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Le Parcours Civique à l’épreuve du virus : comment s’engager confiné.es ?

La première parole après le long silence. Le 27 novembre, les nouvelles modalités du PCL (Projet Civique Libre) sont annoncées par l’administration, confirmant la réduction du nombre d’heures requises pour la validation. Si ces nouvelles sont un soulagement pour beaucoup, elles constituent également l’occasion de revenir sur l’engagement en plein confinement à l’aide de quelques récits d’élèves.

Les souvenirs d’un stage civique de 1A décevant

Le Parcours Civique, qui débute par une expérience d’un mois en 1A, puis est suivi par un Projet Civique Libre qui s’étend tout au long de l’année, semble être une opportunité d’engagement solidaire pour les étudiant.es. Seulement, au temps de la COVID-19, les mots de Sciences Po au sujet d’une formation au contact direct du public arborent une dimension tout autre. L’année dernière, le stage civique de 1A était déjà mouvementé par un panel de cas aussi différents qu’inédits. “J’ai été un peu déçue de mon expérience de 1A car j’avais prévu un stage dans un refuge pour animaux sauvages qui m’aurait beaucoup plu et qui n’a pas pu avoir lieu”, se rappelle Nisrine. “À la place, j’ai fait du bénévolat à distance à propos de l’agriculture durable, ce qui m’a appris de nombreuses choses personnellement, mais j’ai trouvé cette expérience un peu superficielle et la dimension collective m’a tout de même manqué”. D’autres étudiant.es ont dû faire face aux annulations successives, comme Tanguy qui a dû trouver trois stages au total. Pour Flore, ces démarches étaient particulièrement éprouvantes, avec l’absence de réponses, le rejet de nouveaux bénévoles ou encore le refus de signer la convention.

Entre présentiel et distanciel : un bilan mitigé

Dès lors, ce confinement 2.0 s’annonçait déjà comme une redite de l’été dernier, s’accompagnant de son lot anxiogène d’insatisfactions. Encore une fois, les situations s’avèrent plurielles, allant du présentiel aux zooms. Tanguy, sensibilisant à la cause environnementale dans un collège du quinzième arrondissement, effectue son PCL dans les mêmes conditions qu’avant. “Heureusement que le présentiel est toujours autorisé, sinon ça aurait totalement modifié mon engagement qui n’aurait pas été aussi efficace”, affirme-t-il. Selon lui, le présentiel lui permet de changer d’environnement pendant le confinement, et le distanciel empêcherait de s’immerger totalement dans l’expérience. Au-delà de ça, c’est avant tout le moyen pour lui de se confronter aux problèmes sociétaux qui sont trop souvent occultés pendant le confinement. C’est aussi le ressenti de Flore, qui distribue une soupe populaire tous les vendredis à La Mie de Pain, dans le treizième arrondissement. Pour elle, les conditions n’ont pas changé – le protocole sanitaire étant déjà très strict –, et elle insiste sur l’impact positif que le présentiel a sur son moral : J’ai l’impression de me sentir utile dans une période où nous avons tendance à nous sentir vite démunis. Cela me permet de sortir du cadre familial et de voir qu’en dépit du confinement, les Hommes continuent d’être liés les uns aux autres.” Elle garde toutefois conscience qu’il est difficile de s’engager confiné.e, comme lui rappelle son expérience de 1A, et s’estime donc chanceuse.

Certain.es étudiant.es doivent pourtant relever ce défi, encore une fois. Si Sciences Po a souvent insisté sur l’apprentissage sur le terrain propre au Parcours Civique, le terrain semble ici devenir virtuel, et s’ajoute au nombre déjà épuisant de cours en visioconférence. Nisrine, bénévole auprès de l’association La Fresque du Climat, a la mission d’animer des ateliers de sensibilisation et de compréhension du dérèglement climatique. Ces ateliers ont lieu en ligne, ce qui lui permet de s’organiser comme elle le souhaite mais aussi d’économiser du temps de transport. Outre ce contexte difficile, Nisrine explique en tirer plusieurs aspects positifs : “Finalement j’ai l’impression que je n’ai jamais été autant engagée qu’en étant confinée, j’ai le temps de faire plus de choses ; mais je ne dirais pas que c’est le plus simple et ce n’est clairement pas la même expérience. Le fait de ne pas avoir de contact aussi direct avec les personnes fait qu’on sait moins si ce qu’on fait sert vraiment à quelque chose ou non.”

Pour d’autres, le PCL devient une source d’angoisses et d’incertitudes. Cassandre, bénévole à Droit à l’École, donne des cours de maths aux mineurs isolés étrangers. Avant le confinement, tous ses cours se déroulaient en présentiel. Malheureusement, le confinement semble avoir, à nouveau, tout bouleversé : “N’étant pas confinée à Paris, je ne peux pas vraiment continuer mes heures. Je suis censée donner un cours particulier en visioconférence, et je ne sais pas vraiment ce que ça va donner…L’engagement en confinement se révèle alors être un vrai périple, et nécessite un long travail d’adaptation. Pour Lucie, bénévole à la Maison du Zéro Déchet dans le douzième arrondissement, l’animation des conférences et des ateliers devient compliquée face aux problèmes informatiques et aux phases de latence, qui donnent un sentiment de solitude face à l’écran. Les ateliers de bricolage zéro déchets deviennent fastidieux, et elle insiste sur le caractère complexe d’un engagement virtuel, qui s’inscrit dans le cadre plus général d’une santé mentale déjà mise à mal.Je ne trouve pas simple le fait de s’engager confiné car nous sommes tous un peu déprimés, ça ne donne déjà pas très envie de s’investir ; mais en plus quand nous voulons le faire, c’est virtuellement, ce qui est réellement très compliqué”, explique Lucie. Néanmoins, la réouverture des commerces se présente comme une lumière au bout du tunnel, puisque travailler au sein de la boutique de l’association lui permet d’établir un contact direct avec le public bénéficiaire.

Des mesures suffisantes ?

Nous avons essayé, en vain pour l’instant, d’avoir le mot de l’administration sur la situation particulière et l’impact des décisions prises sur le moral des étudiants. En effet, à la suite des nouvelles conditions d’exercice du PCL, plus difficiles que prévu, Sciences Po Paris s’est vu inévitablement obligé de réduire le nombre d’heures. Pour certain.es étudiant.es qui sont dans une structure éducative, à l’instar de Tanguy, les vacances scolaires ainsi que le confinement réduisent considérablement leurs possibilités. En plus de cela, plusieurs associations sont fermées ou alors n’acceptent plus de bénévoles pour éviter les rassemblements dans les lieux clos. Seulement, les décisions de l’administration ont suscité une incompréhension assez générale. “Je trouve que l’administration a pris beaucoup de temps pour réagir. Il y a encore deux semaines [NDLR : le 13/11/2020], quand nous avons eu une réunion et que beaucoup de personnes étaient perdues car leur parcours civique était suspendu ou annulé, les réponses n’étaient absolument pas à la hauteur”, se remémore Nisrine. “Sachant que l’administration elle-même est très lente pour valider les stages (pour ma part ça a duré plus d’un mois), le fait de réduire les heures était nécessaire.” L’administration donne même l’impression de ne rien vouloir lâcher, comme le souligne Tanguy avec l’acharnement des heures à rattraper après la date butoir. Selon Flore, cette comptabilisation excessive des heures est à déplorer : chez les étudiants, elle serait source de stress et de mauvaise volonté plus que de motivation, et dénaturerait l’objectif du PCL. Cela semble se confirmer avec les étudiants, chez lesquels de multiples inquiétudes subsistent quant à la validation des quarante heures, et pour qui s’engager confiné se révèle ne pas être de tout repos.

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