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Rencontre avec Sébastien Spitzer

Ce samedi 16 novembre aura lieu la Journée des Auteurs de Sciences Po, organisée à la Mairie du VIIe arrondissement. L’occasion de rencontrer Sébastien Spitzer, parrain de cette 72e édition, journaliste et auteur récompensé des romans « Ces rêves qu’on piétine » et « Le coeur battant du monde », qui a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi avoir accepté de parrainer cette 72ème édition ?

C’est un honneur ! Cela me touche beaucoup ! J’ai été très heureux d’avoir été invité. C’est à Sciences Po que j’ai étudié et découvert les enjeux que je traite maintenant dans mes romans. Cela m’a permis d’enrichir les zones grises et les dilemmes cornéliens que je traite. Ces dernières semaines, pour le prix Goncourt des Lycéens, je suis allé à la rencontre d’élèves des quatre coins de la France : ce type de rencontres donne un réel sens à tout ce que je fais, à mes efforts. Cela permet de découvrir la réalité du monde.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans le métier d’écrivain ?

De m’y consacrer à 100 pourcent  ! J’aime avoir renoncé à tout pour l’écriture, ne faire que ça. J’aime le risque de ne pas savoir si je vais pouvoir payer mon prochain loyer, si mon livre va marcher… 

Que ressentez-vous lorsque vous venez de finir d’écrire un livre ?

C’est une question complexe. Lorsqu’on écrit un premier livre qui a plutôt bien marché, il est très difficile d’écrire le deuxième, car on a beaucoup de pression, on veut être à la hauteur… Pour mon dernier roman, mon éditrice m’a donné, pour la première fois, une deadline. Mon corps a pris l’expression au sens littéral, puisque le jour fatidique, j’ai fait un malaise, appelé les pompiers, qui ont dû relancer mon coeur, ces derniers croyant à une crise cardiaque. En réalité, je faisais une crise de panique. Je m’étais tellement investi dans ce roman, l’écriture avait été très intense ! Heureusement, tout s’est bien passé par la suite, je suis sorti de l’hôpital et j’ai pu commencer la promotion de mon livre.

Finissez-vous toujours vos livres ?

En vingt ans d’écriture, j’ai chez moi un nombre considérable de livres non-achevés… Cela ne m’arrive plus maintenant, j’ai changé de technique : avant, je commençais à écrire sans savoir où j’allais précisément. Maintenant, j’ai un plan très précis en tête, et je connais déjà la fin de mon roman lorsque je commence à l’écrire. 

Est-ce que quelqu’un vous a transmis le goût pour la littérature ou est-ce que c’était un chemin personnel ?

C’était quelqu’un, un ami de ma mère, Maurice Séveno. Il était d’ailleurs le premier à présenter un JT en direct ! Un jour, il a débarqué chez moi avec une pile de bouquins : Hemingway, Miller… Adolescent, je ne voulais pas vraiment devenir écrivain : je voulais devenir Hemingway.

Dans votre dernier roman, vous racontez l’histoire du bâtard de Karl Marx. Auriez-vous aimé être l’ami de Karl Marx ?

Dans tous les cas, j’ai partagé avec lui de nombreux mois ! Mais au cours de mes recherches, en découvrant la vie de Karl Marx, je n’ai pas vraiment eu l’envie de vivre avec lui… Cependant, le personnage d’Engels m’a bien plus intéressé ! Il était le chef d’une usine de filature, et vivait en concubinage avec deux soeurs, Mary et Lizzie Burns, avec qui il formait une sorte de ménage à trois. C’est un personnage plein de contradictions : d’une part, il finançait les recherches de Marx, et d’autre part, il allait à la chasse à courre tous les week-ends…

Que diriez-vous à un jeune ou une jeune qui voudrait se lancer dans l’écriture, et qui n’ose pas et doute ? 

Si je devais donner un conseil à un jeune écrivain, c’est : fonce ! Les yeux fermés ! Oublie les reste, écris, et tu verras ensuite. Le travail n’attend pas les années. Alexandre Legrand a conquis le monde à 17 ans ; Françoise Sagan avait 17 ans lorsqu’elle a écrit Bonjour Tristesse… Fonce !

A quoi servent les écrivains ? 

Les écrivains réfléchissent, mettent des mots sur ce que l’on ne comprend pas toujours. Le rôle de l’écrivain est d’essayer de comprendre une vision de la vie parmi des millions, et de l’exprimer pour tous. Lorsqu’on écrit, on adopte le point de vue de quelqu’un, ses pensées… On raconte la vie telle qu’elle peut être vécue par une personne. On a besoin des écrivains pour ne pas se laisser raconter la vie par ceux qui la commercent, ou bien par des politiques, qui pourraient la déformer pour mieux nous manipuler.

Est-ce que écrire c’est rester passif  ?

Ah non, au contraire ! C’est une activité à plein temps : j’écris du matin jusqu’au soir. Ecrire cela mobilise toutes les capacités intellectuelles, tous les sens. J’essaye de rendre la vie hyperactive ; chercher son noyau, y plonger, pour en tirer son essence.

Comment luttez-vous contre la page blanche ?

Pour l’instant, je n’ai pas encore eu ce syndrome, parce que je sais où je vais lorsque j’écris un roman ; j’essaye de ne pas me perdre dans des effets littéraires, ou bien dans la psychologie des personnages.

Quel est le livre qui vous a fait aimer la littérature ?

Les Raisins de la Colère, de John Steinbeck. J’anime des ateliers d’écriture à Paris, et nous commençons toujours par étudier ce roman, pour son style, sa complexité, ses enjeux. Il reste en résonance avec le monde contemporain, et fait le lien avec les migrants, les populations qui se déplacent pour donner un sens à leur vie…

Que pensez-vous des prix littéraires ? Le classement dans l’art a-t-il du sens ?

Il y a toujours eu des jurys, en peinture comme en littérature… Pensez aux salons traditionnels, mais aussi au salon des refusés. Les oeuvres du Greco, à son époque, s’étaient faites refuser à Venise et à Rome. Dans le processus d’écriture aussi, il y a des validations : première validation : trouver un éditeur, être publié; deuxième validation : les lecteurs; troisième validation : les libraires. Et enfin, dernière validation; les jurys. Il y a des sélections partout… c’est un jeu !

Crédits photo : Astrid di Crollalanza

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