• La Ligne de Courtoisie – Nicolas Fargues

    Que reste-t-il de l’écrivain quand il cesse d’écrire ? C’est la question qui hante Nicolas Fargues dans son neuvième roman, La Ligne de Courtoisie. L’écrivain parisien de 38 ans dresse un état des lieux qu’on pourrait qualifier de « sans concession » si l’on ne souhaitait pas joncher cet article de poncifs. Sans concession, donc, ce récit d’un romancier en panne, tant dans ses livres que dans sa vie. A partir de cette trame mince et presque banale, Nicolas Fargues parvient à surprendre, style précis et cynisme bien placé faisant mouche. « J’ai préféré discrètement m’éclipser en direction de la cuisine où j’ai…

  • Don DeLillo feat. Douglas Gordon : voyeurs esthètes

    Si le nom de Norman Bates est peut-être passé de mode, tout le monde connait Psychose. Ce n’est pas que tout le monde l’ait vu, ce n’est pas que tout le monde aurait du le voir. Il nous est tous arrivé de se retrouver seul chez soi, une fin de journée pluvieuse, de se défaire de ses habits aux quatre coins de l’appartement avant de rejoindre la chaleur d’une douche méritée. Ce que je dis, c’est que nous avons tous partagé un jour une même angoisse. Une peur irrationnelle dans laquelle on imagine un étranger derrière le rideau de la…

  • Rhum Express : donnez-m’en un de plus !

    Il y a d’abord eu cette rencontre. Dans un bar du fin fond du Colorado, Johnny Depp, accoudé au comptoir pour s’extraire de la foule, attend l’arrivée d’une de ses idoles de jeunesse, le journaliste et écrivain américain Hunter S. Thompson. Ce dernier finit par arriver en se frayant un chemin au milieu de la salle bondée et les deux hommes se lient rapidement d’amitié puisque le soir même, ils s’amusent déjà à tirer avec un fusil sur des bouteilles remplies de nitroglycérine fabriqué par leurs soins dans le jardin de Thompson. En 1997, lors d’un séjour où Depp loge…

  • Shame de Steve MacQueen

    Brandon, trentenaire aisé, erre dans un New York embué. Bars, rues, métro, tous semblent inhabités tant la présence d’autrui l’indiffère ; son attention ne capture que des détails. Le joli cul de sa voisine. Les longues jambes que dévoile une minijupe. Il n’est pas entouré de gens, seulement de sexe, de nymphes interchangeables derrière lesquelles il court. De son job et de ses collègues, nous ne saurons rien ou presque. Il y porte le masque invisible du mec bien, sans histoires, et même lorsque son addiction profonde au sexe sous toutes ses formes semble découverte, on préfère lui trouver des excuses :…

  • Un coup de maître : L’art français de la guerre

    Après la fougue de Marien Defalvard, L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni, est le second premier roman de la rentrée littéraire auquel La Péniche consacre un compte-rendu. Un premier roman remarqué, toutefois, puisque qu’il vient de recevoir depuis les tables du Drouant la consécration que de nombreux chefs-d’œuvre n’ont pas connu, à savoir le Prix Goncourt. L’art français de la guerre, avec son énigmatique titre-référence à l’ouvrage philosophico-tactique de Sun Tzu, attise donc les curiosités. Il est rare en effet qu’un professeur de biologie de 48 ans, qui se déclare « écrivain du dimanche », décroche à sa première tentative…