Vie du campus

Jean Sarkozy et l’EPAD, chronique bienveillante d’un Buzz bien mené

jean-sarkozy_212.jpg Les débats d’actualité fleurissent alors que fanent les derniers reliquats végétaux d’un été aseptisé. On a cru que la traque – hm… – vieille de trente ans et finalement aboutie de Roman Polanski nous donnerait du grain à moudre pour tout l’hiver…

Puis on a ressorti les parutions des trois dernières années et l’on s’est rendu compte que le premier à être monté au créneau à La Défense du réalisateur du Pianiste ne l’était peut-être pas que pour des raisons culturelles… On s’est alors dit qu’on le tenait notre scandale hivernal, que « ce coup-ci c’était le bon ». eMais c’était présumer sans compter sur l’élasticité et la capacité rebondissante de notre actualité bien aimée. Nos regards se sont portés vers la Thaïlande où tout est si peu cher – bon j’arrête les allusions – alors qu’il nous fallait au contraire les orienter vers l’Ouest de Paris, et le quartier de La Défense .

La naissance du Buzz

Dans une brève du 17 septembre 2009 l’hebdomadaire l’Express est le premier à évoquer la possible candidature du second fils Sarkozy, Jean, à la présidence de l’Établissement Pour l’Aménagement de la région de la Défense (EPAD). L’information, incertaine à l’époque, passe inaperçue. Comme nous le disions précédemment, personne n’imaginait alors, trouver plus croustillant que l’Affaire Mitterrand. Et puis la semaine dernière, le 8 octobre, la « machine à polémique » soudain amorce son premier cycle, l’information ayant gagné en crédibilité et ses mécanismes apparaissant subitement bien huilés, Le Parisien et Le Monde la relaient.

Mais au premier abord ce qui emballe la « buzzosphère » c’est la tactique politique sous-tendue par cette candidature : l’évincement de P. Devedjian et la promotion de J. Sarkozy. « Sarkozy… Sarkozy… déjà entendu ce nom quelque part… » semblent alors se dire les journalistes français. Et oui, ce à quoi chroniqueurs et pigistes, rédac’ chef et reporters n’ont pas pensé tout de suite c’est que cette « affaire » naissante pouvait aussi passer pour la mise au soleil du (très jeune) fils du Président. C’est en fait l’évincé en question, P. Devedjian, qui leur a soufflé l’idée en usant du vers de Corneille « aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années » – façon polie de qualifier de « puceau » le petit jeune qui le remplace. Je vous laisse imaginer la suite : déchainement des passions, dénonciation de l’infamie et la hausse sans précédent de la valeur boursière du mot « népotisme » – qu’on a jamais autant prononcé que ces derniers temps. C’est à qui hurle au viol de la République le plus fort ou de la façon la plus originale (à noter la touche d’ironie fort à propos de l’ex premier ministre L. Fabius sur France Inter vidéo 1, 8’30 – 9’30, ndlr).

Machine bien huilée

Ce qui au premier abord a frappé les journalistes, c’est la manœuvre politique que sous-tend cette potentielle candidature. Jean Sarkozy, élu conseiller général des Hauts-de-Seine et chef de file du groupe Union pour un Mouvement Populaire (UMP) au sein de cette structure, il y a un peu moins de deux ans, ne fait pas parti du conseil d’administration de l’EPAD. Or le Président de l’EPAD, comme le prévoient les statuts de l’établissement, doit être choisi parmi ce conseil. Que va-t-il se passer alors ? Passons à la « minute stratégie politique » : Etant donné que 8 membres du conseil d’administration de l’EPAD sont choisis parmi le conseil général des Hauts-de-Seine, une démission « spontanée » suffirait à provoquer une nouvelle nomination. Or il s’avère qu’un des membres de ce conseil et maire de Meudon, Hervé Marseille (Nouveau Centre), qui entretient avec la majorité présidentielle des rapports plus que chaleureux, s’est vu offrir au début du mois un poste au sein du prestigieux Conseil Economique et Social.

On savait bien sûr que le pouvoir avait ses zones d’ombres, que les nominations au sein de l’appareil étatique sont et ont toujours été – c’est bien pour ça qu’on parle de nomination et non d’élection – une sorte de « vide démocratique ». Mais en poussant un peu à l’extrême l’on peut se dire que la majorité présidentielle, doublement reconnue et légitimée par le peuple (ses députés et son Président), a, finalement, bien le droit de composer son équipe comme elle l’entend. Ce qui dérange un peu plus dans cette affaire c’est qu’elle semble mélanger plusieurs échelons de l’appareil étatique : le national, via la nomination de M. Marseille au Conseil Economique et Social, le local car elle implique l’EPAD et le Conseil Général des Hauts-de-Seine.

« Fuck meritocracy »

Enfin, ce qui dérange vraiment, et ce qui fait s’étrangler journalistes et personnalités politique, c’est quand même le profil du candidat. Nous disions précédemment que Devedjian s’était contenté de citer Le Cid pour répondre au flot de questions des journalistes, nous disions – je disais – que c’était une façon polie de traiter son potentiel successeur de « puceau ». Puceau pas tant que ça, le bruit court que Mme Sarkozy, née Sebaoun, ne tarderait pas à apporter la grande-paternité à notre Président. Mais la parenthèse fermée, ouvrons maintenant le curriculum vitae du « Dauphin de la République » comme certains se plaisent à l’appeler. Après un passage éclair par l’Hypokhâgne d’Henri IV, il s’inscrit à la faculté de droit de la Sorbonne en première année. L’année suivante il entre en première année. L’année suivante il entre en 2ème année, l’année d’après (cette année) il entre en 2ème année…

S’il est facile de blâmer un parcours scolaire pour le moins houleux, sachons être philanthrope, grandir à l’ombre d’un père perpétuellement placé sous les lumières de la vie politique française ne doit pas être une mince affaire. Toutefois on peut également, en étant raisonnable, se dire qu’il ne semble pas réunir les qualifications nécessaires à la gestion de l’aménagement de LA grande place financière française.

Mais surtout, en terme de représentations, ce qui une nouvelle fois fait sursauter la ménagère de province qui épargne pour payer des études à son fils/sa fille à Paris – « cliché » me direz-vous, « CERTES » vous répondrai-je –, c’est que Jean Sarkozy, qu’on le veuille ou non, incarne la « jeunesse dorée » de Paris 16, voire – pire ! – de Neuilly. Le « happy NAPPY » insouciant et insolent, qui méjuge le système scolaire, assuré, de par le capital social de ses parents, de n’avoir « pas de souci à se faire ». Et dans le cas présent l’aspect privilégié et néo-aristocratique (« fils de ») – propre aux NAPPY – se double d’une suspicion de népotisme : au royaume des happy few Jean Sarkozy a son carré viaïpi.


Pour en rajouter un peu, on ne peut passer à côté d’un aspect du problème : la candidature de J.S. à la tête de l’EPAD donne raison aux critiques formulées à l’encontre de N. Sarkozy. Lui qui était déjà stigmatisé, représenté maintes fois sous les traits de Napoléon, attaqué sur sa façon monarchique de gouverner, « place » – c’est le mot juste – son fils à une position dont son âge et son parcours universitaire lui interdirait l’accès sinon. Car, soyons réalistes, combien d’autres étudiants en fac de droit, âgé de 23 ans se présentent à cette élection ?

Certains répliquent que Jean Sarkozy a déjà commencé sa carrière politique il y a deux ans lorsqu’il a été élu au Conseil Général des Hauts-de-Seine, qu’on ne peut le blâmer de vouloir poursuivre son bonhomme de chemin. Certes, il a bel et bien été reconnu par le suffrage universel, c’est indéniable – ne prenant pas trop de risque, dans la circonscription de Papa, quand même –, mais combien de jeunes élus de gauche voient leur parcours politique désencombré de la sorte, comme la « démission spontanée » d’H. Marseille libère la voie à Jean Sarkozy ?

L’actualité politique française est pleine de rebondissements, de surprises et de coups de théâtre. Espérons ne pas trouver pire à nous mettre sous la dent avant un moment, l’overdose n’est pas loin.

Illustration: l’Express

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