Plug & Play : un combat contre l’hétérophobie

plug.JPGAlors que leur soirée de rentrée est déjà prévue pour le jeudi 9 octobre (cette semaine donc), l’association la plus gaie de Sciences Po se lance dans une lutte qui lui tient à coeur : celle contre l’hétérophobie. Un theme de campagne bien sur ironique. On trouve donc au dos des tracts ce genre de perles : « A 22 ans, je n’ai toujours pas pu avouer à mes parents qui travaillent dans la communication que je suis hétérosexuelle. Je vis dans le tabou » (Céline H). Voila qui est fait, le ton est donné… Et l’interview peut commencer, avec Felix et Ghislain.

LaPéniche.net : Pour commencer, pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre association ?

Ghislain et Félix : Je suis président de Plug n Play, et voici Félix, qui est membre du bureau et vient de première année. Notre association l’année dernière a été recréée car elle avait cessé d’exister pendant un an, C’est une des plus veilles associations de Sciences-Po. « Mousse » fut alors le nom de la première association. Dès le départ, le succès fut au rendez-vous. La soirée du Jeudi 9 se veut exactement dans cet esprit, plein d’ironie et décalée. Notre campagne de communication joue énormément la dessus. Au lieu de faire une campagne basique, on essaye d’inverser, avec des slogans tels que « Non à l’hétérophobie » ou « oui à l’hétéroparentalité » . Tout comme la lutte contre l’antisémitisme, le sexisme ou le racisme ne doivent pas être uniquement défendus par les intéressés (juifs, femmes, noirs ou arabes…) nous souhaitons que la lutte contre l’homophobie ne soit pas la chasse gardée des gays mais au contraire un débat public et universel. Le débat d’idées, même les plus contradictoires, est essentiel à notre cause. Les gens sont gênés de parler de cela parce que pour eux, si on en parle, c’est qu’on est homo. Plug va s’investir pour que tout cela change !

LaPéniche.net : Qui compose Plug n Play aujourd’hui ?

Ghislain et Félix : De plus en plus de filles nous rejoignent, même s’il y a encore une majorité de garçons. Notre but est d’accueillir le plus de gens possible, pour ne pas finir dans la catégorie ghetto. Il y a des lesbiennes dans le bureau. Les bis sont bien évidemment présents, bien que sous représentés, vu leur étonnante présence dans notre école ! Il y a également des trans, mais nous ne les connaissons pas. En gros, tout ceux qui s’intéressent à la question de l’homosexualité, quelle que soit leur orientation !

LaPéniche.net : vous comptez faire quoi cette année ?

Ghislain et Félix : Une dimension sociale tout d’abord. Bi, trans, gay et lesb, et tout hétéro intéressé par la création d’un moment social. Nous souhaitons également mettre en place des soirées conviviales, ainsi que des apéros réguliers (une fois par mois). Nous n’oublions pas le côté intellectuel pour développer les réflexions sur la question gay. Nous voulons également mettre en avant la théorie queer qui consiste à repenser toute l’histoire occidentale dans une perspective critique et déconstructiviste à l’égard des genres et de l’identité sexuelle. C’est complètement révolutionnaire puisque cela déconstruit le plus intime de ce que Foucault appelait les micro-pouvoirs – celui de la distinction sexuelle, qui fonde en fait tous les autres. C’est encore trop peu connu en France, alors que c’est devenu LE sujet d’étude d’avenir des sciences sociales dans le monde anglo-saxon et particulièrement dans les grandes facs américaines. Pour plus d’infos, il y aura des émissions enregistrées sur RSP à ce sujet. Concernant la bibliographie, on peut déjà citer Michel Foucault ( Histoire de la sexualité) et Judith Butler (Gender Trouble)… Faire des partenariats comme l’année dernière sera aussi le coeur de cette association. Pour l’instant, et à plus court terme, des conférences débat sont en cours, et peut être projet avec le BDA. Sur le plan politique nous essayons de militer pour tout ce qui concerne le mariage gay et l’adoption, et participer à la Gay Pride. On n’oblige pas les gens a la pensée unique, puisque notre but premier est de susciter le débat.)

LaPéniche.net : Si homophobie à Sciences Po il y a, vous êtes en première ligne…

Ghislain et Félix : Il y a tout d’abord l’homophobie dite « rurale » ou de base (insultes). Nous avons prévu de faire des interventions dans des collèges lycées pour en parler avec les élèves. A ce propos, c’est la première année où une circulaire a été envoyée à tous les lycées publics pour que la question de l’homophobie soit abordée à l’école- c’est à dire qu’avant c’était un tabou. Quand aux lycées privés, c’est laissé à la discrétion du directeur d’établissement… Autant dire qu’il y a encore beaucoup de travail à faire à ce sujet, car débattre de la question revient pour beaucoup de responsables à faire du prosélytisme et à « corrompre la jeunesse »… Une autre homophobie, moins voyante, est plus subtile. Elle intériorisée et symbolique. Sciences-Po n’y échappe pas. Notre but est de dédramatiser la question en montrant qu’être gay/lesbienne ce n’est pas s’enfermer à vie dans une catégorie ghettoisée mais au contraire s’ouvrir à l’autre et à sa propre différence. Bref, que c’est positif et ouvert, et non négatif et fermé comme ça l’était encore il y a quelques années.

LaPéniche.net : Cette question finale vous laisse la parole, nous vous écoutons !

Ghislain et Félix : Il y a un groupe facebook (seuls les membres peuvent voir les membres du groupe pour ceux qui souhaitent rester discret. Pour le rejoindre, il suffit juste d’envoyer un mail à plugnplay@sciences-po.org). Notre association participe également aux events de l’interassociation LGBT des grandes écoles(HEC ESSEC ENS). Nous recherchons également des associations partenaires pour mettre au point, organiser des événements associatifs N’hésitez pas a nous rejoindre, rencontrer d’autres gens, et rendez vous à la soirée de jeudi soir ! Elle aura lieu au bar les Etages, 35, rue vieille du Temple, dans le 3eme arrondissement.

3 réflexions au sujet de “Plug & Play : un combat contre l’hétérophobie”

  1. Euh..J’aurais dû nous relire un peu au lieu de discuter agréablement avec l’intervieweuse :p Mais c’est pas un gros pb, c’est juste une phrase un peu ambigue au début de l’avant dernière réponse. En fait je voulais dire « il y a l’homophobie de base, qui n’est pas que « rurale »  » (oui parce que beaucoup de gens s’imaginent que l’homophobie est le fait de populations rurales, moins « progressistes »…Alors qu’en fait c’est pas tout à fait aussi simple. )
    En tout cas merci beaucoup pour l’interview, c’était un moment très sympa:)

  2. On dirait que quelqu’un n’a pas compris le but de la campagne.

    « Au lieu de faire une campagne basique, on essaye d’inverser, avec des slogans tels que « Halte à l’hétérophobie », qui marquent de façon certaine le public étudiant. C’est très efficace pour faire comprendre aux gens que l’homophobie existe encore et qu’ils se sentent plus personnellement touchés. »

  3. « A 22 ans, je n’ai toujours pas pu avouer à mes parents qui travaillent dans la communication que je suis hétérosexuelle. »

    Une petite faute de frappe peut-être ? Ne devrions-nous pas lire « homosexuelle » ? Je n’ai encore pas eu de souci à annoncer ma straightitude à mes parents.

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