Et après ?

Eric Altmayer, un entrepreneur d’images

Eric Altmayer en quelques dates :

1962 : Naissance

1983 : Diplômé de Sciences Po, master Service Public

1996 : Création de Mandarin Cinéma avec son frère Nicolas

2000 : Premier succès avec Jet Set

2004 : Sortie de Brice de Nice, acquisition de la liberté éditoriale par ce succès

2011 : La Conquête est présenté au Festival de CannesEric altmayer

2014 écoule ses premiers jours, laissant Paris dans la quiétude des matinées d’hiver. LaPéniche.net en profite pour amorcer l’année en poussant la porte de Mandarin Cinéma rue du Paradis, dans le Xème arrondissement. Accueil chaleureux autour d’un café, l’open space nouvellement investi saisi par sa luminosité et l’ambiance sereine qui y règne. Un bouddha de taille humaine trône dans le couloir, accessoire du film Saint Laurent de B.Bonello, qui sortira à la fin de l’année.  Rencontre avec Eric Altmayer, sciencespiste devenu producteur de cinéma.

                                    © Thierry Bouët.

Sciences Po, un diplôme reconnu

Eric Altmayer, en poursuivant un master de service public faisait partie de ces étudiants «attirés par la politique, plein d’illusions». Il a même «été au bout de la démarche» en tentant d’obtenir le graal d’une formation de haute administration. Et finalement son échec à L’ENA «a été salvateur et lui a permis de se confronter à des choix».  Après un service militaire à Hong Kong  sa carrière par la force des choses devient de plus en plus teintée par la cinématographie. Cependant son diplôme ne lui donnait à priori aucune clé de formation pour devenir entrepreneur d’images. Mais une formation au sein de l’institut lui a permis «d’être crédible pour rentrer dans la vie professionnelle», et d’entrer dans le monde de l’audiovisuel. «Ce milieu n’avait aucune raison de s’intéresser à moi, mais la méthode de travail acquise à Sciences Po m’a permis de travailler à des postes de responsabilités avec efficacité et pragmatisme». Bien que ses études et son métier d’aujourd’hui soient très détachés, Eric Altmayer insiste sur le fait que cette formation lui a toujours permis d’être reconnu comme un «gars sérieux». Le producteur ne saurait non plus oublier les bons moments passés rue Saint Guillaume, avec «sa vraie bande de potes». Quelques professeurs auront aussi marqué son parcours. François Hollande a été l’un des moins passionnants, «ne reprenant que les notes du ministère des Finances», alors que Jean-Pierre Landau, a toujours réussi à le captiver ainsi qu’un amphi Boutmy «plein à craquer» à l’horaire le plus ingrat de 21h.

Premiers pas dans le monde du cinéma

Le cinéma a toujours été important dans la vie d’Eric Altmayer. La lecture des mémos du producteur américain David Selznick l’a plongé dans la réalité du métier du début à la fin. «9 interlocuteurs sur 10 cernent très mal ce métier». «Ce producteur légendaire communiquait ainsi avec toute l’équipe : distributeurs, réalisateur, directeurs de production… à l’époque où il n’y avait pas de mails».

Peu à peu la machine se met en route, et la collaboration avec son frère permet à Mandarin Cinéma de voir le jour. Il compare son métier à celui d’un promoteur immobilier : le producteur repère une idée ou un texte comme le promoteur repère un lieu. Il a aussi besoin de collaborateurs pour mettre en œuvre son projet, le metteur en scène devient l’architecte du film.  En somme le producteur a pour mission de «concevoir, fabriquer et commercialiser» un projet qui sera toujours un prototype. Le producteur est le mandataire pour chaque étape de développement du projet depuis le choix du scénario jusqu’au choix des prestataires pour la distribution à l’étranger.  Le choix du scénario, d’ailleurs, «doit toujours être un coup de coeur c’est la règle n°1». Mais «quand on est jeune producteur on doit faire ses preuves, et au delà de la conviction la plus sincère il faut aussi être pragmatique». Les premiers films se doivent de «marcher», «seulement le succès permet de développer d’autres projets.» «Partir à la bataille dans un projet gigantesque ou atypique tout de suite … c’est stupide».

Au quotidien le métier de producteur est un métier hyper actif, entre la gestion de l’avancement des projets et des partenariats avec des prestataires, une entreprise de production a les mêmes contraintes qu’une PME, avec des comptes de résultats et des obligations de gestion. Mais la véritable différence, qui apporte une stimulation en permanence, est que chaque film est «sa propre petite entreprise».

Expérience et reconnaissance

1860261120 ans d’expérience dans le domaine, a permis à Mandarin Cinéma d’être reconnu dans le milieu du cinéma français. Le métier de producteur est aussi en perpétuelle évolution du fait des progrès des technologies de communication. Chaque image donnée au public avant la sortie du film doit être minutieusement choisie. «Les forums et les réseaux sociaux ont libéré la parole. Couverts par l’anonymat, les gens sont violents, il y a un effet corbeau».  La bande annonce donne «le LA de la diffusion, le travail sur les premières images s’est fortement professionnalisé». Lorsque le film jouit déjà d’une certaine renommée, il «faut savoir gérer l’attente et surtout ne pas exclure les fans du processus de sortie du film».  Le film chouchou d’Eric Altmayer parmi toutes ses productions est OSS 117 : Le Caire Nid d’Espions sortie en salle en 2006. Projet un peu fou, car il a permis de lancer un acteur, Jean Dujardin et un réalisateur, Michel Hazanavicus, alors peu connus du grand public et des salles obscures.  «Sur le tournage on s’est tous bien entendu : on était tous fan de ce qui était en train de se passer. Et au final le film a très bien marché, il est devenu culte : c’est un très beau souvenir, l’aboutissement de ce que pourquoi on fait ce métier.» D’autres de ses productions lui ont permis de fouler le tapis rouge de Cannes, la Conquête (2011) et Jeune et Jolie (2013), ont permis d’assoir le succès de Mandarin Cinéma, qui au delà des films grands publics et succès commerciaux, à conquis une liberté artistique.

Les projets s’enchainent depuis et 2014 s’annoncent déjà bien chargée avec 4 films prévus à l’affiche. Toujours un pas dans le futur, le métier de producteur reste individualiste car ce secteur est hyper concurrentiel, relativisant l’image mythique «d’une grande famille du cinéma».

Le cinéma de demain

L’entretien continue sur les questions du téléchargement, les prix croissants des places de cinéma mais aussi de la détérioration de la qualité des supports de visionnage. «La post production apporte un  soin immense à chaque détail, mais seulement 20% du visionnage du film sera fait dans des conditions qui respectent vraiment le travail des techniciens et le plaisir esthétique». Cependant Eric Altmayer reste vraiment confiant quand à la fréquentation des salles qui est «une démarche qui ne disparaitra jamais». «Il y aura toujours un instinct grégaire de voir avec d’autres gens dans un endroit obscure un spectacle exclusif». Cependant, le producteur accorde que moins en moins de gens «ont accès à cet écrin».

De l’étudiant en sciences politiques, sa carrière a pris un contre pied qui a permis à Eric Altmayer d’obtenir une notoriété dans un domaine culturel et artistique. «Il faut savoir donner envie, les films qui marchent sont de bons films, il n’y a plus de miracle».

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