Vie du campus

A-t-on oublié la circulaire Guéant ?

guéant

Bonne question. Il est vrai qu’à part la crise de fin octobre, quand l’UNEF a organisé une rencontre avec les représentants des étudiants étrangers et que Laurent Wauquiez a bien précisé (à voir sur mctv) qu’on ne retirerait pas la circulaire, on a finalement assez peu entendu parler de ce serrage de vis qui empêche des milliers d’étudiants de se faire embaucher à la sortie de leurs études – diplôme français – à cause de leurs origines – étrangères -. A moins bien sur d’être resté branché 24/24 sur les fils d’info du pouvoir et de ses critiques.

Entendons-nous bien, le texte a été remarqué et décrié, le collectif du 31 mai, qui tente de le faire annuler, est d’ailleurs né rapidement après. Il n’en est pas moins qu’aujourd’hui, le gouvernement reste enferré dans son paradoxe qui prône d’un côté la réduction de l’immigration professionnelle et de l’autre l’attraction d’étudiants de diverses nationalités dans la logique de la « politique d’attractivité » de l’enseignement supérieur, sans que cela ne semble lui poser le moindre problème. Pourtant quelle logique ? Avec un rappel de la loi comme celui-ci, des milliers d’étudiants se sont vus refuser leur titre de séjour professionnel, voire leur autorisation provisoire de séjour depuis mai, bien qu’ils aient eu toutes les qualifications requises pour exercer dans les métiers pour lesquels ils avaient été embauchés. On se retrouve du coup avec des exemples comme celui de cet étudiant d’origine maghrébine, ingénieur à Grenoble, qui s’est vu proposer trois ou quatre emplois différents grâce à ses qualifications et parce qu’il faisait partie des seuls capables d’exercer les missions demandées, mais n’a pas réussi à obtenir de la préfecture qu’elle lui délivre son permis. Dans ce cas là, on invoquait le fait qu’un diplômé français aurait pu être embauché à sa place. En l’occurrence, s’il avait reçu autant d’offres d’emploi, c’est bien que le secteur manque de jeunes diplômés. Aberration.

Qu’en est-il de la situation à Sciences Po? Plusieurs étudiants étrangers se sont retrouvés, comme les autres, dans des situations compliquées (voir l’article de Julie Smith, américaine sortie de Sciences Po il y a quelques années). On l’aura compris, le diplôme « grande école » ne protège en rien dans ce cas de figure. En conséquence, il paraît étonnant de voir si peu de communication en provenance de l’administration d’une part et des syndicats de l’autre.

Mais un manque de communication n’implique pas pour autant un manque d’engagement dans la question. Chacun d’eux invoque d’ailleurs des raisons précises. Pour commencer, n’oublions pas que la circulaire est déjà passée : une militante de l’UNEF Sciences Po explique donc que le combat « n’est plus du ressort du politique mais du juridique ». Ceci permet de mettre en lumière plusieurs points : si l’on a entendu que les grandes écoles étaient loin d’être satisfaites par le texte, elles ne se fendent pas de grandes déclarations incendiaires parce que cela ne mènerait à rien politiquement, cela reviendrait même à faire le jeu de Claude Guéant. Les problèmes sont donc réglés au cas par cas, une commission spéciale ayant été créée pour gérer les dossiers des diplômés de l’école qui se voient refuser la possibilité de travailler en France.

etudiants étrangers

Dans le même ordre d’idée, l’UNEF a choisi de ne pas faire campagne, se concentrant sur le sujet de la santé. Pour autant, le dossier n’est pas abandonné : un recours a été déposé auprès du Conseil d’Etat afin de contrer juridiquement le texte. Au Met, on ne se prononce pas trop, se contentant de rappeler que le but d’une circulaire n’est que de faire appliquer une loi déjà existante. Finalement, seule la Confédération Etudiante reste mobilisée de façon proche des étudiants, comme on l’a vu le jeudi 27 octobre devant le 27, ou, plus généralement, en faisant tourner une pétition (voir le profil facebook), et regrettant le manque de mobilisation des grandes écoles.

Finalement, l’approche des présidentielles explique la plupart des positions adoptées, brouillant un peu trop les pistes. Certains ont d’ailleurs crié à la tentative de récupération des voix extrémistes dès l’annonce de l’adoption de la circulaire. Si l’on adopte ce point de vue, on comprend effectivement beaucoup plus rapidement la position des grandes écoles, et, surtout, on ne peut que noter le silence de la gauche sur la question. Quelle que soit la position adoptée, peut-être que les actions entreprises vont doucement commencer à porter leurs fruits : d’après l’AFP, Jean-Pierre Raffarin a annoncé le 24 novembre un prochain assouplissement de la mesure.

Le problème n’est pas résolu pour autant : tant qu’elle est valide, la circulaire Guéant se rapproche bien trop de l’institutionnalisation d’une forme de discrimination que l’on cacherait derrière les effets de la crise. Peut-être la solution proposée par l’UNEF via le Festival étudiant contre le racisme permettra-t-elle d’interpeller avec profit les présidentiables sur la question de la xénophobie, mais peut-être aussi que celui-ci aura lieu un peu trop tard. Il semble en fait nécessaire de s’investir dès aujourd’hui pour défendre les droits de nos collègues étrangers, dont le diplôme et l’emploi français ne pourraient qu’être bénéfiques pour l’activité économique qui sert paradoxalement de raison à leur exclusion professionnelle.

4 Comments

  • S-O-S

    En plus d’être intolérable, cette circulaire est absurde économiquement. Nous payons la formation d’étudiants qui ne pourront pas travailler en France – et de ce fait, nous n’aurons pas de retour sur investissement ??
    Après, je me demande comment Sciences Po va bien pouvoir expliquer aux étudiants internationaux pour les convaincre de venir chez nous…
    (ah oui, c’est vrai, il y a trop d’étrangers en France, disait l’autre)

  • Scandalisé

    Smithsaddict tu racontes n’importe quoi, c’est scandaleux !! Un étudiant diplômé d’une université amiericaine qui trouve un boulot n’a aucun problème a trouvé les papiers (Green card) pour travailler…

    La France descend sur une pente honteuse qui veut que l’immigré soit un musulman, pauvre qui refuse de s’intégrer. Continuons et nous atteindrons joyeusement le point Godwin.

  • Smithsaddict

    Il me semble qu’aucun étudiant ne connaisse les États-Unis, qui pratiquent cette même politique à l’égard des étudiants étrangers, même ceux qui sont diplômés de la Ivy League. Et pourtant, personne ne dit que les étudiants internationaux y sont indésirables. Ouvrir les bras à des étudiants qui souhaitent se former ne veut pas dire ouvrir les bras à des étudiants qui souhaient rester en France au-delà de la période stipulée de résidence.

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