toutes ces dernières années, qui est une tendance française bien connue, que Balzac décrivait déjà, c’est un vrai travers Français. Si on ne fait pas très attention à contrôler cette bureaucratie, c’est quelque chose qui va rester envahissant et qui va continuer à pénaliser fortement la société française. À ce jour, il faut absolument réinventer, refonder l’État pour le rendre plus efficace, moins coûteux et ce faisant, on aura des coûts inférieurs et un service qui sera de meilleure qualité. 

Je cite toujours l’exemple des crèches. Lorsqu’on bascule une crèche publique, communale, municipale vers un opérateur privé, on a une baisse de coûts de 20 à 40% et on a un service qui est bien meilleur. Les crèches, et les grandes compagnies de crèches peuvent investir dans la pédagogie, elles peuvent former correctement les employés aux normes d’hygiène et de sécurité, donc le service s’améliore considérablement. On peut alors faire beaucoup plus avec beaucoup moins, c’est une conviction absolue que j’ai et qui a été démontrée de multiples fois. C’est une nécessité pour sauver le pouvoir d’achat, sauver l’industrie, sauver l’agriculture et pour avoir un service public de qualité.

LPN : D’où vous vient votre volonté de candidater pour la présidence de la France ? 

DP : La raison de fond, c’est que j’ai quatre enfants, et j’ai envie d’essayer d’éviter de leur laisser un pays déclassé. Donc c’est aussi pour ça que je me suis lancé. J’y suis allée en pensant à mes enfants et aux enfants de France, en me disant, il faut que les gens de ma génération se mobilisent aujourd’hui pour éviter d’être perçu comme une génération de jouissants irresponsables.

LPN : Nous avons pu noter votre arrivée récente au parti Les Républicains, après un parcours brillant, avec notamment le projet Nous citoyens qui cherchait surtout à instaurer une plus grande implication de la société civile en politique. Quelles ont été les idées ou les convictions qui vous ont poussé à vous tourner vers le parti Les Républicains plutôt qu’un autre (alors qu’il vous est arrivé de le critiquer à plusieurs reprises) ? 

DP : Je peux critiquer le fonctionnement des Républicains tout en adhérant à un certain nombre de valeurs. 

Mais j’ai choisi les Républicains parce que c’est le seul mouvement politique pour l’instant en France, qui ait montré qu’il était capable d’accepter et d’encourager un programme ambitieux de réforme du pays. François Fillon en 2016-2017 avait démarrer la primaire à 10%, et il avait fini à 66% sur un programme qui n’était pas très éloigné de celui que je présente. Dans la forme, je parle un peu différemment, puisque je suis un manager, je parle d’organisation, je parle des hommes, des femmes, et le fait de les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes. Je suis plus dans une démarche organisationnelle, managériale, humaine, que l’était François Fillon qui était sur une démarche un peu plus comptable, mais sur le fond, on parle des mêmes sujets. Il avait fini la primaire à 66%, il a fait 20% à la présidentielle, malgré le scandale qu’on connait tous. Donc l’électorat des Républicains était et je pense est toujours, en attente de ce discours-là. Alors j’ai constaté effectivement fin août qu’aucun des candidats n’allait à priori reprendre cette thématique. J’ai donc décidé de le faire pour essayer d’être un aiguillon, pour essayer de faire que ces idées soient reprises si j’ai la chance d’être qualifié.

LPN : Comment envisagez-vous de concilier vos activités actuelles, qui sont très nombreuses et variées, avec notamment votre statut de serial entrepreneur, et le statut de candidat à la présidentielle, et peut-être plus tard de Président de la République française ? 

DP : C’est assez facile dans la mesure où je suis en train de terminer un cycle où je préparais un premier projet de stockage d’énergie en Martinique. Il est en train d’être approuvé par la CRE, donc je me suis trouvé à un carrefour, soit je décidais d’en faire d’autres, soit je décidais de faire autre chose. Et j’ai décidé de partir dans cette direction, mais si ça n’aboutit pas je reviendrai développeur de stockage d’énergie. 

LPN : D’ailleurs, pour continuer sur le sujet, de quelle manière pensez-vous que votre lien avec le monde entrepreneurial peut représenter un atout dans le monde de la politique, et de quelle manière allez-vous choisir ou non de l’exploiter dans le cadre de votre campagne pour les élections, ou encore dans votre rôle de chef de l’Etat ?

DP : Je pense que c’est un atout important, puisque ma caractéristique principale, c’est que je suis un homme d’organisation, de management. Ce sont des sujets qui me passionnent, je vis avec la culture du résultat depuis 30 ans, ce qui n’est pas le cas de la plupart des dirigeants politiques. Et donc, c’est un différenciateur qui est très fort à un moment où l’État a besoin d’organisation, de management et d’ordre. Par ailleurs, je précise aussi que je connais bien deux segments importants pour l’avenir. Je connais très bien le digital parce que j’ai créé un leadeur mondial dans ce domaine-là, et je connais aussi très bien la transition énergétique.

LPN : J’aimerai revenir sur quelques points de votre programme pour les clarifier :

Dans votre manifeste, vous évoquez votre ambition de déléguer une partie des missions d’exécution opérationnelle à des tiers privés plutôt que laisser ce poids aux institutions étatiques afin de fluidifier l’action du gouvernement. Cependant, ne pensez vous pas que cela serait contradictoire avec les valeurs de la République, valeurs que vous souhaitez « conserver » selon vos dires ? 

DP : Pas du tout, au contraire, je pense que cela est plus en phase avec la République. Les valeurs sont bafouées en permanence. Par exemple l’éducation aujourd’hui est pratiquement la plus antisociale des pays développés. Les valeurs de la République elles sont déjà totalement bafouées, c’est une honte et un scandale même que personne ne fasse rien ou ne s’insurge plus que ça ! Je pense au contraire qu’il est pertinent de s’appuyer sur les opérateurs privés qui vont mettre en œuvre les objectifs qui seront décidés par l’administration. Le modèle que je préconise, c’est un modèle de concession, de délégation de service public dans lequel l’opérateur ne fait qu’exécuter des ordres et les orientations qui sont décidées par la fonction publique. Donc il n’a aucune liberté en ce qui concerne les orientations, tout est décidé par l’État, il ne fait qu’exécuter, mais il le fait bien parce que c’est son métier. 

LPN : Votre programme se compose de trois piliers essentiels, cependant, il n’apparaît que des piliers au sujet de l’économie et de la bureaucratisation, du territoire et de la transition énergétique. Qu’en est-il des autres aspects tels que les réformes sociétales, la dimension supranationale ou encore la politique étrangère ? 

DP : Oui, alors je, je n’en parle pas beaucoup, mais j’évoque six fractures majeures de la société française. Une fracture territoriale, fracture éducative, fracture de l’intégration, fracture sécuritaire, fracture politique. Rajouter un débat sociétal, je pense que c’est potentiellement une fracture de plus alors que le pays est déjà très fracturé. Je ne pense pas que ce soit une priorité aujourd’hui que de d’évoquer ces sujets là quand on est déjà confronté à ces six fractures. 

Sur les sujets internationaux, j’évoque plus qu’en filigrane à la fois transition énergétique et la fracture de l’innovation. Je parle du commerce mondial et d’un commerce mondial déséquilibré, j’ai même publié un livre dessus en janvier qui s’appelle le Contrat Mondial. J’explique que la mondialisation récente a mis en compétition des économies qui avait 150 ans d’histoire sociale, 50 ans d’histoire environnementale et donc de fait avec des normes sociales environnementalement élevées et coûteuses, contre des pays émergents, avec une histoire plus récente est donc des normes plus récentes et beaucoup moins couteuses. Et des régimes autoritaires qui souvent, faisaient tout pour que ces normes ne se développent pas. J’ai expliqué les conséquences, le fait qu’on avait perdu beaucoup d’activités industrielles à cause de cela. Ce n’est pas la seule raison, c’est aussi dû à notre compétitivité, en France, on a perdu beaucoup plus que les autres parce qu’on subit une double peine. La première balle qu’on s’est tirée dans le pied, c’est notre manque de compétitivité du fait de notre État obèse et hors de prix, on n’est pas compétitif, même par rapport à nos voisins. En plus, les pays occidentaux ont décidé, tous ensemble, de considérer que l’industrie, ce n’était finalement pas si important que ça et que ça pouvait se faire dans les pays en développement avec une espèce de partage des tâches entre les pays. Or, on ne s’est pas rendu compte que derrière on perdrait des savoir-faire, et qu’on laissait tomber une classe populaire dans les zones périphériques, et donc avec des conséquences tout à fait dramatiques. Et aujourd’hui, on se rend compte que la transition énergétique, par exemple, est essentiellement une question industrielle basée surtout sur des machines, qu’on ne sait quasiment plus faire. Elles sont fabriquées le plus souvent dans l’atelier du monde qu’est devenu la Chine. Donc ça veut dire que pour construire notre nouveau réseau renouvelable on est obligé de s’appuyer sur des équipements qui sont fabriqués en Chine et ça pose des problèmes considérables en stratégie de dépendance, des problèmes sociaux, parce que ça veut dire que on est en train de dépenser beaucoup d’argent dans ces secteurs et qu’on n’en a pas les bénéfices économiques industriels. Je pense que c’est même susceptible de provoquer un rejet de la transition énergétique. C’est d’ailleurs l’objet d’une Tribune que j’ai publié dans Fortune Magazine il n’y a pas longtemps aux Etats Unis, qui est le principal magazine économique américain, qui m’a ouvert ses colonnes. Je suis allé parler de ce sujet, donc à la fois de transition énergétique et de commerce mondial. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de candidats à la présidence qui voit Fortune Magazine lui ouvrir ses colonnes. C’est aussi un de mes différenciateurs. 

LPN : Vous avez déclaré dans un entretien récent que vous ambitionnez de proposer un “contrat mondial” afin de “rééquilibrer la compétition mondiale”. Cependant, cela reste une notion assez flou, et il est difficile d’imaginer son application concrète, donc comment envisagez-vous de mettre en place ce contrat, et surtout quelles seraient les ambitions pour la France grâce à ce rééquilibrage ? 

DP : Je pense que la France est un allié historique des États-Unis et qu’elle est au cœur de la construction européenne, je pense que la France est bien placée pour aller trouver ses partenaires qui l’écouteront, si, elle y va, avec un discours construit pour proposer de créer cette vaste zone de libre-échange que je préconise. Je préconise une zone entre ces pays qui représentent 50% du PIB mondial, qui sont les démocraties libérales, qui respectent l’homme et la nature depuis toujours, et qui ont ces valeurs en commun. Le but serait de décider de mettre en place des systèmes de compensation environnementale et sociale pour les industries stratégiques aux frontières de cette vaste zone, de façon à effectivement préserver un certain nombre d’industries stratégiques. Je pense que la France est bien placée pour porter ces idées-là : pays des droits de l’homme, de la Révolution française, avec une grande tradition d’innovation dans le domaine politique. Encore une fois au cœur de la construction européenne, allié historique des États-Unis, c’est l’un rares pays avec lequel les Etats-Unis n’ont jamais été en guerre. De ce point de vue-là, nous sommes capables d’aller trouver nos amis américains pour leur en parler et les convaincre que c’est une bonne idée, surtout qu’ils ont le même problème que nous, donc ils écouteront je pense. 

LPN : Dans votre projet politique Nous Citoyens, vous cherchiez avant tout à instaurer de nouveau un intérêt de la société civile pour la politique. Ce projet a pris fin il y a quelques années, mais de nos jours, nous faisons face à une réelle défiance envers les politiques et les institutions et maintenant que vous êtes candidat, vous incarnez également cette figure de l’homme politique. Mais comment est-il possible, de nos jours, de sortir de cette défiance et réconcilier la société civile et le politique ? 

DP : Je pense qu’il faut le faire en encourageant les profils comme le mien. Moi, j’essaie de renouer le fil, entre la classe politique et la société civile qui est terriblement dénoué, 67% d’abstention aux régionales, c’est terrible. Donc j’essaie de le faire en m’engageant, ce n’est pas du tout la solution de facilité qui serait pour moi de continuer à développer des solutions de stockage énergie, c’est passionnant, vertueux, beaucoup moins fatigant, et on est beaucoup moins exposé à la critique que je ne le suis depuis quelques semaines. Donc je n’ai pas choisi la facilité mais je pense que c’est important pour essayer de renouer le dialogue entre la classe politique et la société civile. C’est vrai que c’est très compliqué, que je ne suis pas bien accueilli, que les Républicains se sont fermés comme une huitre au départ. Maintenant j’ai réussi à les faire se rouvrir et leur faire comprendre que c’était dans leur intérêt aussi de montrer qu’ils sont ouverts à la société civile précisément pendant cette période de crise majeure, et qu’il était contre-productif, au contraire de se fermer à la société civile. Cela faisait passer exactement le message inverse de celui qu’il fallait faire passer, le message a été entendu je pense, mais c’est arrivé très tardivement. J’ai pu mener campagne pour obtenir mes parrainages pendant seulement 15 jours sur les 2 mois de campagne que je devais mener. Je mène campagne pendant 25% du temps, donc j’ai beaucoup de difficulté à obtenir mes parrainages de ce fait-là, c’était peut-être d’ailleurs l’objectif des gens qui m’ont laissé rentrer très tardivement que de m’empêcher de trouver parrainage. Donc c’est évidemment très triste et ce n’est pas le bon message pour montrer qu’on est ouvert là société civile

LPN : Finalement, pour parler d’un sujet d’actualité que vous n’évoquez pas énormément dans votre programme, nous aimerions revenir sur vos volontés écologistes pour le pays, et sur la manière dont vous envisagez de concilier votre volonté économique de relance massive, et la préservation de l’environnement ? 

DP : Alors effectivement, moi, je suis un écologiste de droite, il n’y en a pas beaucoup, mais il n’y a pas de raison que ce sujet soit monopolisé par la gauche, d’autant plus que je pense que c’est une révolution industrielle majeure et que c’est l’économie de marché qui va trouver les solutions. Ce sont les entrepreneurs qui vont trouver les idées et qui permettront de trouver les solutions sur la façon de décarboner efficacement la planète, et c’est comme ça qu’on s’en sortira. Ce n’est pas par la décroissance qui ne marche pas, il y aura un rejet immédiat. On a déjà vu les taxes sur le carbone, déjà très taxé, et on a eu un rejet instantané, il faut faire très attention, il ne faut pas se précipiter bien qu’il faille aller vite, donc il faut trouver un bon équilibre. 

Je pense que le nucléaire est incontournable, même si je ne suis pas un fan, parce que c’est une bonne énergie de transition à l‘échelle du secteur de l’énergie sur des cibles de 30 ou 40 ans. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir des centrales nucléaires qui sont amorties. Pour le nouveau nucléaire, l’EPR, je suis plus prudent, les coûts sont très élevés, 105 à 110€ du mégawattheure. On parle de l’EPR2 qui serait moins coûteux donc je suis intéressé de voir à quel coût effectivement il va se situer. Je pense qu’il fera partie du mix pour finir de décarboner le pays donc décarbonater le reste, c’est à dire la mobilité, l’industrie et l’agriculture. 

Pour le reste de la décarbonation je pense qu’il faut miser sur le renouvelable. L’éolienne en mer en particulier, auquel je crois beaucoup. Il y a déjà 5000 éoliennes, contre une seulement en construction actuellement en France. C’est encore un problème où l’Etat n’a pas été au rendez-vous, il n’a pas su coordonner les parties prenantes pour faire construire rapidement des éoliennes en France. Il y a encore des sujets d’insatisfaction avec les pêcheurs qui ne sont pas résolus. Nous pouvons imaginer que ces sujets ont été les mêmes en Belgique, au Pays-Bas avec des façades maritimes beaucoup plus contraintes, avec de grands ports très actifs. Malgré tout ils ont réussi, la Belgique a déployé 325 éoliennes. Donc on a été très lent et notre Etat a failli ici aussi. Et donc il faut déployer des éoliennes en mer. On a un facteur de charge qui est élevé, c’est-à-dire qu’entre 40 à 50% du temps, l’éolienne est à pleine puissance, par rapport au nucléaire on est à 65% du temps, donc pas tellement d’intermittence, et il y a même des solutions pour gérer ces intermittences, comme celle que je préconise par exemple. 

Finalement, je pense qu’il faut déployer plus de photovoltaïque sur les toitures. Et certainement aussi, nouer des partenariats avec des pays du Maghreb qui ont de l’espace, du soleil, de l’eau pour mettre en place des partenariats stratégiques. On va occuper quelques milliers, quelques dizaines de milliers d’hectares pour déployer des fermes photovoltaïques qui vont générer de l’hydrogène vert, qu’on rapatriera comme dans les gazoducs. En contrepartie, nous aiderons ces pays sur des sujets sur lesquels on peut les aider comme l’industrialisation, améliorer leur système de santé, leur système éducatif, etc. On peut trouver des solutions intelligentes pour travailler ensemble. Cela aura aussi l’avantage de fixer les populations migrantes de ces pays. Donc créer des partenariats plus importants que ceux qu’on a aujourd’hui, je pense en particulier à la Tunisie, au Maroc et même à l’Algérie.

LPN : Avez-vous un dernier mot à ajouter ? 

DP : Non, simplement que je suis enchanté de m’être exprimé devant les étudiants de Sciences Po parce que c’est vraiment pour la génération future que je m’implique. Je m’engage pour essayer de ne pas vous laisser un pays déclassé, un pays surendetté, un pays fracturé, un pays désindustrialisé, un pays qui ne vous forme pas, qui ne forme pas les jeunes. Vous êtes, pour votre part, brillants mais tous n’ont pas cette chance là. Vous avez fait de bonnes études mais tous les Français n’ont pas cette chance là. On ne vous forme pas aux défis du XXIème siècle. Je suis enchanté d’avoir pu m’exprimer et d’avoir vu des gens qui m’écoutaient et qui n’étaient pas toujours en désaccord, donc très positif.

Crédit image : ©Christophe Lebedinsky, CC BY-SA 3.0 FR