Vie du campus

Interview : Jihane, 4A, étudiante à l’école de journaliste de Sciences Po

« L’école de journalisme de Sciences Po existe-t-elle vraiment? » s’interrogeait une étudiante sur le forum-scpo.com il y a quelques mois, un peu agacée par le manque d’informations autour de cette formation. Eh bien oui, elle existe, comme nous le confirme Jihane, qui l’a intégrée cette année et qui a bien voulu répondre à nos questions.

LaPeniche.net : Bonjour Jihane. Raconte nous donc ce qui t’a amené à l’école de journalisme de Sciences Po.

Jihane : C’est quelque chose que je voulais faire depuis un petit moment ! J’ai effectué une partie de ma scolarité à l’étranger, au Lycée français de Tunis, avant de commencer une hypokhâgne option Sciences Po à Victor Duruy. J’ai ensuite intégré Sciences Po à Bac+1 car c’est un établissement qui avait la réputation de très bien préparer aux concours d’entrée des écoles de journalisme. J’ai eu la bonne surprise d’arriver au moment où Sciences Po décidait de lancer sa propre école de journalisme, ce qui signifie que je n’ai pas eu à attendre 5 ans pour commencer ma formation.

Avais-tu déjà quelques expériences dans le domaine du journalisme avant d’intégrer l’école ?

Au départ, seulement quelques articles dans le journal du Lycée et rien en classe prépa à cause de la charge de travail. En fait c’est vraiment lors de mon année à l’étranger que j’ai pu faire un stage de trois mois dans un bureau d’Ubifrance en relation avec la presse spécialisée Britannique. L’avantage d’être en relation avec la presse plutôt que de collaborer directement à un journal, c’est que ça m’a justement permis d’avoir un point de vue plus global de ce milieu. D’ailleurs le directeur de ce bureau, lui-même un ancien journaliste, avait développé une vision bien personnelle du milieu du journalisme : “But why on earth do you want to become a journalist ? These people are all so lazy! They never take time to check anything ! “ A quoi il s’empressait bien sûr de préciser, en vrai professionnel, que ces déclarations étaient évidemment “ off the record “ !

Il faut croire que tu n’as pas vraiment suivi ses conseils!

Effectivement, puisque dès mon retour en France je suis rentré à la rédaction d’un quotidien de presse régionale à Limoges pendant tout un été. C’était vraiment une expérience géniale, car je travaillais avec une petite équipe au sein de la rédaction, où régnait une ambiance à la fois très simple et chaleureuse. Bon c’est vrai qu’on m’envoyait couvrir plutôt des petits sujets, mais ça a aussi un côté très formateur !

C’est vrai, on ne le dira jamais assez, les chiens écrasés des Limogeois ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent.

Des Limougeauds s’il te plaît ! En fait je m’occupais plutôt des remises de prix ou des événements locaux. Comme ce personnage assez atypique, qui avait organisé une exposition de peintures dans son salon de coiffure. Bon d’accord il n’y avait pas que des chefs d’œuvre mais c’était une belle initiative ! Plus sérieusement, ce stage a vraiment été l’occasion de m’initier à l’écriture journalistique. J’ai toujours adoré écrire, mais je le faisais avant tout pour mon plaisir personnel. Devoir le faire dans le but de passer une information, c’est vraiment une technique particulière : il faut savoir se montrer humble, éviter les effets de style…

En tout cas je recommande à tous ceux qui souhaiteraient intégrer l’école de journalisme de faire un stage dans un journal local, en plus ça fait des choses à raconter à l’oral d’admission !

Justement, peux-tu nous en dire davantage sur la procédure d’admission ?

Alors en fait la promo de 42 se divise en trois tiers. Il y a ceux qui, comme moi, étaient déjà à Sciences Po en premier cycle, et qui ont été pris après envoi du dossier et oral d’admission en juin ou en septembre. Une autre partie des étudiants vient d’autres établissements supérieurs en France, la plupart d’écoles de commerce ou d’autres IEP. Eux sont passés par des épreuves écrites suivies d’un entretien de motivation en avril. Et enfin, le dernier tiers est constitué d’étudiants étrangers admis sur dossier. Tout ça forme donc un joyeux mélange !

Comment s’est déroulé l’entretien d’admission ?

On est face à un jury de trois personnes, un membre de l’administration et deux journalistes. Lorsque je suis passée il y avait Jean-Pierre Lescure himself, le directeur de l’école, et Gérard Leclerc, journaliste à France 2. Ils nous posent des questions sur nos motivations, notre parcours, nos expériences, tout cela pendant 45 minutes. Ce qu’ils recherchent avant tout c’est un parcours cohérent. Pas forcément quelqu’un qui aurait fait des milliers de stage- ça n’était pas mon cas !- mais quelqu’un avec un vrai projet personnel, qui peut expliquer et justifier les choix qu’il a pu faire dans le passé.

Peux-tu nous décrire une semaine type à l’école ?

La charge de travail est vraiment très importante. En théorie, nous avons 4 jours réservés aux cours et un jour consacré à la réalisation d’un reportage. En pratique, ce dernier nous occupe également une bonne partie de la semaine et du week-end, parce qu’en plus du tournage il y a tout un travail de numérisation et de montage à faire. En semaine, le matin est consacré aux cours magistraux et l’après-midi à divers ateliers : radio, télévision…les choix se font grâce au bon vieux système des inscriptions pédagogiques en ligne, ce qui donne lieu à des luttes féroces pour les cours les plus prisés. Ce qui est aussi un peu déstabilisant, c’est que les enseignements du matin ne sont pas évalués. Il y a bien un contrôle continu pour les modules de l’après-midi, mais comme on n’a pas de notes, il est un peu difficile de savoir ce qu’on vaut exactement !

Pourquoi as-tu décidé de devenir journaliste ?

J’ai eu très tôt le goût de l’écriture. Mais surtout, je viens d’un pays où la presse est très contrôlée, et lire chaque jour des journaux où l’information a visiblement été filtrée m’a donné une furieuse envie d’ouvrir ma g***** ! (censuré)

Justement, quel est pour toi le rôle d’un journaliste aujourd’hui ? Doit-il chercher à être un “ spectateur engagé “ de l’actualité ?

Etre engagé, ça ne veut pas forcément dire prendre toujours position sur tel ou tel sujet, donner son opinion sur tout. Rapporter des faits, en rendre compte de manière équilibrée est déjà un exercice tellement difficile ! Pour moi, exercer son métier de journalisme correctement, c’est déjà en soi un acte d’engagement.

En voilà une conclusion qu’elle est belle. Merci d’avoir répondu à nos questions !

4 Comments

  • Clo

    Mais peur d’etre décue par ses reves d’aventure et d’action qu’on associe souvent aux journalistes qui deviennent alors des reporters sans frontieres, des messagers de paix/d’espoir,des héros des temps modernes … Tout ca j’ai peur que ce ne soit q’une vitrine et qu’a l’intérieur on ne trouve qu’un bureau froid, des horaires types, des contraintes toujours des contraintes, de style/de sujet/de forme…
    Bref Perplexe *

  • Béné

    Peut être que je me fais une idée, mais je préfère une vision du journaliste acteur plutôt que spectateur. Spectateur, ça voudrait dire rester passif. Dès lors que le journaliste par chercher l’info, il agit.
    Le rôle du journaliste, c’est d’informer. Aller sur le terrain, rapporter l’information, la mettre en forme.. tout est action. Jihane parlait d’ "acte d’engagement", rien que dans le fait d’écrire sur tel ou tel sujet. Je suis assez d’accord avec elle. Après, l’expérience me confirmera si j’ai raison ou non : )

  • Marion

    Merci Manu pour l’itw! et merci aussi à Jihane pour ces infos précieuses.
    Clo, le journaliste est à mon avis un spectateur sur le terrain, mais quand il publie un article où il raconte ce qu’il a vu il devient acteur, il participe à la connaissance de certaines situations ou conflits ignorés. Par le simple fait de dire, il participe. Quand on veut faire ce métier c’est pour prendre en part en qque sorte à la grande agitation du monde, enfin c’est comme ça que le conçois. Après, selon ta spécialité, il faut savoir rester simple spectateur.

  • Clo

    Merci pour cette petite interview, ça permet d’en savoir un peu plus sur ce Master, de plus en plus Hype … Mais je me pose de plus en plus souvent la question : journaliste = spectateur ou acteur ?

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