Vie politique étudiante,  Vie syndicale

Élections Syndicales: Bilan de l’année 2010

9.JPGEn ces temps d’élections syndicales, LaPéniche.net se propose d’établir un bilan extérieur et objectif de l’action des syndicats de l’ensemble des sessions du Conseil de Direction et de la Commission Paritaire lors de l’année 2010. Ces deux organes sont tout simplement les plus importants pour nous, étudiants, tant au vu de leur forte représentativité (huit élus chacun, soit environ la moitié des membres) lors de la prise de décision, que du corps électoral potentiel (l’ensemble des élèves). Il faut savoir que la Commission Paritaire a une compétence largement consultative, mais c’est au sein de cette dernière que sont préparées et soumis les principaux projets qui animent la scolarité à Sciences Po, avant que ces derniers soient votés définitivement en Conseil de Direction, organe situé au sommet de l’IEP de Paris. D’emblée, nous précisons que cet article se concentre principalement sur les votes effectifs du Mouvement des Étudiants (Met) et l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF), chacun disposant respectivement de deux et de cinq élus dans les deux instances, le dernier étant occupé par Interzaide-Fac Verte. Une plongée en eaux troubles s’annonce, qui abordera les principaux points décidés durant cette année 2010. Embarquez, la Péniche sort son périscope!

De nouveaux Masters : Governing the Large Metropolis, l’École des Relations Internationales et le Master Development and Practice

DSC_0041.jpgLe Master en Stratégie Territoriale et Urbaine (STU) accueille à partir de cette année un petit frère. Son nom? « Governing the Large Metropolis ». Master entièrement en anglais, celui-ci a pour objectif de capitaliser sur le succès de son grand frère, né il y a cinq ans, qui a su répondre à une demande forte de la part de responsables locaux d’un savoir faire pluridisciplinaire regroupant politiques publiques et gouvernance du territoire. De douze étudiants la première année, il y en a une centaine aujourd’hui. Sciences Po veut voir plus grand avec ce nouveau venu, en l’orientant vers un marché international et non plus strictement français ou européen. Fruit de l’expérience, il se veut volontairement ambitieux, en proposant à des villes de plus de huit millions d’habitants « des spécialistes de politique publique au sens large du terme, qui travaillent avec des acteurs publics, privés et associatifs et qui prennent au sérieux cette dimension de comment on travaille sur le politique » pour Patrick le Gales, un des responsables du programme. Des accords ont pu être signés avec de très grandes villes comme Shanghai, Tokyo, New Delhi, Chicago, New York, São Paulo, Rio ou Cape Town. Le choix d’un master entièrement en anglais veut répondre à des exigences internationales et former des étudiants au mieux dans un monde ultra-compétitif. Les votes en Conseil de Direction et en Commission Paritaire ont été semblables: le Met a voté pour ce projet, tandis que l’UNEF, bien que n’étant pas réticente à la création de ce master, s’est opposée sur le niveau d’anglais C1 demandé à l’entrée, faisant valoir « qu’un étudiant non anglophone ne choisirait pas un master en anglais » et qu’ainsi cette exigence représentait une sorte de barrière à l’entrée.

C’est au cours de cette année qu’a été créée l’École des Relations Internationales (Paris School of International Affairs, PSIA, en anglais) présidée par Ghassan Salamé. École bilingue, qui compte à la fois des cours en anglais et des cours en français, cette École des Affaires Internationales cherche à « restituer à Sciences Po {la matière des Affaires Internationales à} la place qui a toujours été la sienne », et par là même, de hisser Sciences Po au niveau des grandes universités du monde entier. Cette École comporte en elle-même plusieurs masters différents tels que Master Sécurité Internationale, ou le Master in International Development… La création de cette École des Affaires Internationales a reçu un avis favorable à l’unanimité au cours de la Commission Paritaire, tandis qu’elle a ensuite été votée, aussi à l’unanimité, en Conseil de Direction. C’est à propos de l’admission qu’il y eut plus de débats. En effet, la Commission paritaire a donné un avis favorable sur la résolution portant sur le niveau exigé en Anglais pour être admis à l’École des Affaires Internationales (Niveau C1 du cadre européen de référence des langues), quelle que soit la voie d’admission. Cet avis n’a pas été voté à la majorité, puisque l’UNEF a voté contre, le Met pour, de même qu’Interzaide. De la même façon, en Conseil de Direction, cette résolution a été votée, avec un vote pour du Met et d’Interzaide et un vote contre de l’UNEF. A noter qu’ont tout de même été obtenues des dérogations pour les étudiants du collège universitaire de Sciences Po qui seraient bilingues dans une autre langue que l’anglais. Au sein de cette École des Affaires Internationales a été créé un nouveau master : le Master of Development Practice (MDP). Ce Master est d’abord destiné aux jeunes professionnels, c’est-à-dire des étudiants ayant déjà une certaine expérience professionnelle derrière eux, et qui cherchent à acquérir de nouvelles connaissances et compétences dans le domaine du développement durable (un peu comme un MBA). L’idée est, selon Hervé Crès, d’« essayer d’hybrider en quelque sorte des compétences de conception et d’évaluation de politiques publiques et des compétences liées à des techniques d’ingénieur ». C’est un programme en français, qui se concentre majoritairement sur le développement en Afrique. Ce programme a été approuvé en Commission Paritaire à 7 voix pour, 5 contre et une abstention. L’UNEF a voté contre, le Met pour, et Interzaide pour. En Conseil de Décision, le Master a été approuvé : là encore, l’UNEF a voté contre, le Met pour, et Interzaide aussi.

Un questionnement récurrent : la scolarité

1.jpgDans cette catégorie, il nous faut classer le projet de créer un Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) regroupant plusieurs universités, celui des crédits associatifs et enfin la question, très débattue, des droits de scolarité. En prenant un cadre large qui déborde Sciences Po, le Conseil de Direction a adopté dès le 18 janvier 2010, malgré l’opposition de l’UNEF, un accord entre l’IEP de Paris (qu’il faut distinguer de la Fondation Nationale de Sciences Politiques) et Paris V Descartes, Paris VII Denis Diderot pour les universités, l’Institut Physique du Globe et l’INALCO pour les établissements. Il est en effet à souligner qu’un PRES a pour objectif de créer des fédérations approfondies entre des universités, des organismes de recherches, des grandes écoles et des grands établissements tels que l’IEP de Paris, afin de regrouper l’enseignement supérieur en France et les subventions à son égard. Depuis 2006 et sa mise en application politique, des négociations ont été menées et ont aboutit à ce projet, Paris-Cité de son petit nom. Ainsi, des pôles se sont peu à peu constitués dans l’espace universitaire parisien, avec notamment le projet d’un grand rassemblement du Nord de la capitale, le campus Nicolas de Condorcet. Il faut cependant rappeler que Paris-Cité n’exclue en rien les partenariats actuels avec Paris II, IV et VI qui ont débouché sur les doubles diplômes que nous connaissons bien, celui philosophique pour Paris IV et Sciences de la Vie et Sciences Sociales pour Paris VI. Cette structure n’est en rien aussi unifiée que le PRES à venir.

Par ailleurs, un amendement au règlement de la scolarité a été voté à l’unanimité en octobre 2010. Portant sur les crédits associatifs, il stipule que « les étudiants souhaitant s’investir dans un mouvement associatif » {doivent se faire} « connaître en début d’année auprès de la Direction des études et de la scolarité.» Ces étudiants devront ensuite suivre plusieurs cours expliquant le fonctionnement de la vie associative à Sciences Po et destinés à éclairer leur pratique associative. A la fin de l’année, les étudiants devront restituer un dossier présentant notamment la comptabilité de l’association, les différents supports de communication utilisés durant l’année et un bilan moral, sur le modèle de ce qui se pratique déjà pour les associations permanentes. C’est sur étude de ce dossier que la Commission se prononcera sur l’attribution des crédits.

Mais c’est surtout sur la question de l’augmentation des frais de scolarité que le débat a été le plus intense. Le procès verbal du Conseil de Direction du 13 décembre, que LaPéniche a pu se procurer, mentionne un affrontement pied à pied entre Richard Descoings et les représentants de l’UNEF, qui n’acceptent en aucune manière l’augmentation des frais d’inscriptions de l’année 2011-2012. Ceux-ci passent de 8900€ à leur maximum pour l’année 2010-2011, à 9300€ pour le Collège Universitaire, quand ils passent dans le même temps de 12 500€ à 13 000€ pour les Masters, là encore à leur plus haut niveau (plus de 200 000€ de revenus annuels). Cette évolution a suscité beaucoup d’animosité de parts et d’autres, si bien que l’UNEF a refusé de voter durant ce Conseil, avançant que le budget de l’aide sociale évolue de manière beaucoup plus lente que les frais d’inscriptions, tandis que le Met a défendu l’idée d’un gel pour les classes moyennes. L’augmentation (d’environ 4% selon nos calculs), a cependant été adoptée par quinze voix pour, cinq contre et une abstention, justifiée par plus de mixité sociale et de redistribution par Richard Descoings. Il signale à ce propos la rapide progression en nombre des boursiers, passant de 7% en 1999-2000 à 26% en 2010. Le ton se fait néanmoins plus dur lorsqu’il critique la « violence extrême » des tracts de l’UNEF, tout en s’interrogeant « sur l’objectivité des propos qui peuvent être avancés aux étudiants afin qu’ils signent ces tracts. » La Direction s’est finalement décidée à « tenter l’effort » pour porter le taux de redistribution des droits de scolarité des étrangers de 20 à 25%, demande portée par l’UNEF principalement, ce qui a détendue un peu l’atmosphère visiblement électrique de cette dernière réunion de 2010.

En conclusion, LaPéniche vous appelle tous à voter lors des élections syndicales les 8 et 9 février. Good night, and good luck!

Etienne Combier & Eliott Khayat
Photographies: Antoine Genel

9 Comments

  • Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle

    Ouh mon dieu l’UNEF s’oppose à Richard Descoings, je l’imagine déjà entrain de trembler dans ses chaussettes !

  • Arnaud

    Relis l’article avant de mettre un commentaire inutile
    « affrontement pied à pied entre Richard Descoings et les représentants de l’UNEF, qui n’acceptent en aucune manière l’augmentation des frais d’inscriptions de l’année 2011-2012 »

  • Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle

    Comme d’habitude l’aristocratie des gauchistes boboïsants sera reconduite au « pouvoir » (haha) et comme d’habitude Richard Descoings mènera sa barque comme un petit autocrate. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

  • Sarah

    Bonjour !

    Cet article permet très bien de retracer les votes principaux en conseils, merci !

    Je m’étonne juste de la parenthèse de cette phrase : « Ceux-ci passent de 8900€ à leur maximum pour l’année 2010-2011, à 9300€ pour le Collège Universitaire, quand ils passent dans le même temps de 12 500€ à 13 000€ pour les Masters, là encore à leur plus haut niveau (plus de 200 000€ de revenus annuels) »
    C’est tout à fait vrai, sauf que ce ne sont pas seulement les étudiants dont les parents ont 200 000 € de revenus annuels qui payent le maximum, mais aussi TOUS les étudiants non-européens, quelle que soit leur situation financière…

    Bonne continuation !

  • Maxence

    Je rappelle de façon tout à fait objective que le passage de 20% à 25% du total des droits de scolarité acquittés par les étudiants internationaux et reversés à ces derniers sous forme de bourses a été porté par le MET, avec le soutien d’Interzaide, tandis que l’UNEF a refusé de voter pour !

    Cela s’inscrit dans un accord passé entre le MET et la direction, selon lequel l’augmentation des droits de scolarité doit :
    – ne pas toucher ni les boursiers ni les classes moyennes
    – doit permettre d’augmenter les bourses pour les étudiants internationaux
    – doit permettre d’améliorer le service de Sciences Po, et notamment les horaires de la bibliothèque.

  • Ju

    UNEF= Union Nationale des Etudiants de France. Il y a beaucoup d’adhérents étrangers à ce syndicat et ils défendent aussi les étudiants internationaux (d’ailleurs, votre article s’en fait l’écho)!

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