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Interview – Le point Q : « Tant que le consentement existe, tous les plaisirs sont permis. »

Cet automne, quatre étudiant.es de l’École de Journalisme de Sciences Po ont lancé leur newsletter, le point Q, pour « plonger dans l’univers du sexe et démystifier l’inconnue nommée ‘plaisir' ». La Péniche est partie à leur rencontre.

La Péniche : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots : qui se cache derrière Le point Q ?

Juliette : Je m’appelle Juliette Geay, j’ai 23 ans et je suis en M2 à l’École de Journalisme de Sciences Po.

Orianne : Je m’appelle Orianne Gicqueau, j’ai 22 ans et je suis aussi en M2 à l’École de Journalisme de Sciences Po. Il y a aussi Tom Février et Thaïs Chaigne, également en M2 à l’École de Journalisme.

On a créé ce projet parce qu’on avait tous des idées complémentaires. Juliette s’occupe de l’aspect édito donc c’est elle qui a eu l’idée de base et qui gère le contenu. Tom a des compétences en informatique donc c’est le côté développeur, l’aspect technique du site. Thaïs est spécialiste d’une rubrique en particulier, « Vu d’ailleurs », qui parle du sexe à l’international. Et moi je m’occupe de la communication, de l’image de la marque du point Q.

Rubrique « Vu d’ailleurs », par Thaïs, issue de la newsletter #1 « Le plaisir dans tous ses états » (image cliquable)

LPN : Comment vous est venue l’idée de créer un média autour de la sexualité ? Pourquoi ce nom ?

Juliette : On s’est rendu compte qu’il n’y a pas de média aujourd’hui, à part sur Instagram, qui parle de la sexualité des gens de notre âge. En étant plus jeunes on s’est posés des tas de questions restées sans réponse et on s’en pose encore aujourd’hui. De plus, notre génération ne fait plus du tout l’amour comme celle de nos parents : maintenant, on parle de plaisir partagé, de porno féministe, etc…

Dans les médias généralistes, il y a un.e sexologue, souvent c’est Maïa Mazaurette qui est la seule dans le domaine, mais pour les jeunes il n’y a rien, pas de magazine par exemple.

Nous, on a décidé de fonder ce média car on est journalistes, donc on part de notre expérience pour faire un média qui est sourcé. On a cette légitimité mais avec un côté fun, bande de potes.

Orianne : Au niveau du nom, on a voulu marquer un rythme régulier d’autant plus avec la newsletter : c’est l’idée du bilan, d’un rendez-vous à ne pas manquer, d’où le mot « point ». Concernant le « Q », comme on parle de sexualité, on trouvait ça drôle de mettre une seule lettre. C’est un nom assez court, qui reflète pas mal notre contenu.

LPN : Pourquoi avoir choisi le format de la newsletter ? Comment s’y abonner ?

Juliette : On a voulu tester quelque chose de différent. C’est un moyen de communication assez intimiste, qui permet de se retrouver toutes les semaines avec nos lecteurs et d’avoir leurs retours.  

Orianne : Pour s’abonner, il faut se rendre sur le site : on rentre son adresse mail, un message s’affiche et on est directement abonné.e : ça, c’est la démarche classique.

Juliette : Sinon, on peut aussi s’abonner via les réseaux sociaux, depuis Facebook et Instagram. Ça permet de retrouver nos anciens contenus, toutes les newsletters et tous les articles. Aujourd’hui on en est à la dixième newsletter donc maintenant le site est assez riche en contenu : ça permet de voir un peu ce qu’on fait On est assez présent.es sur Instagram donc pour nous découvrir, c’est bien de faire un tour sur nos réseaux sociaux.

LPN : Vous dites vous adresser aux « jeunes adultes qui ont envie de faire l’amour en 2020 » : qu’est-ce qui caractérise ces jeunes adultes ? En quoi leur sexualité diffère-t-elle de celle des jeunes adultes du passé ?

Orianne : Aujourd’hui, on n’a pas la même manière de faire l’amour que nos parents et encore moins que nos grands-parents, d’abord parce que la vie et les mœurs changent. Nous sommes plus libéré.es que les générations précédentes. Il y a aussi l’aspect numérique évidemment : avec les sextos ou les nudes, il y a des échanges très virtuels au niveau de la sexualité et nos parents ont du mal à nous parler de tout ça, des risques et des dangers qui y sont liés mais aussi des plaisirs parce que tout cela peut être marrant et enrichir une relation.

On veut montrer et expliquer ça aux jeunes pour qu’ils le conscientisent : il faut absolument en parler et leur montrer qu’ils peuvent s’exprimer avec ce projet. D’ailleurs, il y a beaucoup de sujets qui partent de nos abonné.es, notamment parce qu’on les suggère en story sur Instagram.

La notion du numérique n’est pas abordable avec les parents, parfois aussi par pudeur, et il y a peu d’informations sur internet ou en tout cas pas forcément des jeunes qui parlent aux jeunes. On vient répondre à ce besoin, qui n’est d’ailleurs pas forcément conscientisé. On parle à une audience bien ciblée et on utilise à la fois notre expérience personnelle en tant que jeunes et notre expérience professionnelle en tant que journalistes.

Juliette : Il y a une vraie demande chez les jeunes d’une sexualité fun, épanouie et libre, or le savoir c’est le pouvoir :  avant, tout cela existait mais on n’en parlait pas et le manque d’informations pouvait entraîner des blocages. On partage l’idée qu’en parlant et en partageant, on peut lever des blocages.

LPN : Vous attachez une grande importance à l’inclusivité des genres et des orientations sexuelles dans votre contenu : selon vous, l’inclusivité est-elle une nécessité pour parler de sexualité en 2020 ?

Juliette : C’est quelque chose de très important pour nous. Rien que dans l’équipe, on a des sexualités assez différentes. L’inclusivité fait partie de la nouvelle sexualité. Aucun d’entre nous n’avait accès à ce type contenu à 18 ans et les personnes LGBT+ encore moins. Il suffit de se rappeler nos cours d’éducation sexuelle : on nous apprend la reproduction et à mettre un préservatif sur un concombre mais que se passe-t-il quand deux hommes ou deux femmes font l’amour ? Quels sont les enjeux au niveau de la santé et des plaisirs ? Aujourd’hui, il y a plus de liberté par rapport à qui on est en termes de genre et de sexualité mais le manque d’informations est encore plus alarmant pour les personnes LGBT+.

Orianne : On veut montrer que rien n’est tabou ou interdit. Certaines pratiques sont anodines mais sont peu abordées, même en couple, donc ça crée des blocages. On a des retours d’abonné.es qui nous disent que ça leur fait du bien : on pose des mots sur un problème qu’ils ont eu auparavant ou ont toujours, sur une réflexion qu’ils ont pu avoir, et ça fait émerger des pensées positives. Notre but est de remettre au centre le plaisir sexuel. Aujourd’hui, beaucoup de femmes et d’hommes sont encore dans un rapport inégalitaire. Des femmes me racontent qu’elles n’ont jamais eu d’orgasme et je me dis qu’il y a un souci quelque part. On veut remettre en avant le plaisir, y compris solitaire : il est important de se faire plaisir à soi, d’être à l’aise avec sa sexualité, de se connaître, de savoir que tout est possible.

Juliette : Tant que le consentement existe, tous les plaisirs sont permis.

Rubrique « La bonne nouvelle », par Tom, issue de la newsletter #4 « Leuleu sous couvre-feu » (image cliquable)

LPN : Considérez-vous votre démarche comme politique, au sens où cela peut être entendu dans la formule « l’intime est politique » ?

Juliette : Je ne sais pas si l’intime est politique, en tout cas il l’est peut-être plus que pour les générations passées. En permettant aux gens de s’exprimer, on peut libérer des choses et exprimer des idées dans la sphère du couple qui participeront, en en parlant (notamment sur les réseaux sociaux), à créer une société plus égalitaire. C’est politique à deux égards : on ne va pas sortir dans la rue faire la révolution mais si on parle de la sphère de l’intime, on peut changer un peu la vie (et la nuit) des gens. Ensuite, c’est indéniablement féministe comme démarche. Par exemple, on soutient tous les comptes Instagram qui libèrent la parole.

Orianne : En tant que femme, j’ai le droit aussi de prendre mon pied. Bien souvent, les femmes se contentent de faire plaisir ou de simuler. Il faut ouvrir les yeux et tirer la sonnette d’alarme et leur dire que là, il y a un souci : le plaisir sexuel féminin a aussi lieu d’être.

Juliette : On a surtout un objectif pédagogique. On est avant tout des jeunes qui se préoccupent du monde dans lequel on vit. […] Pour nous, l’important est d’être pédagogique, de créer un espace safe.

LPN : Votre projet comporte une dimension participative, notamment à travers la rubrique « Témoignages » de chaque newsletter. C’est quelque chose d’important pour vous ? Comment faire pour témoigner ?

Orianne : La dimension participative est le noyau de la newsletter. Elle ne pourrait pas vivre sans témoignages, ça la rend authentique et vraie. On a une partie témoignages toutes les semaines qui est d’ailleurs en première partie. Les sujets peuvent venir aussi des abonné.es et toute expérience est bonne à écouter et à lire, c’est pourquoi cette rubrique est permanente. Pour participer, ça se fait via les réseaux, souvent par des sondages (stories Insta, et Facebook), mais aussi par mail (lepointq.newsletter@gmail.com) ou de manière individuelle, par message privé sur Facebook.

Juliette : Cette dimension est indissociable de notre projet. On veut créer une communauté atour de nous, on fait ça pour nous au sens large. On s’adresse à des gens de notre âge donc on veut faire un contenu qui leur plaît. Chaque semaine on se demande si on va continuer comme ça. Les retours des abonnés nous permettent de faire quelque chose à leur image, de créer avec eux, de faire quelque chose qui répond aux besoins.

Orianne : Se reconnaître dans les témoignages peut aussi donner envie aux abonné.es de témoigner. Il y a une identification : on lit les histoires des autres et on s’y reconnaît.

Juliette : Par ailleurs, des illustrateurs bénévoles, qui se retrouvent dans nos valeurs, ont rejoint le projet. Il y a Morgan qui fait une BD toutes les semaines avec un côté pédagogique et fun. Il a un humour fin et avec toujours un petit message pour faire avancer la cause. Il y a aussi Camille, notre graphiste qui fait des illustrations de temps en temps.

BD de Morgan issue de la newsletter #6 « Garde à vous ! Ah non, pas aujourd’hui » (image cliquable)

LPN : Après la contraception, le dating sous couvre-feu ou encore le vaginisme, à quels thèmes peut-on s’attendre dans les prochains numéros du point Q ?

Orianne : On pense le sujet à la semaine parce que plein d’idées émergent. On réfléchit aussi par rapport à l’actualité (c’est pour ça qu’on a parlé du confinement par exemple), donc on s’adapte un peu toutes les semaines. Lundi par exemple, [NDLR : le 30/11/2020] on va parler du sexe oral. On a aussi l’idée de faire une newsletter sur le consentement : on va prendre le temps de le faire pour les prochaines semaines car c’est un gros sujet.

Juliette : On s’inspire aussi beaucoup de ce qu’on nous demande. Les prochains sujets seront peut-être ceux que les nouveaux abonné.es vont proposer !

Pour retrouver le point Q : site internet , Instagram, Facebook

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