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Sciences Po en 2022 vu par Frédéric Mion : « une formation de même niveau que les plus grandes universités américaines »

Suite à la publication début mai du documentation d’orientation stratégique Sciences Po 2022 (voir notre article et notre infographie), Frédéric Mion a accepté de nous recevoir pour évoquer plus précisément les objectifs et la philosophie des perspectives dressées dans le document pour l’avenir de notre école.

Merci de nous recevoir dans votre bureau monsieur le Directeur pour aborder avec vous le projet « Sciences Po 2022 ». Mais avant cela, pourriez-vous nous faire un rapide bilan de votre première année complète en tant que directeur de Sciences Po ? 

Ce fut une riche année, une année assez passionnante, une année de découverte pour moi. Je connaissais bien sûr Sciences Po, mais un Sciences Po d’avant, un Sciences Po qui a beaucoup changé au cours des quinze dernières années. Sciences Po avait traversé une période troublée avant mon arrivée, une période qui avait duré un peu plus d’un an.

Une partie importante de mon travail a consisté à essayer de restaurer à Sciences Po les bases d’un fonctionnement serein apaisé ; de le faire auprès des personnels de notre maison, de nos enseignants et chercheurs, et auprès de nos étudiants.

Dans votre documentation d’orientation stratégique  « Sciences Po 2022 », vous annoncez un redéploiement des programmes du Collège Universitaire pour que chaque campus accueille un nombre égal d’étudiants, notamment grâce à l’expansion du campus de Reims. A moyen-terme, le campus de Paris sera-t-il amené à ne plus accueillir d’étudiants du Collège Universitaire ?

Ce projet, Sciences Po 2022, vous l’avez noté, c’est un projet qui regarde vers l’avenir et se projette huit ans en avant. Notre rôle à l’international nous a amenés à nous interroger sur le découpage des études à Sciences Po. Nous avons constaté que nous avons une formation qui se décompose en deux temps : le collège universitaire en trois ans suivi des deux années de Master.

Or, ce que je constate, c’est que notre proposition « 3+2 », en réalité, pour la plupart des élèves qui nous rejoignent aujourd’hui en première année, c’est une proposition de 5 ans. Très peu d’élèves considèrent que l’on vient à Sciences Po pour acquérir une formation de trois ans. La majorité considère qu’il est naturel de poursuivre un Master à Sciences Po.

C’est là le cœur de la réflexion : comment  faire en sorte que notre proposition éducative soit de même niveau que celle des plus grandes universités américaines et britanniques. Dans cette réflexion, il y a effectivement une interrogation sur ce que va devenir le programme général de Paris : n’avons-nous pas un programme si gros que les élèves se trouvent plongés dans une entité un peu trop grande pour chacun d’entre eux ? Le modèle des campus en régions, dans lesquels les promotions n’excèdent pas deux cents personnes, doit nous inspirer pour réfléchir à l’évolution du Collège.

Pour achever de répondre à votre question, l’idée n’est pas à terme d’avoir des campus qui soient tous de taille égale, ce ne sera pas le cas en réalité : il y a un campus qui va connaître un essor particulier, c’est celui de Reims qui accueillera à terme 1600 étudiants. Pour autant, nous n’allons pas vider complètement le campus de Paris de ses élèves du Collège, mais nous allons effectivement nous interroger sur la bonne localisation de chacun des programmes de Collège que nous serons amenés à créer ou à revisiter.

Cela signifie que la non-spécialisation géographique du campus de Paris sera amenée à disparaître ?

Non, parce que, quand je parle de spécialisation, il se trouve que dans les campus en région, la spécialisation a été géographique au moment de leur création.

Quand nous réfléchirons à une évolution du programme général parisien l’idée ne sera pas d’inventer de nouvelles zones , mais peut-être des thématiques qui pourraient regrouper 200-250 étudiants, sur des modèles qui existent déjà hors de nos frontières.

En effet, il y a dans les très bonnes universités britanniques des programmes philosophie-économie-politique, des programmes de relations internationales… On peut sans doute, sur ces bases-là, avancer quelques propositions pour Sciences Po.

Photographie : Amal Ibraymi
Photographie : Amal Ibraymi

Vous souhaitez donc renforcer l’autonomie du Collège Universitaire par rapport au deuxième cycle. Concrètement, comment faire pour que des élèves du Collège Universitaire aillent faire un master ailleurs ? Sera-t-il question de créer des passerelles ou des équivalences entre les diplômes ?

Le projet, c’est moins de rechercher une autonomie, qui n’aurait pas beaucoup d’intérêt par elle-même, que de chercher à donner aux diplômes de Bachelor une valeur qui lui soit propre, en faire quelque chose qui soit un peu autoportant. Il faut qu’avec le Bachelor de Sciences Po on se voie ouvrir des possibilités plus nombreuses que ce n’est le cas aujourd’hui.

Dans le programme Sciences Po 2022, il y a aussi la volonté de mener dès le Collège une orientation active de nos élèves, de les aider à maîtriser un certain nombre d’outils importants pour demander un premier stage, pour envisager leurs premières expériences en entreprise, etc.

Tout cela doit contribuer in fine à ce que, arrivés au stade de BAC +3, à la fin du Collège universitaire, nos élèves aient une palette de choix beaucoup plus grande que n’est le cas aujourd’hui, que leur univers ne soit pas nécessairement confiné aux très bons Masters que l’on propose à Sciences Po. 

Ce que nous n’allons pas faire, en revanche, c’est essayer d’obtenir un système d’équivalences qui dirait que le Bachelor de Sciences Po vaut une licence au sens universitaire du terme, parce que là on entrerait dans des complexités administratives et des contraintes beaucoup plus fortes que celles que nous souhaitons subir.

 

mion argumentationLe projet phare de Sciences Po 2022 en somme, c’est de renforcer le collège universitaire, d’intensifier la formation initiale : est-ce qu’au fond la grande idée ce n’est pas de prendre modèle sur les prépas ?

Il n’y a pas de similitude entre ce que nous comptons faire pour le collège universitaire et les prépas. Nous sommes dans deux registres absolument différents parce que le collège universitaire doit conserver quelques-unes des caractéristiques fondamentales qui sont les siennes aujourd’hui, c’est à dire son caractère pluridisciplinaire mais surtout, leur permettre demain de mieux comprendre et d’agir sur le monde.

On ne retrouve pas cela dans les prépas : vous avez j’imagine suivi avec passion les ateliers artistiques cette année, vous avez suivi des cours d’humanités littéraires, vous avez eu la possibilité de vous investir dans les très nombreuses activités associatives que notre campus propose. Toutes ces dimensions-là demeurent fondamentales dans le collège de demain ainsi que l’année à l’étranger, qu’on ne trouve hélas pour elles dans aucune autre prépa au monde. Donc la prépa, c’est très bien, mais n’est pas notre modèle non.

 

Le projet de rachat de l’Hôtel de l’Artillerie également évoqué dans le document vise à rassembler dans un même local des centres de recherches, des bibliothèques, mais aussi des logements étudiants. Le projet d’une cité étudiante est-il réellement envisagé par l’administration ? Si oui,combien d’étudiants pourraient en profiter?

C’est un projet très important pour notre maison parce que vous savez que Sciences Po a fait le choix il y a déjà quelques dizaines d’années de conserver un campus urbain au cœur de Paris et qu’il s’agissait d’un choix assez audacieux : beaucoup d’écoles ont, elles, décidé de quitter les frontières de la capitale et de s’installer en banlieue. Nous avons décidé de rester au cœur de Paris, c’est-à-dire principalement dans le 7e arrondissement.

Si nous voulons pouvoir conserver cette caractéristique très forte de notre campus, son caractère urbain, qui est un élément décisif d’attractivité pour Sciences Po, dans des conditions qui soient économiquement soutenables, nous avons une opportunité unique qui se présente à nous : l’Hôtel de l’Artillerie, qui se trouve Place Saint-Thomas-d’Aquin. C’est aujourd’hui un ensemble de bâtiments qui appartient au Ministère de la Défense, qui couvre environ 14 000 mètres carrés et qui nous permettrait de renoncer à toutes les locations que nous avons dans le 6ème, le 7ème et le 13ème arrondissement, abritant des services administratifs, des sites de formation, ou des centres de recherche.

L’Artillerie nous permettra en plus de mobiliser des espaces nouveaux pour le travail des étudiants -nous savons tous à l’heure actuelle que ce qui fait le plus défaut à nos étudiants, ce sont les espaces de travail- ; d’organiser des lieux adaptés à des pédagogies un peu différentes que celle que nous déployons ailleurs, plus interactives, des groupes plus petits ; et, effectivement, de prévoir pour la première fois dans l’histoire de Sciences Po, de mettre à la disposition de nos étudiants quelques logements étudiants. Il s’agira là de quelques dizaines de logements, pas beaucoup plus, parce que nous sommes dans le cœur de Paris, parce que cet espace ne permet pas non plus de bâtir une véritable cité universitaire.

Mais il nous est apparu essentiel, dès lors que nous créions ce nouveau lieu, d’en faire un lieu où toutes les facettes de la vie de Sciences Po soient présentes : l’enseignement, la recherche, les administrations qui leur permettent d’exister, mais également la vie étudiante dans toutes ses dimensions, y compris le logement étudiant.

 

Pour le financement du projet de l’Artillerie, ce sera en partie financé par le report des frais de location des anciens bâtiments : quels locaux seront fermés ?

Nous avons pour l’instant des esquisses financières qui sont encore en train d’être peaufinées, mais ce que nous mesurons dans les grandes masses, c’est que le remboursement de l’emprunt que nous devrons contracter pour réaliser cette opération d’acquisition de l’Artillerie sera couvert aux ¾ par les loyers que nous n’aurons plus à payer.

C’est une opération de rationalisation : plutôt que de continuer année après années à verser des sommes à des bailleurs à l’extérieur pour des bâtiments dont nous ne serons jamais propriétaires, nous investissons dans un bâtiment qui va intégrer le patrimoine de Sciences Po : la visée patrimoniale est très importante.

 

Donc, mis à part le 27 Rue Saint-Guillaume, tous les autres bâtiments seront fermés ?

Non, parce que nous sommes propriétaires d’autres bâtiments : le 56 rue des Saints-Pères, le 9 rue de la Chaise, le 13 rue de l’Université, et le 28 rue des Saint-Pères.

 

Vous parlez d’une « consolidation du programme CEP » : qu’est-ce qui va changer concrètement pour les procédures CEP à horizon huit ans ?

Les procédures CEP ont été lancées en 2001 à titre expérimental : on pourrait considérer que l’expérience se prolonge depuis 13 ou 14 ans sans que l’on se soit demandé si ce dispositif est satisfaisant ou non, si nous souhaitons le conserver, l’améliorer, le modifier. J’ai pour ma part une conviction très forte sur ce sujet : les conventions éducation prioritaire ont réussi leurs objectifs, elles ont même réussi au-delà de l’objectif qui pouvait leur être assigné au démarrage.

Nous accompagnons dans leur formation les premières années car il y a une différence de situation objective entre les lycées dont ils sont issus et ceux dont viennent nos autres candidats : mais lorsque ces élèves se retrouvent en master et sur le marché du travail ils se comportent de manière équivalente aux autres élèves. C’est le signe que la procédure fonctionne mieux que ce qu’on pouvait imaginer il y a 13 ou 14 ans.

Et puis je crois que les CEP ont créé auprès de l’ensemble des publics qui peuvent se destiner à Sciences Po une sorte de choc psychologique. Des élèves qui il y a dix ou quinze ans n’auraient jamais connu Sciences Po ont entendu parler de Sciences Po car dans le lycée voisin ou dans le lycée du département d’à côté  il y avait une convention éducation prioritaire : elles ont donc permis de diversifier énormément les milieux sociaux dont sont issus nos élèves. Nous avons aujourd’hui 30% d’élèves boursiers à Sciences Po et cela n’aurait sans doute pas été possible sil n’y avait pas eu ce dispositif emblématique des conventions éducation prioritaire. 

 Nous allons donc continuer de soutenir ces CEP et élargir les zones de territoire qu’elles couvrent : nous avons notamment engagé avec le ministère de l’éducation une réflexion sur la définition d’un critère de “ruralité” qui pourrait nous permettre de définir objectivement des lycées enclavés, éloignés de centres urbains importants, et pour lesquels on constate des taux anormalement bas d’insertion dans l’enseignement supérieur.

Nous songeons également à la possibilité d’instaurer au niveau de l’entrée en master des dispositifs spécifiques pour des élèves de formations qui traditionnellement n’envoient pas d’élèves à Sciences Po, parce que considérées comme des formations qui n’ont pas le niveau d’excellence requis.

Photographie : Amal Ibraymi
Photographie : Amal Ibraymi

 

L’école des métiers de l’entreprise de Sciences Po qui est évoquée dans le document peut-elle vraiment viser l’excellence face à la concurrence des grandes écoles de commerce ?

Mais l’excellence nous l’avons déjà atteinte ! Nous avons d’excellents masters de finance et stratégie ou de communication : dans un grand nombre de métiers de l’entreprise nous avons des formations d’excellence reconnues par les recruteurs. Donc notre projet d’école des métiers de l’entreprise consiste avant tout à capitaliser sur nos forces, à regrouper sous un même toit des masters aujourd’hui dispersés pour leur donner une meilleur visibilité sur le marché du travail.

 

Autre question sur le projet de « doctorants professionnels » : comment faire pour que les doctorants puissent accéder au marché de l’emploi aussi bien que les fameux masters des métiers de l’entreprise ?

La plupart des diplômés du doctorat rejoignent aujourd’hui un métier autre que ceux de l’enseignement et de la recherche. Déjà aujourd’hui, la formation doctorale est une formation  qui débouche pour la grande majorité sur un emploi extra académique.

Notre document d’orientation évoque deux choses : nous visons un meilleur accompagnement des élèves qui s’engagent à l’école doctorale, pour les aider à avoir une conscience plus grande et plus complète des possibilités qui leur sont ouvertes en matière d’insertion professionnelle.

La seconde chose qu’on évoque c’est de répondre à une demande qui existe dans les entreprises de formation de troisième cycle adaptées à des gens déjà engagés dans un parcours professionnel. Par exemple, nous visons un juriste chez Total ou chez Canal+ -pour prendre une entreprise que je connais un peu- qui a acquis une expérience déjà solide dans le droit de l’énergie, dans le droit de la propriété industrielle et qui a envie de creuser cette compétence dans un cadre de recherche universitaire et qui pourrait se tourner vers Sciences Po. Nous avons vocation à répondre à ce type de demande.

Vous parlez énormément de la révolution numérique que vous considérez comme une révolution pédagogique parce qu’elle change le rapport au savoir, transforme la relation entre étudiants et professeurs  : or justement, une étude de la National Academy of Sciences sortie au printemps montre que les cours magistraux ne permettent pas d’obtenir d’aussi bons résultats que d’autres méthodes d’enseignements plus actives comme les MOOCS. Est-ce que justement d’après vous,  le cours magistral est une méthode d’enseignement dépassée ?

Je pense que le cours magistral est une forme d’enseignement qui nous rattache à une grande tradition de l’enseignement à la française. Je ne me hasarderais pas à considérer qu’il a fait son temps ou qu’il est mort parce que je constate quand je parle à des élèves en activité comme vous ou d’anciens élèves, leurs souvenirs forts de Sciences Po sont souvent attachés à des figures d’enseignement en cours magistral. Cela prouve qu’il doit quand même se passer quelque chose dans un amphithéâtre avec un professeur en chair et des étudiants qui l’écoutent, même s’ils pianotent maintenant sur leurs ordinateurs. Il doit se passer quelque chose qui n’est pas tout à fait neutre sur le plan de la pédagogie.

Ce que je crois en revanche c’est que nous avons vraiment besoin de passer en revue tous nos dispositifs pédagogiques pour nous demander comment faire mieux. Les possibilités offertes par le numérique doivent nous interroger sur notre manière d’enseigner.

Sciences Po, depuis sa création, a toujours été pionnière en matière d’innovation et de réflexion pédagogique. Boutmy était lui-même un passionné des questions de pédagogie et c’est de manière consciente qu’il a imaginé cette alliance entre les cours magistraux et les conférences de méthode ; alliance féconde qui a formé des générations de très bons à Sciences Po depuis bientôt 150 ans. Nous avons maintenant des outils nouveaux, que nous avons commencé à mobiliser avec les MOOCS. C’est une forme d’enseignement qui s’adresse en priorité à des gens qui sont hors les murs de Sciences Po, des gens extrêmement éloignés de Sciences Po : nous devons maintenant voir comment tirer des leçons de ces MOOCS en termes de techniques, de technologies qui puissent nous être utiles pour repenser la pédagogie.

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Frédéric Mion dans l’amphithéâtre Boutmy. Photographie : Amal Ibraymi

 Mais est-ce que concrètement, le 1er septembre 2022, les étudiants de première année iront suivre un cours d’histoire, d’économie, dans l’amphi Boutmy ou pas ?

Je suis incapable de vous le dire. Ce que j’espère c’est que s’il y a encore des grands cours d’amphi à cette époque-là ce sera avec des professeurs aussi brillants que ceux que vous avez eu en première année, comme M.Chanet, M.Wasmer ou M.Tusseau que vous avez interviewés au cours de l’année pour La Péniche.

Plus sérieusement, je pense que contrairement à ce que beaucoup ont pu écrire, les technologies ne rendront pas obsolètes la relation très singulière qui se noue entre un étudiant et un enseignant car il se passe quelque chose quand on est physiquement présent dans un même lieu, quand on est plusieurs élèves à interagir et cela ne peut pas trouver de substitution simple, totale et immédiate dans le numérique.

Mais est-ce que le cours magistral tel que l’on pratique aujourd’hui aura sa place dans le Sciences Po de 2022, je ne sais pas le dire.

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croiseSur un tout autre sujet, le document d’orientation témoigne d’une volonté de modifier les statuts de Sciences Po afin de prendre en considération les remarques de la Cour des Comptes qui avait dénoncé l’ « absence de contrôle interne des instances délibérantes de Sciences Po ». Ses auteurs critiquaient notamment le fait que le conseil d’administration ne soit pas une réelle opposition à la direction de Sciences Po, ce qui avait conduit à un certain nombre de dérives à l’image du financement de la rénovation de la bibli du 27 qu’avait critiqué la cour des comptes : comment y remédier ? 

Nous avons pris déjà des décisions importantes : une réflexion a été menée sur les statuts de Sciences Po par une commission réunissant des représentants des différentes catégories de gens présents à Sciences Po, avec des étudiants, des enseignants, des salariés, et puis des gens extérieurs à la maison sous la présidence du secrétaire général du conseil constitutionnel Marc Guillaume. Ces gens ont auditionné beaucoup de monde, ils ont réfléchi, ils ont remis leurs conclusions en octobre dernier, après quoi j’ai sur la base de ces propositions élaboré ma propre proposition de réforme des statuts de Sciences Po.

S’agissant de la question des contrôles au Conseil d’administration, nous voulons un organe plus resserré, un organe plus représentatif de la diversité de ce qu’est Sciences Po aujourd’hui. Nous avons désormais, dans ce nouveau Conseil d’Administration qui verra le jour, des représentants des étudiants, ce qui n’était pas le cas par le passé, des représentants de la faculté permanente de Sciences Po, et nous y avons une proportion toujours significative de membres dits « indépendants », c’est-à-dire qu’ils sont là du fait de leurs qualités personnelles mais qui ne représentent qu’eux-mêmes, qui ont vocation à asseoir l’indépendance de la FNSP par rapport à tous les pouvoirs publics et économiques.

La vocation de ce conseil resserré en nombre, c’est justement d’exercer une fonction de contrôle plus étroite de l’action de l’administrateur et de ses équipes. C’est également de tracer avec l’administrateur les orientations stratégiques de la maison. Cet organe repensé, c’est vraiment le lieu où doit par excellence s’exercer l’action de contrôle de l’administration de Sciences Po : cela se traduira par l’existence au sein du conseil de comités financiers, de comités de rémunération, de comités de nomination, d’une commission de déontologie créée par les statuts, et de tout un tas de dispositifs qui vont conduire Sciences Po à être dotée en termes de gouvernance d’organes aussi transparents, aussi performants, aussi efficaces que ceux d’institutions comparables ailleurs dans le monde.

Le projet en cours renforce toutefois le poids des auteurs de libéralités dans le conseil d’administration. Or le rapport de la Cour des comptes critiquait justement la prépondérance de ces  acteurs cooptés dans le conseil. Pourquoi alors faire le choix de renforcer leur poids ?

Vous avez probablement vu un texte inexact sur les statuts, parce qu’au Conseil d’Administration, le poids relatif des auteurs de libéralités décroît par rapport à la situation actuelle. Les auteurs de libéralités, ce sont les héritiers spirituels de ceux qui, en 1945, ont créé la FNSP avec l’Etat, c’est-à-dire ceux qui étaient les propriétaires de l’Ecole libre des Sciences politiques et qui ont été en quelque sorte expropriés puis associés à la gestion de la Maison pour les années qui allaient venir.

Ces gens-là ont une place absolument essentielle pour asseoir l’indépendance de la FNSP dans le temps. Il était donc vital à mes yeux que cette partie-là de notre Conseil demeure significative en nombre, même si sa part a décru. Je crois que chacun a conscience que, si Sciences Po a pu, au cours des décennies, évoluer comme elle l’a fait, se transformer à la vitesse à laquelle elle l’a fait, c’est notamment grâce à l’indépendance qu’elle tire de la présence à son conseil de gens qui ne doivent rien à personne.

Le projet « Sciences Po 2022 » insiste sur le soutien des pouvoirs publics. Quels sont les retours que vous avez eu de la part du ministère de l’Enseignement supérieur sur le projet ?

Pour l’instant, ils sont très limités parce que nous n’avons pas eu l’occasion de parler du projet directement avec les équipes concernées au sein du ministère. Le soutien que nous souhaitons obtenir du ministère porte principalement sur un point, qui est le développement de l’emploi scientifique à Sciences Po.

Nous avons la chance à Sciences Po d’avoir une communauté scientifique permanente d’environ 220 personnes. Mais nous savons que, si nous voulons progresser en termes de reconnaissance internationale, cela passe nécessairement par le fait d’accroître le nombre de nos chercheurs et de nos enseignants permanents, parce qu’une institution d’enseignement supérieur désormais est appréciée en termes de qualité à l’aune de ce qu’elle produit en termes de recherches, c’est-à-dire le nombre d’articles qu’elle publie chaque année.

 

mion3Vous parlez dans le projet d’un nouveau processus de désignation du directeur de Sciences Po, qu’est-ce qui sera amené à changer ?

Le dispositif vise à une chose : faire en sorte que les deux instances (l’IEP et la FNSP) qui sont appelées à désigner, chacune pour ce qui la concerne, un patron puissent dialoguer de la manière la plus fructueuse possible et que soient créés les conditions d’un consensus entre elles pour désigner la personne qui sera Directeur de l’IEP et Administrateur de la FNSP, avec l’idée qu’il est préférable que ce soit la même personne qui cumule les deux casquettes.

Un système d’organes conjoint entre les deux conseils se réunira pour soumettre des propositions aux deux Conseils. In fine, nous avons considéré qu’il était impossible de donner la prééminence à l’un des Conseils sur l’autre. Si, au bout de deux tentatives, les deux Conseils n’arrivent pas à s’entendre sur une même personne, les deux fonctions seront dissociées.

Et en 2022, Monsieur Mion, serez-vous encore directeur de Sciences Po Paris ?

Ça n’est pas à moi d’en décider, puisque précisément il y a un nouveau processus pour la désignation de l’Administrateur et du Directeur, un processus qui va être rendu à la fois plus transparent et plus exigeant par les nouveaux statuts évoqués. Ce processus prévoit qu’un appel à candidature sera réalisé même lorsque le directeur sortant souhaite se représenter pour un nouveau mandat.

Les statuts prévoient aussi une limitation du nombre de mandats qu’un même directeur peut effectuer successivement, limitation à deux mandats, pouvant être exceptionnellement portée à trois. Donc ça n’est absolument pas à moi qu’appartient de décider si, en 2022, j’aurai vocation à être là ou pas. C’est très loin, 2022, et il m’est difficile de me projeter à cet horizon.

 

Avec la participation de :


 

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