Des ordures au théâtre?

saletes.gifSaletés au théâtre des Mathurins

S’il était une pièce à laquelle la petite salle du théâtre des Mathurins convenait parfaitement c’est bien Saletés de Robert Schneider. Une salle aux dimensions réduites, à l’atmosphère intimiste pour accueillir l’histoire et les confidences de Sad, immigré irakien, vendeur de roses dans les restaurants de Vienne.

Sad est un père aimant, un amoureux de la langue allemande diplômé de philosophie, mais en Autriche, il doit se contenter de n’être à jamais qu’un immigré. Au regard du monde qui l’entoure, aucune spécificité ne subsiste chez lui et tout son être se résume à ce pauvre statut.

Sad n’est plus que la métonymie d’un monde honni car inconnu, et il finit lui même par intégrer tous les clichés qui circulent dans les rues de Vienne: « Dans les pays là-bas au Sud, ils sont sales, ils ont mauvaise haleine mais c’est parce que leur alimentation est essentiellement à base d’oignons, si, si je vous assure c’est scientifiquement prouvé. » On se souvient alors que les pires extrémismes peuvent naître chez ceux qui en ont le plus souffert auparavant.

Mais Sad est attachant car ironique. Lorsqu’il évoque ses souvenirs, ses souffrances, ses regrets c’est d’un ton pudique, parfois violent mais toujours détaché comme s’il voyait sa tragédie personnelle se dérouler d’en haut. Car Sad avait des rêves, qu’il a éparpillés au gré de ses errances.

On ne peut que souligner la performance de Florian Carove qui interprète Sad en conférant une certaine profondeur à un texte quelque peu hermétique au premier abord. L’immigration et le rejet de ce qui est étranger sont des thèmes souvent repris, mais le travail d’interprétation et celui de mise en scène ont le mérite de leur redonner une certaine pertinence sans tomber dans le pathos. Qualité assez rare pour être remarquée.

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