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« On a besoin d’une révolution » – Rencontre avec Guillaume Garot et Sarah Deysine

Pour discuter la place des femmes dans les sphères du pouvoir, Atalante (une association féministe de Sciences Po) a invité deux représentants du secteur agroalimentaire. Le soir du mardi 17 septembre 19, Guillaume Garot, ex-ministre de l’agroalimentaire et actuel député de la Mayenne, et Sarah Deysine, directrice de communication d’Agrial France, ont discuté ce sujet dans l’Amphithéâtre Leroy Beaulieu. Ce qui a commencé par une conférence sur les femmes dans le secteur agroalimentaire est vite devenue une discussion plus générale à propos du féminisme et des opportunités pour les femmes. Bien que la conférence soit organisée par un collectif féministe, les intervenants, notamment Mme Deysine, ont tenu quelques propos surprenants.

Dans le secteur agroalimentaire, beaucoup de femmes travaillent dans la production mais elles ne sont qu’une minorité dans les postes dirigeants, par exemple dans les conseils d’administration. Garot a affirmé que les conseils d’administration devraient devenir « plus représentatifs de la population ».

Quant à la question de comment encourager les entreprises féministes, Sarah Deysine a placé la responsabilité sur les consommateurs, qui pour elle devraient soutenir les entreprises qui le méritent. Cette proposition soulève pourtant la question de savoir si un soutien par le gouvernement et par la loi ne serait pas plus efficace.

Un des autres grands enjeux de la soirée était le problème de l’égalité salariale. Notamment dans la production du secteur agroalimentaire, beaucoup de femmes ne sont pas payées du tout, a fait remarquer Sarah Deysine. Bien que l’égalité salariale soit décrétée dans la loi, elle n’est guère appliquée et respectée, a avoué Garot. Selon lui, il faut plus de transparence des salaires pour rendre des contrôles possibles. Il affirme de plus : ‘une prise de conscience générale est nécessaire, il faut à la fois la loi et la pression sociale pour parvenir à une vraie égalité’. En même temps, Garot se montrait plutôt optimiste : « On peut déjà voir le progrès : depuis le mouvement #MeToo, votre génération et aussi les lycéens plus jeunes se lèvent et luttent pour l’égalité. C’est pareil avec la discussion sur le climat. On a besoin d’une révolution. » Pourtant, il faut quand même souligner l’importance d’agents plus puissants comme les entreprises et la politique, qui devraient aider à ce progrès.

Quand Deysine était confrontée avec la question de si elle avait jamais rencontré des difficultés liées à son sexe dans sa carrière, elle a répondu qu’elle ne s’était jamais sentie bloquée. Au contraire, elle a affirmé : « Ce sont les femmes elles-mêmes qui se font les barrières qui n’existent pas. Être femme, ça m’a plutôt aidé. » Bien que cette affirmation ait certainement été bien-intentionnée pour encourager les jeunes femmes, elle ne tient cependant pas compte du fait que les problèmes du sexisme et de la discrimination sont réels. Une expérience personnelle n’est pas preuve de la non-existence d’un problème social, et la sous-représentation des femmes dans les postes dirigeants est un fait incontestable. Le jour même de la conférence, Muriel Pénicaud, la ministre du travail, a d’ailleurs déclaré qu’à peine 3,5% de grandes entreprises en France assurent une égalité professionnelle réelle.

Deysine quant à elle estime qu’une grande cause de l’inégalité est ce qu’elle appelle « le syndrome « ce n’est pas pour moi, je ne suis pas faite pour ça ». Ainsi elle implique que la mentalité de femmes les empêche de réussir professionnellement. Cependant, ce propos culpabilise les femmes pour un phénomène social plus grand. Si les femmes ont des « barrières mentales », ce phénomène n’est pas inné mais il s’agit d’une représentation et une construction sociale.

Deysine propose comme solution « la force de l’exemple » : si les femmes voient leurs opportunités, cela les encouragerait à être plus ambitieuses. Cependant il faut remarquer qu’aujourd’hui il est déjà évident pour beaucoup de femmes qu’il est possible de réussir professionnellement en tant femme. Il est tout aussi évident que les femmes sont encore confrontées à des problèmes graves dans leurs vies professionnelles, même dans un pays avancé comme la France. La tâche d’ouvrir les portes pour les femmes n’est pas entièrement la leur, d’autres mesures du gouvernement et des entreprises privées sont aussi nécessaires.

La conférence finissait avec une discussion sur le mot ‘féminisme’ – encore souvent considéré comme un mot tabou, comme un mot qui fait peur. Deysine et Garot étaient d’accord qu’il n’y a pas besoin du mot ‘féminisme’ ; au lieu de cela, on pourrait parler d’égalité hommes-femmes. C’est une manière très diplomate, très politique de résoudre le problème. En même temps, c’est une manière d’éviter les questions fondamentales : Pourquoi le mot féminisme fait-il encore polémique ? Pourquoi ce mot fait-il peur ? Il est impératif de poser ces questions pour comprendre et faire face au problème social des inégalités hommes-femmes. 

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