“Que nous apprend la littérature ?” : Jérôme Ferrari devient titulaire de la Chaire d’Écriture de Sciences Po

Le 12 février dernier, Carole Martinez a passé le relais à Jérôme Ferrari, qui est ainsi devenu le 15e titulaire de la Chaire d’Écriture de Sciences Po. Il est le 5e à avoir reçu le prix Goncourt, et le premier à être corse comme l’a souligné par Luis Vassy lors de son discours d’introduction. Retour sur un événement de la Maison des Arts et de la Création (MAC). 

Photo : Jérôme Ferrari à Sciences Po.


Après une première rencontre et un échange avec les étudiants sur le campus de Menton le 5 février, Jérôme Ferrari s’est rendu au 27 rue Saint-Guillaume. Il devient ce semestre le nouveau titulaire de la Chaire d’écriture de Sciences Po.

Jérôme Ferrari est auteur, traducteur, et également professeur. Né à Paris en 1968 de parents corses, il grandit en région parisienne mais revient dans son village d’origine à chaque occasion. Ce lieu sera une inspiration tout au long de son œuvre. Au lycée de Porto-Vecchio, il commence à enseigner la philosophie. Il enseigne par la suite à Alger, à Ajaccio, à Abou Dabi et à Bastia. En 2012, il obtient le prix Goncourt pour son livre Le sermon sur la chute de Rome. Il est aujourd’hui de retour à Paris, et anime ce semestre deux ateliers d’écriture au sein de la Maison des Arts et de la Création.

L’événement est introduit par Luis Vassy, louant “le rapport à la littérature qui irrigue notre institution”, valorisant la sensibilité, le sens de la nuance et de la créativité “à l’heure de l’IA”. 

Delphine Grouès, directrice de la MAC, revient ensuite sur les oeuvres de Ferrari ainsi que sur les prix qu’il a obtenus, avant de laisser la place à deux étudiantes : Louise Pochat et Sasha Villemin livrent au public une lecture d’extraits du Sermon sur la chute de Rome, d’À son Image ou encore de Nord Sentinelle, dernier roman de Ferrari et premier livre d’une trilogie dont le deuxième volume paraîtra le 4 mars. Certains de ses thèmes de prédilection transparaissent clairement : la photographie, le rapport à l’autre, la violence évidemment, mais aussi une réflexion sur le tourisme qui corrompt les Hommes. 

L’intérêt fondamental de la littérature selon Ferrari 

“Que nous apprend la littérature ?” : c’est autour de cette question fondamentale que notre nouveau titulaire articule son propos inaugural. 

Pour lui, la littérature n’a rien à voir avec le divertissement. Elle nous offre une vérité cachée, elle nous apprend des choses que nous ne savons pas. Mais alors, que peut-elle apporter de plus que des disciplines telles que l’histoire et la physique ? La réponse n’est pas claire, mais une chose est sûre : elle peut. 

Il semble que l’auteur voue une certaine admiration à Vassili Grossman, qu’il cite à plusieurs reprises comme un auteur qui l’a grandement marqué, et qui lui a justement permis cet accès à une autre réalité. La vérité cachée se trouve bien souvent dans l’altérité à laquelle la littérature permet d’accéder. Se reconnaître soi-même dans un texte est alors selon lui une préoccupation futile. 

À ce sujet, il animera tout au long du semestre de printemps deux ateliers d’écriture optionnels : “La fiction comme expérience de l’altérité” et “La représentation de la violence dans la fiction littéraire.” 

Dialoguer, relayer 

L’évènement se poursuit par un échange. Jérôme Ferrari est rejoint par Carole Martinez, venue lui passer le relai, Esther Rogan, responsable académique de la MAC, ainsi que deux étudiantes en deuxième année de master, Mélia Blanchard et Mathilde Spriet, animant la discussion en adressant leurs questions aux deux écrivains. 

Deux conceptions de l’écriture s’entremêlent à travers les réponses. Des similitudes apparaissent parfois. 

“Est-ce un des rôles de la littérature de dire la violence de façon sublimée ?” : Ferrari et Martinez tombent d’accord : les deux s’associent toujours. Le premier ne conçoit pas une séparation entre le fond et la forme. “Un conte, explique-t-il, c’est très cruel”. 

Concernant leur rapport aux mots, malgré un style littéraire bien différent, tous deux mettent en avant des considérations purement rythmiques et une attention particulière à la déclamation orale tout au long de l’écriture. Ferrari évoque avec humour la longueur de ses phrases, reconnaissant que l’on peut parfois remplacer les virgules par des points. Martinez décrit une relation physique, un rapport organique à l’écriture, parlant du style comme une chair du texte. 

Sur la question d’un lieu “à soi” qui permet d’écrire, elle répond qu’à ses yeux ce lieu n’existe pas, qu’elle préfère inventer ses lieux. Son successeur, lui, mentionne sans surprise la Corse, les thématiques qu’elle offre à la littérature, sa diversité sociologique, sa violence parfois… Tant de sujets qui font son œuvre, et qu’il retranscrit si justement. Peut-être Jérôme Ferrari est-il “bien né”. 

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La soirée s’achève après quelques questions du public, beaucoup d’applaudissements et des dédicaces, dans un certain optimisme à l’idée de suivre ce nouveau parcours à Sciences Po.