Vie du campus

L’épée politique, le maçon vert et le bras moussu: l’écologie à Sciences Po

economie-ecologie-pour-terre.jpgOù en est l’écologie à Sciences Po? LaPéniche a voulu enquêter et vous livre un tour d’horizon complet. Suivez le guide!

Si Dieu a créé la Terre, alors la Terre a créé Eco Campus. Fondée en 2006, l’association réunissait alors nos protagonistes en un seul pouvoir suprême. Sans même une considération pour le temps de chauffe – et oui elle a trainé la Terre, mais que voulez-vous elle était occupée- un grand changement eut lieu. Aussi sûr qu’un Concile de Nicée, le temps accomplit son œuvre dans la Rue Saint-Guillaume, donnant naissance à trois associations distinctes: Europe Écologie-Les Verts Sciences Po, P.A.V.é.S, et Sciences Po Environnement. Trois parties d’un même tout: implanter l’écologie et défendre ses convictions, tel une sorte de Dieu trinitaire. Rassurez-vous, personne n’a été blessé, ni aucun animal mal-traité durant le processus.

Il est donc temps de voir précisément les forces écologiques en présence dans notre école, qui représentent un courant de plus en plus populaire dans l’opinion avec plus de 80% des élèves se disant intéressés par l’écologie à Sciences Po selon un sondage LaPéniche. Qu’on les traite de héros ou de paranos, les écologistes sont au cœur du débat sur notre futur, entre changement et passivité. Malgré tout, tout un chacun n’a pas la même définition de l’écologie, ni tout à fait la même vision. S’ils s’accordent pour dire que l’écologie inclut inévitablement le développement durable, chacune de ces trois associations veut montrer un visage de l’écologie différent: un militant, un pratique, un globalisé. Avec plus ou moins de réussite ou de publicité parmi les élèves. Tour d’horizon.

Europe Écologie les Verts à Sciences-Po: le militantisme écologiste

europe écologie les vertsEurope Écologie-Les Verts Sciences-Po (EELV) est la branche politiquement active à Saint Germain. Très ancrée à gauche, plus précisément « seconde gauche » selon l’un de ses représentants Vincent Madeline, elle a pour mission de porter sur le terrain politique ses convictions, marquées par une volonté de redistribution des richesses. Pour Vincent Madeline, l’écologie politique s’inscrit dans un mouvement contestataire qui porte en lui les ingrédients d’une force de gauche: lutter contre la pauvreté et le changement climatique. Partant du constat que « la croissance ne peut être un objectif de politiques publiques », EELV veut limiter la consommation et la production, rejoignant dans une certaine mesure les opinions sur une économie décroissante. L’association se définit comme « autonome et solidaire » du parti en dehors de Sciences Po. Les statuts des Jeunes Verts, nouvelle force regroupant les jeunes militants, comme les Mouvements des Jeunes Socialistes ou les Jeunes Pop, ont été votés fin janvier, ce qui pourrait faire évoluer au minimum le nom d’EELV. Car ne nous voilons pas la face, toute autonomie qu’il y ait, il reste un nom vers lequel les adhérents se réfèrent, et qui les façonne.

Afin de faire passer son message, EELV se place dans une optique de conférences, comme celle sur les retraites organisée en octobre, ou notamment une participation très régulière à l’Université Alternative. Ce mouvement, réunissant bon nombre d’associations comme le NPA, Attac Sciences Po, le Parti de Gauche, P.A.V.é.S ou l’UNEF, toutes les deux semaines, veut promouvoir une autre façon de penser, plus à contre courant. Il semblerait que cette action soit efficace, puisque 63% des étudiants interrogés disent connaître l’association, avant tout par des amis ou un stand en péniche. Il est également à mentionner les interventions régulières de Vincent Madeline au Grand O de nos collègues de RSP, ou encore la participation au projet collectif d’une cafétéria auto-gérée, bio et équitable, dont l’association P.A.V.é.S est l’un des instigateurs.


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P.A.V.é.S ou l’écologie en pratique

P.A.V.é.SLa Plateforme Associative Volontaire écologique et Sociale, bien que ce nom ne soit pas fixe et varie selon les interlocuteurs de l’association, est quant à elle la partie « du terrain ». Inexistante dans l’esprit des étudiants, avec seulement 26% disant la connaître, l’association est pourtant, depuis sa création en 2006, une pépinière d’idées. Ne disposant pas d’un bureau établi ou d’une quelconque organisation, P.A.V.é.S fonctionne sur un mode égalitaire et auto-géré avec un objectif: faire de « l’écologie du concret ». Pour ce faire, l’association propose de très nombreux projets, d’un atelier de réparation de vélos à des cours de langues régionales (tel le Breton ou le Basque) en passant par une cafétéria auto-gérée par les étudiants, son projet phare. Et certains de ces projets ont aboutit. De fait, les bacs du jardin du 13 rue de l’Université sont devenus depuis l’été dernier le jardin potager, où les membres de l’association mais aussi les non-membres ont pu planter les légumes qu’ils voulaient, et les déguster la rentrée venue. La première « plantation ouverte », signe d’un semblant d’organisation, a eu lieu le 24 février avec des réunions tous les jeudis pour s’informer de l’avancement des choses. L’AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) établie par P.A.V.é.S a quant à elle connue un succès fulgurant, passant de près de 30 paniers de fruits et légumes par semaine à plus de 70 au début de cette année, et ce pour un montant dérisoire de 7€ par semaine. La clé de cette réussite? L’état d’esprit. L’association se charge d’établir un projet cohérent et de le faire aboutir, pour qu’ensuite tous les élèves puissent en profiter, avec une part de responsabilité pour chaque étudiant.

Le meilleur exemple est celui de la cafétéria, qui a dans l’idée d’utiliser les locaux du 13, rue de l’Uni pour créer un lieu à la fois culturel et convivial, géré par les étudiants pour les étudiants. Construite de toutes pièces avec une volonté claire de se « réapproprier l’université », c’est un projet innovant et réellement fédérateur. Ce projet collectif, mené par l’association mais aussi avec le concours de Sciences Po Environnement, l’UNEF et EELV, est en concurrence avec celui d’un aménagement par le CROUS de cet espace. Le dossier devrait être déposé très prochainement. « On a les ingrédients, y’a plus qu’à faire la soupe » résume sans pression un des membres de l’association, démontrant l’approche « micro » plutôt que « macro » de P.A.V.é.S.

Une écologie institutionnelle: Sciences Po Environnement

sciences po environnementComme pour respecter la quadrature du cercle, Sciences Po Environnement (SPE) vient compléter les approches précédentes par celle « macro ». Association permanente depuis l’année dernière, directe héritière d’Eco Campus, elle représente le bras vert de l’administration et fonctionne selon un mode relativement original. C’est l’Assemblée Environnementale qui décide de tous les projets, après un débat construit entre les membres de l’association. Tout un chacun peut assister à ces réunions mensuelles, mais l’adhésion est nécessaire pour voter. Ces réunions sont bien souvent monopolisées par les adhérents, parlant une sorte de jargon difficile à comprendre, mais qui au final aboutit à certaines décisions importantes.

ecolo_colore.jpgAvec son budget imposant de 85 000€ par an, c’est le groupement à visée écologiste ayant le plus de moyens dans la rue Saint-Guillaume. Or qui dit gros moyens dit grands projets, avec un objectif prioritaire: réduire le bilan carbone de l’institution. Établi par des Étudiants aidés d’un consultant, il s’élève à plus de 9300 tonnes d’équivalent carbone, soit environ 1,3 tonne émise par étudiant chaque année. La majorité de cette somme vient de la troisième année à l’étranger -oui vous savez, l’année ou on essaye de fuir le plus loin possible- avec plus de 7700 tonnes. Pour apaiser ce bilan, plusieurs pistes sont envisagées: la compensation, par des projets négatifs en émission, ou la réduction directe, par le choix du train pour les destinations européennes par exemple. C’est le fameux plan de remboursement que tout élève partant en Europe est susceptible d’accepter: se faire payer pour moitié les tonnes de CO2 évitées si l’on décide de voyager en train plutôt qu’en avion. En fait, choisir entre rapidité ou convivialité. Les projets de compensations sont quant à eux au nombre de trois principaux, dont Lighting a Billion Lives qui apparait comme le plus emblématique. Au nom poétique s’il en est, il permet de rattacher SPE à des groupes plus important. De fait, ce projet est porté par le Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Évolution du Climat (GIEC) et le TERI (The Energy and Resources Institute), un institut de recherche indien. Il ambitionne de créer un partenariat entre la France et l’Inde par la vente de lampes solaires pour éclairer les villages pauvres de la péninsule. Chaque étudiant pourrait compenser ses émissions par l’achat d’une lampe (pour un prix modique de 35€), et participerait de fait à l’établissement d’un développement durable, et ce à l’autre bout du monde. Il est également à noter prochainement l’organisation d’une Semaine du Développement Durable, du 4 au 8 avril. LaPéniche sera là pour vous informer rapidement de l’événement.

Il reste de toute cette institutionnalisation une impression que l’administration délègue une bonne partie de sa responsabilité environnementale à des étudiants. Détachée de la FNSP sur le plan structurel, SPE permet de montrer une belle image de notre institut à l’extérieur. Sous le contrôle de la Commission Paritaire pour tout projet, toute initiative qui nuirait à l’image de l’IEP peut être tout simplement rayée de la carte. C’est un drôle de jeu, entre image et action durable.

Ces trois associations forment un socle écologique à Sciences Po, solide ou fragile selon les opinions. Ainsi, le dieu trinitaire de l’écologie est bien trois en un : plusieurs objectifs prioritaires mais un seul thème : montrer qu’un autre monde est possible. Ce but passe par des actions individuelles ou collectives, à l’échelle de Sciences Po voire à l’échelle mondiale. L’épée politique, le maçon vert et le bras moussu ont donc de nombreux combats à mener et d’autres causes à défendre.

Illustrations: logotypes officiels, dessins par Lucie Huber et Laure Duhesme

4 Comments

  • un autre pavésien

    « S’ils s’accordent pour dire que l’écologie inclut inévitablement le développement durable »

    Ah, ben non justement.
    Pas d’ac’

    mi ne akceptas tio rezono…
    saluton!

  • un pavésien

    Un complément à l’article : écocampus n’a pas donné naissance aux trois associations, comme écrit dans l’article, mais a été au contraire lancé par les Jeunes Verts et P.A.V.é.S entres autres ! cf : http://www.campusresponsables.com/documents/ecocampus%20.pdf

    Sciences Po environnement est le prolongement de ce collectif, devenu géante association permanente qu’on connait !

    Par ailleurs, vous pouvez nous contacter à l’adresse paves.asso@gmail.com, ou nous rencontrer pendant la permanence de l’AMAP et de l’atelier vélo le lundi de 18h à 20h, pendant la permanence du jardin partagé de 16h à 18h le jeudi, aux conférences de l’université alternative ou en péniche les rares fois où l’on pointe le bout de notre nez !

    Enfin, s’agissant de l’ASPE, ils ont un local, et des permanences quotidienne dans le « gymnase »…

    Bonne journée
    Ken’ ar c’henta

  • EE Sciences Po

    tu peux nous joindre en me contactant (olivier.pivot@sciences-po.org), sur facebook (europe écologie sciences po, si tu n’as pas facebook, c’est très bien) ou à europeecologie.scpo@gmail.com

    Sciences Po Environnement fait régulièrement des permanences en péniche (pavés aussi mais moins souvent) et a également un local dans la cafét.

    Et sinon, un bon moyen de nous contacter, c’est de venir aux conférences/évènements organisées par les assoc’s !

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