Vie du campus

La Péniche embarque pour la Croisette: reportage sur la Semaine du Cinéma de Sciences Po.

854531855.jpgSemaine_du_cinema_Sciences_Po.jpgJe crois que l’expression consacrée est « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’Humanité ». Je crois aussi que cette expression convient, à l’échelle de Sciences Po, à la Semaine du Cinéma, dont la première édition s’est déroulée la semaine dernière, du 28 mars au 1er avril. « L’équipe a sans doute écrit un page de l’histoire de Sciences Po » aurait même dit la directrice adjointe de l’école. Le cinéma manquait-il à Sciences Po ? Certainement, oui. On avait déjà une semaine Queer, une semaine des Arts, une semaine écolo, mais pas de semaine de Cinéma. Certes, il y a le ciné-club, mais qui n’a pas (pour l’instant) l’envergure fédératrice que peut avoir une semaine entière consacrée au 7ème art. La chose est finalement réparée. Une équipe de dix étudiants se monte donc au début de l’année, tous issus de master, pour créer ce festival, avant-gout de Cannes, dans le cadre du projet collectif de quatrième année. Une grande et belle nouveauté avec une péniche décorée en prime (veto en revanche sur l’affiche d’Avatar, mais bon). Les cinéphiles se réjouissent.

Il fallait « bâtir cette semaine qui n’existait pas et qui manquait à Sciences Po », et marquer le coup : organiser une semaine en plusieurs phases pour présenter le cinéma sous différentes formes. C’est d’ailleurs comme cela que la semaine a été pensée : présenter différemment plusieurs aspects du cinéma, l’artistique par une rétrospective quotidienne, le créatif par le concours de courts-métrages, l’industriel avec une conférence sur la production et le financement, en fait tout ce que l’on oublie trop vite mais qui compte réellement. Preuve que ces histoires complexes de financement intéressent aussi les cinéphiles, la salle était pleine. On regrettera cependant une présentation de la conférence (« Le cinéma français, dernier bastion européen face à l’hégémonie américaine ? ») qui ne laissait pas envisager des débats aussi (trop ?) pointus (malgré des intervenants de qualité, comme l’économiste du cinéma Laurent Créton, particulièrement clair), et qui en ont découragé quelques uns.

Qui n’a pas rêvé s’il vous plait, perdu dans nos pensées pendant les cours de développement du marketing de l’entrepreneuriat salarial, de voir projeter son film préféré sur le grand écran de Boutmy ? Cinéphile amateur, j’ai beaucoup apprécié la liste des films sélectionnés pour la rétrospective, où le seul critère de choix était d’avoir obtenu une Palme d’or (deux mois avant le festival oblige). Cette sélection était à l’image d’un cinéma divers et pléthorique, dans le temps et dans l’espace. « Il ne fallait pas rentrer dans le cliché du cinéma. Pour amener les gens vers le cinéma, il faut sélectionner des films de grande qualité qu’ils n’ont pas l’habitude de voir ». Pari honoré. Ici pas de nombrilisme franco-français (on a heureusement échappé au passez moi du Godard et du Truffaut pendant une semaine, oh oui oh oui, ce que l’équipe a voulu éviter à tout prix) : « Cannes x7, 7 décennies de Palme d’Or », et un Coppola, un Antonioni, un Pialat (qui a fait salle comble, esprit chauvin es-tu la ?). Bref de la diversité projetée dans les amphis de Sciences Po. Rajoutons que la diversité était gratuite, ouverte à tous (aux élèves de l’école et aux autres), et agrémentée (pour les premières séances, encore une sombre histoire de panne) de pop-corn.

BWbodies-1.jpgLe point d’orgue de la semaine, ce qui lui a vraiment permis de se proclamer «festival » de cinéma, fut le concours de courts-métrages. La sélection, ouverte à tous, s’est tenue jusqu’au 1e mars. L’équipe les a tous vus, et a sélectionné après délibération les dix courts-métrages présentés au jury, aucun ne provenant de Sciences Po malheureusement, mais plus d’écoles de cinéma, ce qui finalement est plutôt logique. Le jury, venons-y. Je ne pourrais pas dire si démarcher le président du festival de Cannes, de grands réalisateurs (Agnès Varda et Bertrand Bonello) et de célèbres acteurs (I. Jacob, A. Girardot, V. Rottiers) ainsi qu’un professionnel du cinéma, critique émérite et j’en passe, est facile. Mais ils l’ont fait. Un jury de haute volée, un tapis rouge en Péniche : la rue Saint-Guillaume et les bords de Seine, nouvelle Croisette ? La cérémonie de remise des prix s’est déroulée sans encombres. Le jury a attribué le troisième prix à Atemzug de L. Borkowsky, court « poétique », le deuxième à Le double, de G. Fabry et S. Boccara, roman photo animé, et le renard d’or à Charcoal Burners de P. Zlotorowitz, sur des travailleurs ruraux polonais. Les prix remportés sont prestigieux : une projection au Forum des images, une master classe Biba Hillmann, etc. Les festivités, autre que cinématographiques, se sont aussi enchainées : une soirée cinéma au Tigre et un cocktail après la cérémonie en présence du jury.

La réussite tient surtout au fait que ce festival fut gratuit et réellement ouvert à tous, dans une ligne de démocratisation de la culture très « esprit Sciences Po ». Cela a payé: entre 200 et 300 personnes ont participé aux multiples séances et à la conférence, malgré une semaine très chargée car intercalée entre le week-end du Crit et le début de la campagne pour les élections au BDE, pendant laquelle on peut raisonnablement penser que l’attention des étudiants ne se tournait pas forcement vers le cinéma. Il n’y pas eu de réels problèmes m’assure-t-on (on ne parlera pas ici des quelques soucis techniques, de sous-titres et d’horaires qui ne sont absolument pas du ressort de l’équipe), il y a simplement quelques améliorations à apporter au projet pour l’année prochaine. Certes, la grosse vague de communication (avec tract, spam facebook, affiches) a fait son effet sur les étudiants, mais les membres de l’équipe insistent sur le fait que l’événement se veut ouvert et non autocentré sur Sciences Po: plus de com’ à l’extérieur donc (un encadré dans le Monde Magazine tout de même !). Au niveau des financements, il faudrait également réussir à obtenir les crédits de la mission cinéma de la Mairie de Paris, très intéressée mais sollicitée trop tard dans l’année. Un prix du public serait aussi à envisager pour impliquer encore plus les étudiants et autres festivaliers, pour les engager tout au long de la semaine et leur donner une véritable voix pour exprimer leurs avis.

Plus qu’une véritable et belle mise à l’honneur du cinéma à Sciences Po, c’est une belle réussite destinée à se renouveler chaque année, espère l’équipe, et a éventuellement devenir un festival reconnu. On félicitera donc dûment l’énorme travail de création et de coordination de toute l’équipe, très soudée, et le soutien que l’administration leur a apporté.

5 Comments

  • cinéthon

    J’admire profondément ce que cet article représente. Et je ne parle pas seulement des qualités intrinsèques de l’écriture, certes remarquables, mais de la portée historique que l’auteur parvient parfaitement à faire percevoir : quel plaisir de voir enfin de vrais cinéphiles dans ce magasine. Certes du travail reste à faire, mais tout de même! Nous sommes entre de bonnes mains…

  • Ultra Chambord

    Putain c’est encore Bouillot qu’a publié l’article n’importe comment et qu’a fait sauté la dernière phrase. Quel branle-cul celui-là.

    AMOUR

  • T. Prudhomme

    Une phrase a sauté à la fin :

    Merci à Philippine Nguyen, Leslie-Joy Morel, Marie Mottet, et toute l’équipe pour leurs précieux renseignements.

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