Vie du campus

Occupy Pipo : les « indignés », les « élites », et la Bibliothèque

« Plus on leur en donne, plus ils en veulent ! », doit maugréer l’Administration : un an et demi après l’ouverture de l’Apple Store au 27, ses 400 nouvelles places assises et ses 200 Mac, des étudiants étrangers ont crée « Occupy Pipo », pour protester contre le manque de places en bibliothèque.

Ils s’attendent à rencontrer le calme germanopratin et l’excellence estudiantine française. Ils paient 9800€ de frais de scolarité en Collège Universitaire, 13000 € en master – hormis les étudiants de l’Union Européenne, qui paient les mêmes frais que les étudiants français – et comptent sur la Bibli pour étudier, vu l’espace légèrement exigu de leur 9m2. Comme nous tous, les étudiants étrangers sont charmés par l’Apple Store, son « style épuré », son « packaging » … ils le sont un peu moins par son côté « overcrowded library ». Ouverte fin septembre 2010, la bibliothèque René Rémond a certes permis de doubler le nombre de places disponibles – aujourd’hui de 810 – et a transformé notre IEP en véritable ambassadeur de la Pomme, il n’empêche qu’une place se vend à prix d’or. La semaine dernière, cinq étudiants en master Affaires Étrangères ont donc demandé un entretien à Ghassan Salamé, doyen de la PSIA, afin d’exprimer leur insatisfaction quant aux conditions d’études parfois précaires auxquelles ils font face : « on ne paie pas 13000€ par an pour devoir travailler par terre dans le hall du 27 ou au pied des ordinateurs à la bibliothèque ! », proteste Luisa, étudiante anglaise en quatrième année, à l’origine du mouvement. Un mouvement crée suite à la faible réaction de M. Salamé, qui leur aurait répondu : « je ne peux rien faire à ce niveau-là ». Ainsi fondé le 14 mars à l’ « Apple Store Sciences Po » comme il le revendique lui-même sur la page Facebook https://www.facebook.com/OccupyPipo, le mouvement Occupy Pipo a appelé les étudiants, français et étrangers, du Collège Universitaire comme des Masters, à rejoindre la page Facebook et la pétition en ligne destinée à l’administration,

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Mais au-delà d’un enflammé « We are the 99% that neither have a comfortable office at Sciences Po nor a superbonus that enables us to do our readings at Brasserie Lipp! », que veulent-ils ? Que veut-on ?

Occupy Pipo veut « s’assurer que toutes les éventuelles mesures pour améliorer les conditions d’étude en bibliothèque ont déjà été étudiées ». Concrètement ? Occupy Pipo ne veut évidemment pas que Sciences Po rachète tous les bâtiments du VIIème. Ayant publié une liste des différentes mesures envisageables, les étudiants souhaitent des mesures concrètes, comme la mise en place d’ordinateurs disponibles uniquement pour quelques minutes, des bornes d’impression, plus de tables sans ordinateur, pour libérer des Mac souvent inutilisés… Rejoignant également l’UNEF sur ce point, Occupy Pipo propose dans sa charte que les salles et amphithéâtres inoccupés soient mis à disposition des étudiants, avec un planning actualisé chaque heure qui informe des espaces de travail disponibles. Parmi les autres projets marquants, OP relance également l’idée d’une ouverture des bibliothèques jusqu’à 23h, et le dimanche.

« Nous ne voulons pas apparaître comme un mouvement chaotique, désorganisé. Nous protestons, mais nous voulons un dialogue concret avec l’Administration. Ce mouvement doit aussi être la preuve que de tels échanges sont possibles entre étudiants et l’Administration », poursuit Luisa. Le mouvement organisera donc mercredi 28 mars une journée « Overcrowded Library ? Try Descoings’ Stairwell ! », avec l’accord de Ghassan Salamé (tous les indignés ont des contacts) pour se faire entendre au-delà d’une page Facebook qui peine à s’ouvrir aux étudiants français et à ceux du Collège Universitaire. Le principe sera simple : rendez-vous devant l’escalier du 27 qui monte aux bureaux de l’Administration et à celui de R. Descoings, en ayant préparé une réplique si celui-ci vous rétorque : « allez voir comment ça se passe dans les autres universités, et revenez oser me dire que vous n’êtes pas contents ».

Occupy Pipo peine à attirer les étudiants français, particulièrement ceux du Collège Universitaire : à croire qu’ils ne sont pas touchés, ou ne font pas partie, de ceux qui s’installent, posent une trousse et un crayon, et reviennent deux heures plus tard, « juste le temps d’une pause clope ». Alors, coupables, effrayez-vous : des mesures sont en train d’être étudiées pour éviter d’avoir une bibliothèque qui, à midi, compte plus de manteaux sur les tables que d’étudiants sur leurs chaises. Et, victimes, réjouissez-vous : à « titre expérimental » depuis le lundi 19 mars, l’amphi Boutmy reste ouvert lorsqu’il est disponible, jusqu’à fin avril. De quoi envisager des révisions de partiels communes frémissantes. Et si vous êtes à la fois coupables et victimes… mercredi, Occupy Pipo vous donne une bonne raison de jouer l’Indigné dans l’Escalier sacré.

9 Comments

  • MET Sciences Po

    Le MET est actuellement en négociations avec Sciences Po afin d’obtenir l’extension des horaires de la bibliothèque. La proposition devrait passer devant le Comité d’Entreprise – qui l’acceptera ou la rejettera, tout dépendra des salariés – fin avril. Espérons que cette revendication de longue date pourra enfin être acquise!

  • Guillaume

    Ben si l’argument est recevable
    Ca va, c’est pas une trahison de classe de dire que ceux qui paient 13 000 euros (ou même 5000, ou même 500) ont mal aux fesses de devoir s’asseoir par terre
    On parle pas de ne pas donner les mêmes conditions à tous, on parle de la améliorer pour tous

  • Guillaume

    Ben si l’argument est recevable
    Ca va, c’est pas une trahison de classe de dire que ceux qui paient 13 000 euros (ou même 5000, ou même 500) ont mal aux fesses de devoir s’asseoir par terre
    On parle pas de ne pas donner les mêmes conditions à tous, on parle de la améliorer pour tous

  • Jean-Kevin

    Si l’on paie 13000 euros de frais d’inscription ou que l’on soit boursier, on a droit aux mêmes conditions d’études. L’argument est à mes yeux irrecevables, même si le problème est bien posé.

  • Chevreuil

    @ Shut Up: Joli troll monsieur. Mais 810 places en bibli plus les quelques salles de travail minuscules aussi faciles à trouver qu’une aiguille dans une botte de foin, cela fait 1000 places en comptant large. Et nous sommes à peu près 9000 étudiants sur le campus, voire plus. 1 place pour 9 étudiants, surtout quand on n’a pas la possibilité de travailler chez soi, ça a de quoi les briser pour les frais de scolarité qu’on paye.

    Et ce n’est pas la peine de balancer l’argument d’autorité des autres universités, nous ne sommes pas les autres universités. Si Sciences-Po veut attirer des étudiants internationaux, il va falloir s’en donner les moyens.

  • Lou

    « Avec l’accord de Monsieur Salamé » – il faut faire la différence entre une phrase ironique et un « accord » au sujet de ce mouvement. Merci la péniche et ses informations toujours approximatives…

  • Shut Up

    non mais ils ont pas autre chose à foutre?
    l’apple store, en perseverant 10 minutes/ un quart d’heure, on arrive toujours à trouver une place. et il y a des salles de travail partout au 13, au 28….
    alors ca suffit un peu de s’indigner pour le moindre petit problème, on a pas la même place en plein centre de Paris que dans un campus du Kansas, on peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre!

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