LE MAG – Parquet Courts & U2 : les deux critiques dominicales

Comme chaque dimanche matin, le pôle musical du Mag t’ambiance dans ton lit avec ses critiques dominicales signées aujourd’hui Hubert Massoni et Nicolas Braud. 

.

Le dernier U2 ? Plutôt que de le supprimer, on l’a écouté par Hubert Massoni

Rarement on a vu plus d’articles, de tweets, de commentaires et d’analyses sur une sortie d’album. Parce que le dernier U2, que vous le vouliez ou non, que vous aimiez U2 ou non, vous l’aviez. Dans un coin de votre Iphone ou de votre bibliothèque Itunes, comme 500 millions d’Apple Addict, l’album s’est téléchargé à votre insu. Beaucoup se sont plaints, moi je le voulais. Je l’ai eu. Parfait. Au passage, l’idée du Rock’n’roll qui émerge dans les bars, par  quatre gars fauchés mais passionnés, avec pour seule promotion le bouches à oreilles des aficionados me parait bien discrédité aujourd’hui. Elle laisse la place à un gros chèque de la firme technologique du moment. Mais bon, c’est plus de notre âge tout ça apparemment…

Alors, après l’introduction qui raconte tout un tas de conneries sur l’album en général, sur le marketing du groupe et blablabla, je me suis dit que j’allais quand même l’écouter et voir ce qu’il en était.

À la première écoute, on est marqué par le formidable équilibre de l’album. Il est fini le temps où la première chanson est magistrale, mais suivie d’une dizaine de titres fades (à l’instar du précèdent opus de U2 No Line to the Horizon). Ici, les onze titres sonnent bien. Aucun ne sort véritablement du lot mais l’ensemble en fait un album aboutit, à la production irréprochable.

Avec des chœurs qu’on croirait tout droit sortis d’un stade, un riff bien rugueux, les envolées lyriques de Bono et la batterie de Larry Mullen Junior au rendez-vous, l’introduction « The Miracle (Of Joey Ramone) » laisse présager un U2 plus dynamique et rageur que d’accoutumé. Mais l’écoute du second titre « Every Breaking Waves » nous remet à notre place en nous replongeant dans l’univers du groupe irlandais, porté par les incroyables rythmiques mélodieuses et truffées d’harmonies de la guitare de The Edge. Maintenant on le sait, c’est du U2. Du pur et dur. On retrouve dans ce dernier opus les racines du groupe, le son des premières années. Songs of Innocence semble être une introspection musicale  –surtout de Bono–  truffées de références artistiques et autobiographiques. Le groupe rend un bel hommage à la mère de Bono, décédée à ses quatorze ans, dans « Iris (Hold Me Close) » ; « Raised by the Wolves décrit quant à elle l’horreur des attentats de 1974 à Dublin et Monaghan, clin d’œil évident au cultissime « Sunday Bloody Sunday » du groupe.

Finalement, U2 s’en sort bien. On en a pour notre argent (simple expression), même s’il manque un « tube » à la « Beautiful Day » ou « With or Without You » pour en faire un grand album.

.

Parquet Courts vous met au tapis par Nicolas Braud

rolllArmés de guitare de mauvaise facture, les Parquet Courts se taillent une bonne place sur la scène du punk new-yorkais et partent à la conquête de l’Europe avec leur nouvel album Sunbathing Animal.

Tout droit débarqués de leur Texas natal, les joyeux lurons à l’allure de bûcherons canadiens composent un album fidèle au rock des années 90. À contre-courant ? Les attaques de loups à coups de disto alternent avec des passages mélodieux rappelant leurs grands frères de la scène grunge (Pavement, Nirvana). À la première écoute, on croirait presque reconnaître la voix de Stephen Malkmus des Pavement : même ce dernier avoue la ressemblance très frappante et aimerait bien avoir écrit certaines des chansons des petits Texans. Ils héritent tout de même bien dignement du rock caractéristique de la Grosse Pomme (The Velvet Underground, The Strokes). Bref, les riffs new-yorkais et les variations sont d’une redoutable efficacité et puisent dans un répertoire toujours apprécié. On évitera de les qualifier de « slacker » (fainéant) pour leur usage du punk des 90’s car ils ne semblent pas trop apprécier. On s’imagine assez bien dans un sous-sol de Brooklyn, vraie bonne bière à la main, bien loin des pâles copies de Saint-Germain-des-Près, entouré de gentils sauvages se trémoussant sur les accords inspirés du blues mais moins sympa si tu les traites de « hipster ».

« She’s Rolling », sorte d’hymne de ce renouveau du punk, libère les voix velues des deux chanteurs. La structure reste simple, inspiration du blues oblige, mais permet d’accorder un rôle considérable aux dialogues entre les guitares. Le son saturé et les départs en larsen sentent la maîtrise complète de leurs instruments bas de gamme, dignes de vos premiers cours de guitare à la Maison de la Jeunesse en CM1.

« Instant Disassembly », aux airs traînants et aériens, nous donne envie de profiter d’un dernier bain de soleil avant d’entamer l’automne déjà bien avancé. Une longue bal(l)ade de sept minutes à travers les champs évoque les influences blues d’Andrew Savage, qui disserte sur sa mystérieuse Mamasita.

Les Parquet Courts seront en France pour quelques dates et passeront dans notre chère capitale à l’occasion du festival des Inrocks, le 14 novembre à la Cigale. D’ici là leur album est présent pour vous secouer les tympans avant un cours de droit constitutionnel.

Meilleurs morceaux : « Instant Disassembly », « She’s Rolling », « Bodies Made of »

 

1 réflexion au sujet de “LE MAG – Parquet Courts & U2 : les deux critiques dominicales”

Laisser un commentaire