Cinéma

True Grit : histoire d’une déception

Et donc, l’annonce en grandes pompes (nomination pour pas moins de dix oscars, quelques BAFTA et j’en passe) du nouveau film des frères Coen. Comme à chaque fois, c’est toute une ribambelle de spectateurs qui crient leur joie de voir leur future semaine cinématographique sauvée. Et donc ce nouveau film des frères Coen.

true-grit-18464-279172997.jpgAvant de se lancer trop rapidement dans la comparaison avec leurs précédents films, passage obligé en général mais ici tout particulièrement (True Grit s’attaque au « western », un peu comme il y a deux ou trois ans No country for old man), on dissertera sur les multiples qualités du film. Certes, le scenario est bien foutu, certes les acteurs sont très bons (Jeff Bridges en marshal alcoolique, et Hailee Steinfeld en progéniture vindicative), certes il y a des instants de pure mise en scène haletante, certes il y a cet humour grinçant propres aux deux réalisateurs qui sous-tend chaque scène jusqu’à transformer le film en chasse à l’homme plus comique et ridicule que tragique et apitoyante. Evidemment, les images sont belles, en premier lieu les paysages des montagnes désertiques, les décors et les costumes sont plus vrais que nature, même la mouche de la première seconde du premier plan fait exceptionnellement penser aux drosophiles texanes un peu fin de siècle. Tout est parfait, mais pourquoi s’ennuie-t-on ? Au début et à la fin surtout, pas tant que ça au milieu. Le film met bien vingt minutes à démarrer, alors que justement le western commence généralement par un cambriolage de train, une chasse à l’homme, l’attaque de Fort Alamo, des scènes où l’on massacre les bouteilles de Jack dans les saloons. Les Coen prennent un peu à contrepied cet héritage en ne faisant entrer le marshall, le deuxième héros, que bien après la frêle et douce jeune héroïne (simplement d’apparence, elle est l’incarnation à l’écran du dicton populaire incluant un certain habit monacal).

De nombreux critiques parleront de « merveille de cinéma », etc. C’est vrai, dans la mesure où le cinéma s’exprime en premier lieu pour divertir, objectif largement rempli ici. Mais pas seulement. Non, le cinéma est aussi la pour (pardonnez moi les lieux communs) nous faire réfléchir, pleurer, apeurer, frémir… Bref, autant de sentiments totalement absents du film. On s’emballe un peu pendant la scène du traquenard nocturne, mais le soufflé retombe très vite. On les imagine bien dresser la liste de tous les clichés du western, genre hollywoodien par excellence, dans le but de les revisiter, de les moderniser, et cocher après chaque plan : THAT ? D-O-N-E ! Bon, et après ? Trouver de la profondeur dans des scènes qui en sont généralement dépourvu, tient plus de la mauvaise foi cinématographique et d’un amour sans bornes pour les deux Coen refusant ainsi d’entacher leur filmographie, que de la vision d’une véritable et profonde remise en question du genre. La dernière scène de chevauchées est d’un cliché et d’une ringardise absolus, avec la monture épuisée qui s’effondre, métaphore à peine surlignée du vieux marshall qui va finir par s’éprendre (amicalement, restons calmes) de la nymphette.

Là où le bât blesse est bien cette « absence » de profondeur, de ces multiples grilles de lectures auxquelles on était habitué. Bien moins haletant que No country for old man, True Grit se révèle etre le bon film de divertissement de fin de semaine, avec néanmoins quelques très bons moments (les deux scènes de castagne, dont l’une nocturne, sont très impressionnantes, et les grandes chevauchées en deviendraient presque fantastiques). Mais on sort tranquilles, car ils feront mieux la prochaine fois, et déçus, d’avoir trop espéré avant la séance de retrouver du dix mille en un, un film grinçant comme A serious man, flippant comme No country for old man, complexe comme Miller’s crossing, inventif comme Barton Fink. Mais la franchise « Frères Coen » leur assurera vraisemblablement d’exploser le box office mondial. À raison, finalement.

35 Comments

  • Ambiorix

    Il préfère No country for old men et ne comprend pas la scène de la chevauchée finale. Ta culture est à l’image de notre époque : mécanique, sans profondeur, et ne comprenant pas l’usage du mot liberté qui définit la plupart des chefs d’oeuvre. Pour la même raison, tu penses sans doute que La Chartreuse de Parme est un navet.
    Tu trouves ce film ennueux, il l’est par moments, mais c’est un ennui fécond qui prépare l’esprit à quelque chose de plus grand. Ton blog par contre EST ennuyeux, et il n’est pas fécond du tout.

  • Coline

    Malheureusement, en enculant les mouches (texanes drosophiles), et en disséquant les freres Coen pour prouver que tu lis les Inrockuptibles, tu oublies de nous parler de la première version du film, tournée en 69 par Hathaway (100 Dollars pour un Shérif, avec John Wayne, ce sacré coquin). Plutot que de savoir que tu es assez cultivé pour critiquer ce film, j’aurais aimé savoir pourquoi, selon toi (parce qu’au fond, on sait bien que tu es intelligent et que tu t’es juste trompé de rubrique) les deux films tirés d’un meme livre sont aussi différents, comment interpréter les deux fins, comment comparer les jeux de John Wayne et de Jeff Bridges, comment comprendre les couleurs et les musiques. Je te pardonne parce que je t’aime bien et que je sais que le western de la fin des années 60 n’est probablement pas assez rive gauche à ton gout.
    Amour toujours.

  • brouille

    Je me demandais si tu avais aimé Black Swan ou pas mignon Timothée, c’était avant que je découvre que tu avais écrit l’article désespérant à son propos. C’est vrai que c’est tellement profond Black Swan, pour le coup True Grit n’égale pas du tout cette réalisation si profonde et déjantée.. Ah, allons mourir face à tant de connerie. Pour une fois qu’un film se veut pas sérieux et se veut juste ce qu’il est, léger, drôle, on s’en fout, t’oses critiquer son manque de profondeur? Mais Black Swan mon petit, n’est-ce pas une merde psychodramatique qui se prend au sérieux? Et la je me pose des questions sur ta capacité à juger..
    Tu veux du profond? Va t’acheter du lubirifant.

  • François

    Très mauvais article… Ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord que je dit ça mais parce que tu as des très mauvais arguments. Pourtant on sent que tu essaye de nous dire que tu aimes les frères Coen, que tu voulais aimer ce film mais que t’as pas réussi. Je pense en fait que tu as adoré, que si ce n’était pas les frères Coen, tu l’aurais ériger en « bijou », ce film. Mais là, c’est les Coen, et ça le fait de dire que cette fois ci c’est pas bon. Mais je suis désolé, c’est de la mauvaise fois que de dire ça. C’est pas forcement du « Coen », mais c’est objectivement assez excellent. Le jeu d’acteur est impérial, la photographie par Deakins est juste magistrale, il y a des moments très drôles, et la mise en scène est hyper virtuose. Par dessus le marché l’alchimie qui fait un bon film opère. Quant à la scène de la chevauchée, c’est sûrement la meilleure du film. Tu l’a visiblement comprise de travers si tu penses que l’épuisement du cheval est une métaphore d’un désir du vieux scheriff pour la gamine. Un conseil revoit le film.

  • Aquarius

    Est ce une tradition de descendre tous les rédacteurs à leurs débuts? S’acharner sur une syntaxe, qui pour moi est plutôt bonne, simplement pour discréditer (je note Julien C.) un rédacteur et donc sa critique de film, c’est facile, et c’est petit. Je ne suis pas tout à fait d’accord pour le film, mais le prétexte du style est mauvais. Très mauvais.

  • Julien C.

    @ Lisa: Tout à fait « décrédibilisée » par l’utlisation du verbe « décrédibiliser », qui n’est pas du bon français. On lui préférera discréditer.

  • Kikoo

    @Julien : bien dit
    @ JC-C : arguments le plus con que la terre ait pu porter … Si on te suit, on ne peut avoir le droit de critiquer true … par exemple …Si on te suit jusqu’au bout on ne peut critiquer hitler, Pol pot, verges, r.Dumas …etc pourtant on le fait allègrement car c’est bien notre droit le plus fondamental !

  • Julien C.

    Bon, on arrête un peu: Casser le pauvre Timothée, ça va bien un moment, mais ça devient plus vraiment drôle à la longue: Oui, il a fait 2/3 fautes, oui il a mis « man », oui « True Grit » est un bon film, mais ça ne vaut pas le coup de le transformer en Goebbels. Merci.

  • T. Prudhomme

    je voudrais simplement en placer une pour dire que j’ai beaucoup hésité entre le man et le men, et que les traducteurs français ont traduit le titre du bouquin de McCarthy par « non ce pays n’est pas pour le vieil homme », ce qui m’ a amené à écrire ce fameux « no country for old man » qui vous irrite tant.
    toutes mes excuses

  • Kikoo

    Il aura fallu 3 articles avant que le petit tim soit enfin remis a sa place … Les bonnes choses finissent toujours par arriver ! AMOUR il y a plein d’autres choses bien a faire dans la vie 🙂

  • Léa

    Je n’étais (vraiment) pas d’accord avec toi sur Black Swan mais là je suis plutôt de ton avis : il n’est pas mauvais, mais ce n’est pas le meilleur. En fait je l’ai trouvé long à démarrer.
    Et puis je suis aussi d’accord avec connecting, ladykillers est de loin le pire.

  • Anonyme mais fan de Tim

    Ohh ! Il ne faut pas s’exciter pour si peu. D’une part, je n’aicrit pa en langaje kikoolol. D’autre part, tu remarqueras que je ne nie pas « la grandiose direction d’acteurs, la superbe photographie etc… ». Je dis juste que c’est chiant. Beau, certes. Chiant, également. Après ca dépend des goûts évidemment. Quant à la remarque puérile sur Portman : no comment.

  • Conne(cting)

    @Anonyme
    Wouhou, gros argument: « True grit sé pa bi1 lol ». Je prends note. Moi, comme ça, j’aurai parlé de la grandiose direction d’acteur, de la superbe photographie, des personnages bien balancés entre comique et émouvant, et du final à pleurer. Vraiment un des meilleurs Coen (qui sont tous bon, sauf Ladykillers)

  • Anonyme mais fan de Tim

    @Conne(cting) : on sent le rageux. @ De l’avis de Florian : la deuxième fois tu devais être sous substance. True Grit c’est vraiment un film que l’on sent passer (ou bien chiant si on donne moins dans le politiquement correct).

  • De l'avis de Florian

    Mauvais article.
    Tiens je pense que J-M Frodon saura mieux en parler que toi http://www.slate.fr/story/34599/tru
    J’essaye d’être constructif pour que tu évites de nous sortir encore de nouvelles critiques comme celle-ci.
    En ce qui concerne directement le film j’ai eu l’occasion de le voir deux fois, dis-moi comment il est possible que j’ai pu encore mieux apprécier ce grand cru la seconde fois? Parce que la première fois j’ai adopté ton attitude. La seconde je me suis simplement régalé.

  • Conne(cting)

    Oui, effectivement, True Grit est un très grand film. Evidemment, cette fois là, pas de Natalie Portman sur qui se branler mon petit.

  • Conne(cting)

    Oui, effectivement, True Grit est un très grand film. Evidemment, cette fois là, pas de Natalie Portman sur qui se branler mon petit.

  • Un admirateur de Florian

    Je croyais sérieusement avoir perdu mon temps. C’était avant de lire les commentaires, et le missile qui me précède ;).
    Sinon, très bon cru Coen, à mon humble avis.

  • redacteur

    Moi, je propose tout simplement de supprimer le magazine de Lapéniche : c’est vrai, les étudiants, qui essayent d’écrire et se font systématiquement allumer pour leur « manque de professionnalisme », sont tous des brêles en syntaxe et n’ont aucunes compétences en critique de cinéma.
    Plus sérieusement, je ne comprends pas pourquoi vous vous déchainez autant : n’a-t-on pas le droit de moins apprécier un film que vous ? Le film regorge de qualités, que j’ai d’ailleurs énoncées, mais ce n’est pas, pour moi en tout cas, le plus grand film des frères Coen. On peut interpréter une scène différemment sans forcement hurler au scandale.

    Le rédacteur, qui grâce au commentaire si constructif de Florian (et qui l’appelle à rédiger un article sur le même film pour exposer son point de vue) a beaucoup gagné en humilité.

  • Florian

    Le problème n’est pas que tu n’as pas aimé le film.

    Le problème, c’est que tu fais une carricature de mauvaise critique, que tu ne dis rien d’intéressant, que tu adoptes un style qui immite mal les pamphlets rageux des spectateurs sur allociné, que tes références sont fausses et mauvaises, que tu commets des fautes de syntaxe, que tu es mal renseigné sur le genre du Western comme sur les frères Coen eux mêmes, que tu n’as aucun vrai argument, et que tu te permets par dessus le marché de t’atribuer une voix péremptoire et supérieure par ce que tu t’imagines qu’être rédacteur à la « péniche », ça donne forcément du cachet.

    Tu as énormément à gagner en humilité.

  • Anto

    En effet la scène finale de la chevauchée est éminemment poétique dans la mesure où elle fait très explicitement réference au poème Erlkönig de Goethe : ce père qui porte son enfant malade et délirant dans ses bras, chevauchant toute la nuit, tandis que l’enfant mourant croit que les arbres lui parlent.

  • Anto

    En effet la scène finale de la chevauchée est éminemment poétique dans la mesure où elle fait très explicitement réference au poème Erlkönig de Goethe : ce père qui porte son enfant malade et délirant dans ses bras, chevauchant toute la nuit, tandis que l’enfant mourant croit que les arbres lui parlent.

  • José

    Eh mais cet article est assez mauvais. Pour ne pas dire très. « la dernière scène de chevauchées » comme tu l’appelles, est à mon sens l’une des scènes les plus magistrales du film, tant par la lumière, que par l’atmosphère, la musique et l’intensité qui la composent.

  • Mathieu F

    Vous auriez mieux fait de laisser « Sans titre », ca avait beau être inodore, ca avait le mérite de ne pas être un ridicule. « Histoire d’une déception », quelle histoire! Comprendre un film avant de le critiquer reste tout de même un préalable auquel il est difficile d’échapper. Non à vrai dire je suis un peu sévère puisque quand tu dis « jusqu’à transformer le film en chasse à l’homme plus comique et ridicule que tragique et apitoyante » cela prouve que tu l’as compris. Pourquoi dès lors vouloir qu’il soit autre chose que ce qu’il veut être ? Dire que le film s’attaque au Western comme No Country for Old men, c’est pas très justifié. Les frères Coen ne cherchent pas du tout à bouleverser le genre, au contraire ils le respectent énormément, façon pour eux d’introduire encore plus subrepticement leur note. Partout, les Coen sont ici à fleur de peau, juste sous la surface, sans se détacher du genre. Quand j’y repense, ce film m’a donné l’impression très agréable de nager sous l’eau, d’être immergé dans une ambiance tout en gardant la netteté du regard. C’est ce qui fait de ce film une réussite : un film comique, onirique et subtile, et non pas un film tragique, profond, existentiel.

    Pour ce qui est de la dichotomie divertissement/profondeur : fort heureusement elle n’épuise pas ce bel art qu’est le cinéma!

    A bon entendeur

    PS : la scène finale frise plus la pédophilie que le nian-nian kitch. Mais peut-être que les frères Coen ne se sont pas rendus compte qu’ils faisaient un truc ridicule en la réalisant, je sais pas … 😉

  • jean

    Franchement, je ne dirais pas qu’on « s’ennuie » devant True Grit. Y’a qu’à comparer avec la daube intergalactique, et qui en plus se prend au sérieux : Somewhere. Là c’est un film vraiment pire que chiant.

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