Cinéma

Revue ciné: semaine n°3

Cette semaine, retrouvez les comptes-rendus du très attendu My week with Marilyn, du thriller paranoïaque Aux yeux de tous et du documentaire Le juif qui négocia avec les nazis.

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Mari(ly)n d’eau douce

My week with Marilyn, de Simon Curtis

1956. Marilyn Monroe est à son apogée lorsqu’elle débarque en Angleterre, pour tourner sous la direction de sir Laurence Olivier le film « Le Prince et la Danseuse ». Tout Londres est en émoi. Discret mais fonceur, le jeune étudiant en cinéma Colin Clark n’entend pas le film se faire sans lui, et, pourtant novice des plateaux, il parvient à se faire engager comme troisième assistant réalisateur. Sur le tournage, fragilisé par les relations peu cordiales qu’entretiennent sir Laurence, borné, et son actrice principale, le jeune Colin se rapproche de la star, et passe avec elle une semaine entière. Elle l’autorise à découvrir son monde intérieur, lui confie ses doutes et ses craintes.

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Tiré d’un histoire vraie, ce récit tend à nous décrire une Marilyn plus vraie que nature, la fillette apeurée qui se mord les lèvres en mélangeant ses répliques, tout autant que la femme fatale de légende. A ce titre et dans le rôle vedette, Michelle Williams brille, se fondant dans les moues, les regards et la voix suave de Marilyn. Elle se recroqueville, terrifiée, devant la colère d’un réalisateur, et, sur un coup de tête, s’en va le lendemain prendre un bain de foule dans les rues – toute la dualité du personnage, et son mystère aussi, le sourire de Michelle Williams les transmet dès le premier plan.

Malheureusement, si cela prouve la finesse de son jeu d’actrice, cela n’en fait pas un bon film. Se laissant porter par les caprices de la star, le récit se cherche mais ne se trouve jamais. Elle se raccroche à sa conseillère américaine comme on tente de s’y retrouver dans les alléchants seconds rôles : il y a le grand Kenneth Branagh, tapageur et mécontent, la respectée Judi Dench en dame respectable, une ou deux apparitions du gouailleur Dominic Cooper, et même Emma Watson, évanescente, qui mériterait plus qu’un semblant d’intérêt. Mais toute la crème du cinéma britannique semble patauger autour de Colin, dont le regard naïf le fait moins passer pour un rêveur que pour un arriviste.

C’est finalement une petite déception que de voir briller Marilyn sans que l’hommage rendu ne soit à la hauteur. Reste le plaisir de l’étincelle américaine qui prend au beau milieu de la campagne british.

Pauline Bock

SIgnaux de détresse

Aux yeux de tous, de Cédric Jimenez

Paniquez, vous êtes filmés ! Aux yeux de tous, premier film du tout jeune réalisateur Cédric Jimenez, joue sur nos nerfs et titille nos penchants paranoïaques. Paris, Gare d’Austerlitz : une bombe explose, les morts se comptent par centaine. Mais les responsables de l’attentat meurtrier restent introuvables, l’enquête patauge, et pourrait en rester là. Sauf que voilà : un hacker, dont ne voyons, tout au long du film, que les yeux fixes et le bonnet, réussit à pirater la toile de vidéosurveillance tissée autour de la ville. Geek omniscient, le jeune homme est le seul à posséder les images de l’attentat. En ayant identifié les responsables, mais aussi les incohérences, il décide de rétablir lui-même la vérité, et de faire triompher la justice, entraînant le spectateur dans sa course folle. Mais à courir comme ça, ce dernier s’essouffle rapidement, tout comme le film.

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Malgré une réelle audace dans la mise en scène- nous n’observons les actions des personnages qu’à travers les images de télésurveillances- le scénario reste plombé par de nombreuses incohérences et une naïveté agaçante. Ainsi, la jeune policière interprétée par Mélanie Doutey accepte de déposer dans une gare un colis suspect, « sans se douter que ce soit dangereux » contre la somme de 2000 euros (sic). Les acteurs, interprétant des personnages caricaturaux, de la fliquette aux grands yeux de biche au méchant ambassadeur estonien en passant par le caïd amoureux, ne relèvent pas non plus le niveau, et confirment l’opinion que le film aurait fait un bien meilleur court-métrage.

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Aux yeux de tous, fable contemporaine dont le propos manque de profondeur, n’en reste pas moins un film d’action divertissant et dynamique, qui, s’il ne se révèle pas à la hauteur de ses ambitions moralisatrices et politisées, a tout de même le mérite de nous faire réfléchir sur le devenir de nos identités pistées, tracées, épiées. Big Brother 2.0, quand tu nous tiens….

Eva Lagniez

La grâce ou la planche?

Le Juif Qui Négocia Avec Les Nazis, de Gaylen Ross

Rezso Kasztner, héros ou collabo? Le documentaire Le Juif Qui Négocia Avec Les Nazis, remet au goût du jour un fait pas si divers que cela, ayant défrayé la chronique dans l’Israël des années cinquante. Le sujet, brûlant, est peu à peu tombé dans l’oubli; rares sont les personnes à avoir osé le déterrer tant il divise…

L’homme qui, en négociant avec Adolf Eichmann, a sauvé 17000 juifs de la mort s’est-il sali les mains durant le processus ou était-il victime d’une campagne de diffamation? Assassiné en 1957 par un militant d’extrême-droite à Tel Aviv, il perd toute occasion de se défendre. Ce plaidoyer, la fille de Kasztner en a fait le combat de sa vie.

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Si le sujet est passionnant, on peut néanmoins regretter l’absence d’un véritable fil directeur qui orienterait cette compilation d’images d’archives et d’interviews et minimiserait les longueurs. En effet, si la trame a bel et bien un but (une possible réhabilitation de Kasztner), le chemin parcouru pour y arriver, lui, manque de cohérence. Dans la famille “on n’a pas très bien compris”, la semi-implication de la documentariste semble également être une bonne pioche; Gaylen Ross apparaît une ou deux fois à l’écran pour nous livrer ses commentaires sans pour autant citer les raisons de son intérêt particulier pour cette affaire.

Théories du complots et divers rebondissements sont toutefois présents dans le documentaire; Le Juif Qui Négocia Avec Les Nazis est une chronique intéressante des tensions partisanes qui agitaient la jeune Israël et en dit long sur son paysage politique.

Ariane Kupferman-Sutthavong

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