Volodymyr Zelensky à Sciences Po : « Nous nous battons pour la vie »

Le 13 mars 2026, c’est à Sciences Po que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souhaité adresser un message à la jeunesse européenne. Avec un public solidaire, il a évoqué la réalité de la guerre, les enjeux ukrainiens et les perspectives de paix. Retour sur cette « grande conférence » historique.

Photo : Volodymyr Zelensky dans l’amphithéâtre Boutmy, à Sciences Po, Paris, 13/03/2026 (Albert Ghazaryan).


« Je ne sais pas s’il y a déjà eu ce niveau de sécurité à Sciences Po », confie une salariée de la grande école. Et pour cause : rue bloquée, portiques de sécurité, détecteurs de métaux, chiens renifleurs, snipers sur les toits, vérification d’identité… Le campus s’apprête à accueillir Volodymyr Zelensky, après son entretien avec Emmanuel Macron et son passage à Radio France.

Zelensky accueilli en héros

Le président ukrainien fait son entrée sous les applaudissements tonitruants des étudiants, professeurs, ambassadeurs ou encore anciens ministres, debout dans un amphithéâtre Boutmy bondé.

Dans son propos liminaire, Luis Vassy souligne l’ « exigence morale » pour les sociétés libres d’être puissantes, affirmant que l’Ukraine donne « la leçon suprême des nations, celle du prix de la liberté ». Le diplomate et directeur de Sciences Po laisse ensuite le président ukrainien répondre aux questions de la doyenne de la Paris School of International Affairs, Arancha González, et d’étudiants.

Pour Volodymyr Zelensky, qui remercie l’ensemble des personnes présentes, la défense de l’Ukraine et les soutiens constituent déjà une « victoire du monde entier ».

Le rappel de l’horreur de la guerre

Le chef de l’État rappelle l’horreur de la guerre pour les Ukrainiens, qui les a « incontestablement » changés : il ne s’agit pas d’une « question de kilomètres carrés », ni d’une « lutte pour des territoires » mais « pour la vie » et « pour les gens ».

Alors que des morts s’ajoutent tous les jours aux centaines de milliers déjà tombés, le pire, ce sont les disparitions « puisque les proches ne peuvent même pas dire adieu ». La question tragique des enfants déportés et adoptés de force – 19 500 selon plusieurs sources – a été évoquée. Le président appelle la France et d’autres pays à aider à les retrouver grâce à leurs services de renseignement. Il veut toutefois se réjouir pour les 2 000 enfants déjà récupérés.

V. Zelensky regrette également la guerre en Iran, qui détourne une partie du soutien international dont l’Ukraine a besoin. Il juge « incompréhensible » la levée des sanctions américaines sur les hydrocarbures russes, tout en comptant faire jouer l’aide ukrainienne contre les missiles iraniens dans les échanges ukraino-américains.

Le dirigeant ajoute tout de même quelques pointes d’humour : « Si vous savez comment faire [en sorte pour qu’Emmanuel Macron se représente pour un troisième mandat consécutif]… »

Une paix vraisemblablement lointaine

Si le chef de l’État ukrainien clame la nécessité d’une solution diplomatique au conflit, il met en exergue la nécessité d’une paix juste. Elle inclut de « punir les criminels », ce qui est « un processus long », visant sans le nommer Vladimir Poutine.

Il affirme que le changement relève aussi des Russes, qui l’ont élu à plusieurs reprises. C’est « votre choix : d’être libre ou pas ».

La perspective de la paix semble donc lointaine.

Interrogé à la sortie de la conférence par La Péniche, L. Vassy veut bien nuancer : « [V. Zelensky] a aussi noté que ni la Russie ni l’Ukraine n’avaient sans doute la possibilité de bouger massivement les lignes sur le terrain. »

Pour le diplomate, « la question de l’impunité doit rester un horizon. Le droit international existe, mais n’a pas de force exécutoire. […] C’est un repère et une contrainte. Il crée une sorte de viscosité positive dans les relations internationales. Mais les juges ne sont pas les maîtres des relations internationales, ce sont les diplomates. »

Le président ukrainien avait conclu cette grande conférence par un message à la jeunesse européenne : « Faites confiance aux Ukrainiens, soutenez-nous. Nous nous battons pour la liberté, pour toute l’Europe et pas uniquement l’Ukraine. Bien sûr, c’est une guerre pour notre pays natal, mais aussi pour toute l’Europe. Et je pense que les Ukrainiens ont aujourd’hui besoin de votre réel soutien, vos vraies émotions. Venez aussi en Ukraine. »

Finalement, c’est d’un sursaut d’humanité dont le monde a besoin en ces temps troublés.