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Marc Chagall, 97 ans de la vie d’un artiste facilement identifiable mais impossiblement classifiable

Au dessus de la ville, un chef d'oeuvre signé Chagall.

L’artiste a connu le régime tsariste, la révolution communiste, la première guerre mondiale, l’horreur du nazisme, l’exode de 1940, la seconde guerre mondiale, la pacification de la guerre froide, l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev. Son œuvre, elle, a frôlé la modernité, le primitivisme, le cubisme et le surréalisme. Mais sa créativité a toujours su suivre sa destinée malgré les événements externes. Les bouleversements politiques et esthétiques donnent à ses œuvres ce magnétisme chagallien indéfiniment lié à sa force d’inspiration.

Juif biélorusse du XXème siècle, Chagall devait voir sa vue bouleversée par les occurrences politiques. Tantôt refugié, tantôt exilé, tantôt refusé, l’artiste a ainsi vécu à Paris, Moscou, New York, laissant ses émotions s’exprimer dans ses créations et son style suivre ses pulsions.

Bien que Chagall demeure à ce jour un des seuls peintres « inclassables » ; sa touche créatrice et son langage artistique le lient à toutes les facettes de l’avant-gardisme. Fauviste dans ses trois couleurs dominantes : le bleu, le vert et le rouge. Cubiste dans sa manière de travailler l’espace et les formes géométriques. Surréaliste dans ses images de « rêve », authentiques fruits de l’inconscient. Son art est toujours en évolution, liant et mélangeant tous les styles, réconciliant les différences des mouvements artistiques de son temps, sur l’espace d’une toile. Cette capacité de suivre à la fois toutes les tendances mais en même temps aucune réellement lui vaudront l’approbation et l’admiration de Guillaume Apollinaire qui a dit de lui : « artiste extrêmement varié, capable de peintures monumentales et […] embrassé par aucun système », un artiste « surnaturel » en somme.

Dans les mains du peintre, toutes les différences artistiques se concilient pour envoyer sur la toile les « messages » de la vie de Chagall. L’artiste est empreint d’une spiritualité profonde et utilise le support artistique pour dévoiler ses états d’âme. Malgré le contexte de la pensée moderniste de l’art du XXème qui valorisait avant tout la dimension subjective de l’artiste et demandait à ce dernier de s’effacer progressivement du tableau, la place que Chagall s’autoattribue dans ses œuvres reste fondamentale. Il puise son inspiration dans ses peurs, ses frustrations, sa nostalgie pour son pays natal, son amour pour Bella, son exil. Il raconte son vécu, l’histoire du siècle qui l’a vu naître et le verra mourir. Finalement, la peinture n’est qu’un support pour faire ressortir son humanisme, partager ses souvenirs immatériels et rendre palpables ses émotions. Les couleurs ne sont qu’un moyen pour externaliser le contraste de sa vie. La dissolution de la perspective et la primitivité des formes ne sont que des portes d’entrée dans le monde chagallien. Pour qu’une œuvre existe pour l’artiste, au sens qu’il donne à ce mot, elle doit transmettre une part de son autobiographie. Les touches sont des mots d’un vocabulaire artistique et d’une symbolique personnelle. Comme l’a défini Jean-Michel Foray, historien de l’art et critique, « l’œuvre de Chagall peut se lire comme une vaste autobiographie ».

Le talent de Chagall à l'état pur.

Il a par ailleurs même écrit un Petit dictionnaire Chagall, pour explorer le « réseau de symboles » qui construit les tableaux et qui donne une explication à son imaginaire. La présence de l’Église, par exemple, rattache Chagall à son pays natal et à la fascination d’un gamin juif pour les inaccessibles églises orthodoxes. Il a d’ailleurs écrit dans son autobiographie Ma vie : « j’éprouve toujours du plaisir à peindre une fois de plus cette église sur mes tableaux ». Le couple est également un symbole récurrent dans l’œuvre de Chagall. Toujours le même, toujours uni, toujours Bella et Marc. « Tout comme les paysages d’Aix-en-Provence où les pommes sont pour Cézanne le passage obligé pour que se développe son art, le couple est la figure fondamentale qui permet à la peinture de Chagall d’exister », écrit Jean-Michel Foray.

La figuration et la dimension narrative du peintre sont les objectifs de sa création artistique. Les traces autobiographiques tout au long de ses œuvres font découvrir à la fois les émotions personnelles de l’artiste et les traumatismes du siècle qu’il a traversé. C’est sûrement là le secret du magnétisme chagallien.

L’exposition de l’artiste « Chagall, entre la guerre et la paix », actuellement au Musée du Luxembourg, permet justement de découvrir la vie de l’artiste grâce à un parcours chronologique en quatre temps et, ainsi, de s’apercevoir que, le long de sa vie, les mêmes symboles interviennent de façon continue.

Informations :
« Chagall, entre la guerre et la paix »
Musée du Luxembourg, Paris
Tous les jours de 10 h à 19 h 30 et le dimanche de 9 h à 20 h

Par Eugénie Rousak.

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