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UMP Sciences Po, l’année folle

Charles-Henri Alloncle, le président de l'UMP Sciences Po après la conférence d'Alain Juppé en mars.
Charles-Henri Alloncle, le président de l’UMP Sciences Po après la conférence d’Alain Juppé en mars.

« En 2012, on était détestés. Etre de droite était un tabou, on était reconnus dans les derniers.» C’est avec ces mots que Charles-Henri Alloncle, l’actuel président de l’UMP Sciences Po, se souvient de ses débuts de militant. Depuis, ce parti de droite, traditionnellement minoritaire dans une école « majoritairement de gauche », a connu une ascension fulgurante.

Aujourd’hui, le président de l’UMP Sciences Po se dit plus que fier du bilan 2014-2015 de l’association, une des plus dynamiques de l’école : 90 adhérents à jour de cotisation, 27 évènements depuis septembre. L’UMP Sciences Po avait d’ailleurs annoncé la couleur de l’année en devenant, pour la première fois, la première association reconnue par les étudiants (cf. graphique ci-dessous). 

L’UMP avait été reconnue en premier lors de la procédure de reconnaissance : le graphique correspond au nombre de voix récoltées par chaque section au moment où l’UMP avait atteint les 120 voix lui permettant d’être reconnue.

Visibilité, ouverture, rassemblement : une formule qui marche

Pour Camille Chevalier, vice-président de l’UMP Sciences Po, c’est le “dynamisme du militantisme et des évènements organisés” qui différencie ce parti des autres formations politiques de l’école. Cette vitalité particulière s’explique surtout par les tactiques adoptées par l’UMP Sciences Po cette année.

En multipliant les invitations de personnalités politiques, telles que Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, ou Alain Juppé, les dirigeants du parti se sont assurés de faire salle comble à chaque événement. Une stratégie doublement payante, puisqu’elle a permis au parti d’attirer de nouveaux adhérents, mais aussi de gagner en visibilité à l’échelle nationale.

De ce point de vue là, l’UMP Sciences Po a clairement réussi à remplir son objectif de l’année : celui de l’ouverture. Au sein de l’école, les évènements de ce parti s’adressent à un très large public. « L’UMP arrive à parler aux sciencespistes, et pas qu’aux militants », analyse Boris, l’un d’entre eux.

Et la section du parti de droite vise aussi à « sortir du cadre de Sciences Po pour s’imposer comme un exemple et se faire connaître », explique Léo Castellote, vice-président de l’UMP Sciences Po. « Le pari est si bien réussi qu’aujourd’hui, pendant les réunions entre les cadres du parti au niveau fédéral, on ne parle que de l’UMP Sciences Po », s’emballe Charles-Henri Alloncle.

L'UMP Sciences Po aux côtés de Nathalie Kosciusko-Morizet pour une des conférences marquantes de l'année.
L’UMP Sciences Po aux côtés de Nathalie Kosciusko-Morizet.

Néanmoins, les efforts déployés en terme d’évènements et de communication se font, pour certains, au détriment d’une réelle réflexion, malgré l’instauration des groupes de travail avec les élus et un partenariat avec la Fondapol (cf. ci-dessous : création de groupes de travail dans lesquels des militants de Sciences Po produisent des notes pour les élus de l’UMP avec NKM, Pécresse et Juppé notamment) : « L’UMP me déçoit : j’aimerais qu’on réfléchisse ensemble, qu’on trouve des solutions », témoigne ainsi Ophélia (NDLR : les prénoms ont été changés, les militants ayant souhaité rester anonymes), une militante. « A la place, on nous demande surtout du présentiel. »

Mais cela fonctionne, puisqu’une quarantaine de personnes se déplace au minimum à chaque événement du parti. Pour Manon Chonavel, secrétaire du PS Sciences Po, si l’organisation d’événements de grande ampleur s’avère être un modèle à reprendre, cela n’en demeure pas moins symptomatique d’un attrait des étudiants pour la notoriété d’une personne plus que pour son savoir. « Si on n’invite pas de grandes figures, on n’intéresse pas les sciencespistes« , regrette-elle. « Or les plus compétents ne sont pas forcément les plus célèbres ».

« Faute d’avoir une vraie opposition face à l’UMP, on la créé en interne entre les différentes sensibilités de droite et de centre droit. » Charles-Henri Alloncle

Enfin, le bureau de l’UMP Sciences Po a choisi de ne pas prendre position en faveur des candidats du parti qui s’affrontent au niveau national, que ce soit pour les primaires à venir ou pour les présidentielles internes de novembre dernier, où l’association avait d’ailleurs organisé un débat inter-candidats. « Le bureau doit rester neutre », assène Léo Castellote, vice-président.

« C’est un véritable atout, car on ne trahit personne» renchérit Charles-Henri Alloncle. Surtout, cela a permis aux différentes tendances de droite de se retrouver dans l’UMP Sciences Po cette année. « Le bureau actuel a réussi à rassembler les libéraux, les eurosceptiques, le centre de l’UMP… » se réjouit Omar Ben Abderahmen (relire son portrait interview dans La Péniche).

Pour ce militant,  probable vice-président l’an prochain, il s’agit là d’une réussite à reconduire l’année prochaine. Et ce rassemblement est loin d’occulter le débat. « Faute d’avoir une vraie opposition face à l’UMP, on la créé en interne entre les différentes sensibilités de droite et de centre droit», analyse Charles-Henri Alloncle.

Le débat des étudiants entre les partisans de Bruno Le Maire, de Nicolas Sarkozy et d’Hervé Mariton dans le cadre de l’élection à la présidence de l’UMP.

 Un contexte local et national favorable à la droite

L’émergence de l’UMP dans le paysage politique de l’école ne peut s’expliquer sans prendre en compte la dynamique nationale. Pour Omar Ben Abderahmen (UMP), on assiste à “une poussée de la droite à Sciences Po, certes minoritaire mais qu’il ne faut pas occulter.” Et d’après Boris (UMP), “le dynamisme vient surtout de la conjoncture, l’UMP étant un parti d’opposition.”

L’activité de l’UMP Sciences Po est aussi liée à ses relations avec le parti national, qui a extrêmement soutenu son antenne sciencespiste cette année. Pour la présidente du PS, c’est parce qu’il existe peu de structures pour les jeunes au sein de l’UMP que « le niveau national se focalise sur cette antenne locale de jeunes. A titre de comparaison, je ne pense pas que le PS national accorde plus d’importance à sa section sciencepistes qu’aux autres sections », analyse-t-elle.

Au contraire, selon Camille Chevalier, on assiste à un accroissement des liens entre la structure étudiante indépendante qu’est l’UMP Sciences Po, et son parti national. Cela s’explique par la création de groupes de travail dans lesquels des militants de Sciences Po produisent des notes pour les élus de l’UMP (ex : Alain Juppé, NKM et Valérie Pécresse), mais aussi par le développement de l’UMP Grandes Ecoles, dont Charles-Henri Alloncle… est aussi responsable. Pas un hasard si même le président des jeunes populaires (en congé) Stéphane Tiki est venu prêter main forte à l’équipe de l’UMP Sciences Po lors du tournoi de football de l’Association Sportive (!).

Même Stéphane Tiki, l'ancien président des Jeunes Populaires était venu prêter main forte à l'UMP Sciences Po dans le cadre du tournoi de football interassociatif.
Stéphane Tiki, le président des Jeunes Populaires (en congé) au tournoi de football interassociatif aux côtés de Charles-Henri Alloncle et l’ancien président Nicolas Thomas.

Pour Omar Ben Abderahmen, c’est surtout parce que la gauche à Sciences Po est « démobilisée et morcelée » que l’UMP parvient à tirer son épingle du jeu. « La force structurelle de l’UMP à Sciences Po est d’accueillir un grand nombre d’étudiants de droite se sentant en minorité face à la majorité de gauche » considère Martin, un militant de l’UDI Sciences Po. « Et comme tout corps politique se croyant minoritaire, cela le pousse à s’organiser encore plus. Le taux d’engagement des sensibilités à droite est plus fort qu’à gauche, ce qui profite à une UMP sans concurrents réels. »

C’est peut-être à cause de ce manque d’opposition que l’UMP semble avoir pris quelques distances avec les autres partis de l’école. « On n’est pas du tout rivés sur les autres partis, on est au-dessus de la mêlée », estime Léo Castellote. En témoigne le peu d’implication du parti dans le dialogue politique interne de Sciences Po.

« La force structurelle de l’UMP à Sciences Po est d’accueillir un grand nombre d’étudiants de droite se sentant en minorité face à la majorité de gauche (….) Et comme tout corps politique se croyant minoritaire, cela le pousse à s’organiser encore plus. » 

« Arrêtons avec ses pseudos débats où on met tout le monde sur le même pied d’égalité », pense d’ailleurs Charles-Henri Alloncle des fameux débats interpartis. « Organisons plutôt de grands débats où s’affronteraient à chaque fois deux associations politiques différentes. Mais ce n’est sûrement pas à nous de les mettre en place. » Non, l’UMP Sciences Po n’est pas prête à mettre à profit son dynamisme pour développer les échanges entre les formations politiques de l’école. L’UMP a de l’ambition, et cela se voit. 

Des militants de l'UMP Sciences Po au meeting de Nicolas Sarkozy à Saint Maur des Fossés lors de la campagne interne.
Des militants de l’UMP Sciences Po au meeting de Nicolas Sarkozy à Saint-Maur-des Fossés lors des élections départementales.

Une architecture interne qui favorise le dynamisme

Le dynamisme de l’UMP s’explique aussi par son organisation interne bien rôdée. « Ce qui marche, c’est qu’on a des rôles bien répartis », constate le président du parti. Ce dernier impulse le rythme de l’année, et donne des directives aux vice-présidents qui jouent un rôle d’exécutants tout à fait capital.

Charles-Henri Alloncle, en double-diplôme avec HEC, n’étant pas tout le temps présent à Sciences Po, c’est cette dualité 4A / 2A qui explique aussi la force de l’association. Pour la militante de l’UDI, « la direction est organisée en cercle autour d’un président aux allures de chef de meute ». « On aime bien avoir un leader, c’est dans la culture de la droite » approuve Omar Ben Abderahmen.

Camille Chevalier, vice-président de l'UMP Sciences Po.
Camille Chevalier, vice-président de l’UMP Sciences Po, lors de la conférence avec Alain Minc et Dominique Reynié.

Par ailleurs, le président de l’UMP Sciences Po prône un fonctionnement méritocratique. « A partir du moment où on fait ses preuves, tout le monde peut s’engager et avoir des responsabilités » explique-t-il. Le nombre élevé de militants est alors un atout important, puisque le président pousse chacun à s’investir.

« Il est ambitieux pour nous » témoigne Ophélia, (*), militante UMP. Et Charles-Henri semble satisfait de cette organisation, qui a permis à l’UMP de s’affirmer sur la scène politique de l’école : « L’UDI pourrait être le premier parti de l’école, c’est celui qui colle le plus à l’esprit Sciences Po. Mais c’est finalement nous qui en avons profité en ratissant large. On a invité quelques personnalités que l’UDI aurait pu convier (Juppé, Minc, Ferry) ».

« La direction est organisée en cercle autour d’un président aux allures de chef de meute (…) On aime bien avoir un leader, c’est dans la culture de la droite »

Une procédure de renouvellement contestée

Si le mode de fonctionnement de l’UMP Sciences Po est une mécanique performante, elle suscite beaucoup de convoitises et se retrouve particulièrement contestée en cette fin d’année. D’après Lorenzo, un militant UMP, les rivalités internes sont très fortes et entretenues par le succès de l’association qui pousse bon nombre d’ambitieux à vouloir occuper les postes de leurs aînés.

Les observations de Martin (*) UDI) vont dans ce sens : « Comme dans tout grand parti, la lutte est encore plus féroce pour le pouvoir. L’UMP est à ce titre, et de loin, le parti le moins convivial de Sciences Po. Tout simplement parce que son mode de désignation encourage la cooptation, la rivalité et donc la méfiance»

Ce constat, partagé par certains militants de l’UMP Sciences Po, détonne avec « l’organisation familiale », « la cohésion et la qualité du lien humain » vantées par les membres du bureau. A l’instar de Lorenzo, certains adhérents se sont offusqués de la « toute puissance du bureau » et d’une « organisation trop autoritaire et pas assez démocratique dans le choix des dirigeants ». « Aujourd’hui, ma principale critique à l’égard du parti est son mode de renouvellement : ce n’est pas un véritable scrutin », déplore Boris, militant UMP.

Charles-Henri Alloncle lors de la venue d'Alain Juppé à Sciences Po.
Charles-Henri Alloncle lors de la venue d’Alain Juppé à Sciences Po.

Traditionnellement, le président propose une liste composée des militants qu’il verrait constituer le prochain bureau. Cette liste doit ensuite être approuvée par la majorité des adhérents. « Cette manière de faire de la politique est dépassée », critique Ophélia (*) : « C’est un fonctionnement archaïque, propice aux magouilles ». A l’inverse, Léo Castellote pense que cela permet de passer la main dans le calme et la continuité : « c’est un meilleur mode de fonctionnement que celui du PS, où la procédure ultra-démocratique engendre des conflits ».

« Ce sont des gens qui ne se sont pas investis cette année qui mènent la fronde pile poil pour l’élection … » Léo Castellote

Pourtant, les conflits provoqués par ce passage de témoin ne sont pas ce qui manque à l’UMP Sciences Po. En témoigne le récent report de l’Assemblée Générale censée organiser le renouvellement du bureau. Ces derniers ont contesté un renouvellement « en violation totale des statuts ». Ceux-ci stipulent en effet que l’AG doit être convoquée au minimum une semaine avant la date prévue, tandis que dans les faits elle ne l’a été que de 48h. De plus,  « seule une partie des adhérents a été convoquée pour le vote », s’insurge Anthony, un militant.

Léo Castellote et Alexandre Hennion, deux des trois vice-présidents de l'UMP Sciences Po, lors du débat des syndicales.
Léo Castellote et Alexandre Hennion, deux des trois vice-présidents de l’UMP Sciences Po, lors du débat des syndicales.

Admettant ces erreurs, le Président du parti a décidé de déplacer l’assemblée générale afin qu’elle puisse être réalisée dans des conditions « irréprochables». Cette discorde pointe un problème structurel de l’UMP Sciences Po: « Les statuts ne sont pas respectés depuis plusieurs années, ils doivent être réécrits» reconnaît Léo Castellote. Si le non-respect des statuts n’est pas nouveau, pourquoi les voix dissonantes se font-elles particulièrement fortes cette année?

Cette contestation interne s’explique, pour le président du parti, par le fait que la compétition pour la présidence soit plus rude que par le passé : aujourd’hui, contrairement à ce qui avait pu se passer pour Charles-Henri Alloncle et Nicolas Thomas, aucun candidat ne fait l’unanimité et ne s’impose naturellement. « Alors, les gens essayent d’instrumentaliser l’élection pour faire passer leurs candidats, en jouant sur des arguments juridiques », soupire Charles-Henri Alloncle. 

La fronde est en effet menée par Paul Frisch et Stanislas Barthélémi, qui ne cachent pas leur ambition pour prendre la présidence de l’association en 2015-2016 puis en 2016-2017. « C’est d’autant plus frustrant que ce sont des gens qui ne se sont pas investis cette année qui mènent la fronde pile poil pour l’élection …» ajoute Léo Castellote.

« Les gens essayent d’instrumentaliser l’élection pour faire passer leurs candidats, en jouant sur des arguments juridiques … »

Mais Anthony, l’un des dissidents, n’admet pas agir pour de telles fins. C’est pour lui un moyen de s’opposer au « manque de professionnalisme » du bureau. « On en a ras-le bol de ce genre de manipulation. Les statuts ne sont pas optimaux, mais agir ainsi, c’est agir à l’encontre de l’ADN de notre famille politique, qui est le respect des lois et de la démocratie ».

Mais après une année effrénée menée à la baguette, peut-on vraiment s’étonner que certains se soient sentis pousser des ailes pour prendre la tête de la structure politique la plus dynamique de l’école ?

(*) : les prénoms ont été changés, les militants ayant souhaité rester anonymes

9 Comments

  • Maximilien Cézanne

    A la lecture de cet article, on a l’impression d’entendre parler des vrais hommes politiques. Ils veulent jouer aux grands mais ils restent des gamins. Vous auriez peut-être dû traiter cette histoire avec la dérision qu’elle mérite.

  • Romain Millard

    Je tiens à souligner que l’UMP Sciences Po, ce n’est pas seulement une succession de conférences avec des invités de qualité (qui peut sérieusement prétendre qu’inviter Alain Minc, Luc Ferry, Jean-Michel Blanquer, c’est sacrifier à la réflexion ?), c’est également la création cette année des partenariats avec des élus pour des travaux sur des sujets de fond ainsi qu’un partenariat avec la Fondation pour l’innovation politique qui se décline en rédaction d’articles publiés sur le blog « Trop Libre », la participation à des séminaires ainsi que la participation à des groupes de travail.
    Certes, c’est un travail moins voyant mais de grande qualité et une base solide que l’équipe suivante pourra développer. Si on parle de l’UMP Sciences Po dans les hautes sphères de la droite aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce qu’on sait faire venir du people…

  • hop

    C’est assez ridicule de voir qu’en effet pour devenir un parti politique important à Scpo il faut juste inviter les célébrités (Juppé etc) qui viennent faire campagne, et non débattre et transmettre des idées. Quel est l’intérêt d’être « politique » si il n’y a aucune idée derrière ? L’UMP est l’exemple de cette absence d’idée puisque son succès se fait par défaut (pas d’autres partis de droite). Etre une école politique c’est pas prendre des selfies avec des anciens PM.
    Etre une école politique n’a pas d’intérêt dans ce cas là, il faut être idéologique. Malheureusement ça paraît difficile surtout vu la qualité des articles de La Péniche qui semble supporter à fond cette absence de contenu, avec par exemple ABJ qui se vante de prouver que scpo n’est pas une business school (cf après l’invitation de Juppé), alors qu’il fait simplement de Boutmy un local de meeting de campagne pour Juppé.
    L’article sur les raisons pour lesquelles il ne fallait pas louper « La Berryer » est tout aussi ridicule, on y apprend bien gentiment qu’être un bon orateur c’est surtout ne rien dire, mais en jeux de mots pourris, et c’est s’autoencenser d’être à sciencespo, l’élyte de la nassion n’oublions pas.

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