Vie du campus

Quand les étudiants de Sciences Po s’ouvrent sur le reste du monde…

La Direction de Sciences Po (i.e. Richard Descoings) attache une grande importance à l´ouverture sur les autres pays, l´Europe en premier lieu, mais également le reste du monde. La Péniche au plafond de laquelle flottent de nombreux drapeaux en est la plus belle illustration.

Comment cet intérêt se traduit-il concrètement ? Tout d´abord, de façon générale, par l´étude de langues étrangères. Et comme vous le savez tous la politique du département des langues, incarné par le célébrissime Richard (encore un) Collins, demeure un grand mystère pour nous autres mortels (les articles de Valentine et Laure sont là pour en témoigner). Puis, de la réforme des années 2000, il faut retenir deux projets d´envergure internationale : la création en 1er cycle de campus délocalisés, spécialisés sur certaines régions du monde, et l´instauration d´une année obligatoire à l´étranger, dans une université ou en stage. Enfin, Sciences Po se targue de compter dans ses amphis environ un tiers d´étudiants internationaux.

A Sciences Po, depuis la rentrée dernière déjà, l´accent est mis sur l´anglais, « you must speak english, only english » pour reprendre le slogan de l´UNEF. Mais pour ceux qui ont la chance de maîtriser la langue de Shakespeare, il est possible d´étudier les classiques allemand ou espagnol et les plus à la mode, chinois, russe ou encore arabe. Un étudiant normal (comprendre qui n´est pas en bi-classe) étudie deux langues. Il peut en débuter une troisième en master, s´il possède un niveau cinq dans sa première langue et au moins un niveau quatre pour la seconde. La politique de Sciences Po pour les langues déplaît à de nombreux élèves, mais elle s´explique par la mise au diapason des recruteurs. « Ils se moquent que vous connaissiez le japonais ou l´italien si vous êtes incapable de parler anglais, c´est comme ça, et pas autrement ! »

Les campus délocalisés maintenant. Il en existe quatre, et un cinquième est en préparation. Le premier cycle franco-allemand de Nancy a ouvert en 2000. En 2005-2006, on y comptait 200 étudiants (dont 70 en troisième année) de 28 nationalités différentes ! L´année suivante ce sont les campus de Poitiers (Espagne, Portugal et Amérique Latine) et de Dijon (Europe centrale et de l´Est) qui ouvrent leurs portes (sont-elles aussi lourdes que celle de Paris ?). Ils accueillaient respectivement l´an dernier (en 1A et 2A) 100 étudiants originaires de 30 pays différents et 82 de 27 pays. Fort du succès des trois campus délocalisé, Sciences Po, en 2005, en ouvre un quatrième spécialisé sur une région du monde qu´on ne peut plus ignorer, le Moyen Orient et le bassin méditerranéen. Les effectifs de Menton, plutôt faibles l´an dernier avec 30 étudiants sont passés à près de 80 cette rentrée, et le nombre de nationalités de 14 à 21. Bel engouement donc pour ce nouveau campus, même si la réalité ne semble pas toujours très ensoleillée (comme nous le montre l’article de Sarah). Après le succès (si l’on en juge par la newsletter de Sciences Po du 6 novembre 2006 : 113 étudiants sur les 2 années dont plus de la moitié en chinois) du programme Asie mis en place en mars sur le campus de Paris (auquel j’ai déjà consacré un billet), un cinquième campus devrait ouvrir dans quelques temps. Lors de la rentrée solennelle 2005 un étudiant avait interpellé Ritchie sur l´absence de campus anglophone, se demandant si Paris se gardait la primeur de cette aire comprenant l´Amérique du Nord, l´Australie et bien évidemment le Royaume Uni. Notre directeur avait su alors contourner, avec le talent qu´on lui connaît, la question. La réponse se fait toujours attendre…

Quelque soit le campus, la 3A à l´étranger constitue un événement clé pour l´étudiant du premier cycle et une expérience très enrichissante sur le plan humain. Les enjeux de cette année de césure diffèrent selon le choix de l´étudiant. Le stage, de plus en plus sollicité mais encore minoritaire, peut être une vraie chance pour un étudiant de découvrir l´univers professionnel qui l´intéresse et de confirmer (ou d´infirmer) ainsi sa vocation. De plus, effectuer ce stage hors de la France constitue un atout supplémentaire sur le CV. Cependant, des témoignages de certains étudiants, il ressort que cette année, si elle est évidemment bénéfique professionnellement, peut ne pas remplir ses objectifs en terme de progression linguistique et de contacts humains (comme l’indique le compte-rendu de la réunion 3A-stage). Le séjour d´étude demeure garde actuellement la préférence des étudiants et ce pour plusieurs raisons. Cette année permet de découvrir un autre pays (tout comme le stage), un autre mode de vie et de rencontrer tout un tas de personnes très intéressantes, en cours ou lors d´événements estudiantins. Par ailleurs, l´université choisie propose généralement des sujets non abordés à Sciences Po (du moins en 1er cycle) ce qui permet de découvrir de nouveaux sujets ou de choisir des cours en vue du choix proche d´une mention du Master. Selon la destination, cette année peut aussi nous amener à découvrir un système universitaire différent de celui en vigueur chez nous. Enfin, dans leur ensemble, les étudiants profitent de cette année à l´étranger pour voyager à travers leur pays d´accueil et dans l´ensemble de la région. Bref, difficile de dresser de manière exhaustive tous les bénéfices de la troisième année tant il semble y en avoir. Quelle que soit la destination et à de rares exceptions près, les étudiants qui en reviennent considèrent celle-ci comme, sinon la meilleure année de leur existence, au moins la meilleure de leurs cinq années à Sciences Po. Notons que Sciences Po a établi des partenariats avec près de 280 universités dans 53 pays répartis sur les cinq continents… Difficile de ne pas trouver chaussure à son pied !

Mais Sciences Po et l´international c´est aussi et surtout l´accueil d´étudiants venant de tous les coins du monde. Environ 30% des 6 700 étudiants de Sciences Po, tous campus confondus, sont ne sont pas français. Il existe plusieurs cas de figure. Les étudiants qui effectuent l’ensemble de leur parcours universitaire à Sciences Po (via la procédure internationale). Ceux qui viennent en échange pour un ou deux semestres dans le cadre de programmes spécifiques : international program, MBA, programme Copernic, doubles diplômes. La présence de ces étudiants crée indiscutablement une ambiance particulière au sein de notre chère institution. Une des premières choses qui m´ait marquée quand je suis arrivée à Sciences Po (il y a un an déjà !), c´est la cacophonie de la cafet´ entre ceux qui parlent chinois, espagnol, russe ou plus communément anglais. C´est un réel plaisir de pouvoir discuter avec des étudiants venant d´ailleurs, d´être amenée à travailler avec eux en groupe ou au sein d´une association, d´avoir leur point de vue sur l´actualité française ou celle de leur pays, ou encore d´organiser des soirées « nationales » avec la possibilité de déguster les spécialités de chez eux. Ce n´est pas quelque chose de vraiment perceptible en cours, mais ces étudiants sont réellement un élément à part entière de l´esprit Sciences Po que tendent à promouvoir la Direction et surtout, les étudiants.

Enfin, comme évoqué furtivement plus haut, Sciences Po a conclu un certain nombre d´accords de doubles diplômes (sans parler de ceux avec les universités françaises). Le principe est simple, sur les deux années du Master l´étudiant passe un an dans l´université partenaire et l´autre année à Paris. Il existe actuellement des doubles diplômes à l´international avec sept universités : la Freie Universität de Berlin, la célèbre LES (London School of Economics), la Columbia School of International and Public Affairs (SIPA) à New-York, l´université de Saint Gall en Suisse, la MGIMO University de Moscou, la Bocconi à Milan et enfin la Warsaw School of Economics en Pologne. Au final, l´étudiant possède donc deux diplômes distincts pour seulement cinq années d´études (sans compter les étudiants ayant obtenu une licence ou une maîtrise à la fac).

4 Comments

  • Béné

    Ah oui désolée c’est vrai que j’étais assez énervée sur le coup, mais Marion ne prends pas ça contre toi, je suis surtout énervée contre sciences po et leur politique des langues.Ton article ne manquait pas de rappeler les bons cotés et je suis quand même ravie d’être à sciences po aux cotés de centaines d’étrangers qui viennent des quatre coins du monde, et de pouvoir avoir la garantie de partir à l’étranger. Il reste des progrès à faire cependant..

  • Béné

    c’est super tous ces étudiants étrangers, cette année à l’étranger, ces doubles diplômes, c’est vrai. Encore faut-il être bilingue en anglais et c’est pas avec les cours en biclasse de sciences po qu’on va y arriver… On a pas tous eu la chance d’avoir des parents anglophones, d’avoir habité un ou deux ans dans un pays anglophone, ou encore d’avoir fait voyages sur voyages au States ou dans les îles britanniques… Enfin voila..
    Je pense que des étudiants "normaux" ce sont plutot ceux des biclasses.. D’ailleurs ils sont plus nombreux. Les niveaux 4 sont soit super doués en anglais et tant mieux pour eux, soit ils étaient déjà bilingue avant d’arriver !
    En attendant nous on est privé des autres langues, donc vive la diversité" et l’ouverture sur le monde..

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