Deauville : sa plage, ses vieux, ses planches, son festival

Du 3 au 12 septembre dernier, se déroulait la 36ème édition du festival du cinéma américain de Deauville. Invitation à un « sumposium cinématographique » (l’expression, avec cette orthographe, est de Bruno Barde, directeur du festival), ce festival reste, malgré son âge, un festival discret, peu suivi par les médias, et tout de même moins glamour que certains de ses homologues. Ce qui n’enlève rien à son intérêt, bien au contraire.

deauville___vietnam_162.JPGCar, le festival de Deauville est un festival accessible, et c’est peut-être ce qui fait une grande part de son charme. Accessible, car, contrairement au festival de Cannes, où il faut se battre et où voir un film relève, pour le citoyen lambda, du miracle, il est possible à Deauville de voir un grand nombre de films pour un prix modique. En effet, pour seulement 12 euros (prix pour les moins de 26 ans), il est possible d’obtenir un « pass bleu » qui donne accès à toutes les séances d’une journée. Et il est par ailleurs relativement facile d’obtenir des invitations pour les séances spéciales qui se déroulent en présence de l’équipe du film et du jury, cette année présidé par Emmanuelle Béart (qui nous a gratifié d’une belle image cette année sur le tapis rouge, je vous laisse vous renseigner sur internet). De fait, le festival de Deauville est une très bonne occasion de voir des films parfois très attendus (cette année : le dernier Woody Allen, le dernier Gregg Araki), d’autres qui resteront inédits, de grands classiques projetés lors des Nuits Américaines, des stars, la mer.

Mais cette année, le festival de Deauville se déroulait en même temps que celui de Venise : concurrence déloyale s’il en est. Dès lors, la plupart des stars attendues avait délaissé la côte normande pour aller parader dans la Cité des Doges, et les Deauvillais n’eurent la chance d’accueillir « que » Gad Elmaleh, Chace Crawford, Gregg Araki, Terry Gilliam (un hommage lui était rendu cette année), entre autres… Et Zac Efron. Certaines (et certains) fanatiques étaient venues du Havre spécialement pour le voir, d’autres de Marseille, et il fallait les voir l’appeler, crier, pleurer quand il les avait touchés, pleurer quand il ne les avait pas vu, l’insulter quand il avait le dos tourné, et lui crier des mots d’amour quand il se retournait. Un grand moment. Heureusement, cette pénurie de stars de cinéma était compensée par une abondance de stars du petit écran. En effet, cette année, le festival de Deauville avait fait dans la nouveauté en organisant pour la première fois un week end consacré aux séries télé américaines. Les festivaliers eurent donc la chance de pouvoir assister à une master class de David Chase (créateur des Sopranos), aux conférences de scénaristes américains ayant travaillé sur Dexter, Damages, et enfin de voir sur grand écran des épisodes inédits des grandes séries américaines du moment (Dr. House, Modern Family, Sons of Anarchy…). deauville___vietnam_144.JPG

Des films vus, on en retiendra surtout un : Cyrus, des frères Duplass, une fausse comédie mais un vrai mélodrame, touchant, juste, et porté par deux acteurs incroyables : John C. Reilly, et Jonah Hill. Le jury, lui, en préféra un autre : c’est au film Mother and Child que le Grand Prix fut décerné, un flim plus terre-à-terre sur l’adoption selon le point de vue de trois femmes, un film qui, selon moi, manque de folie et se contente de dérouler son scénario sans grande originalité. C’est d’ailleurs le principal défaut de la sélection Deauvillaise : les films se ressemblent tous, dans leur histoire, leur traitement, et aucun ne parait véritablement sortir du lot. S’ils ne sont pas spécialement mauvais, ils ne sont pas spécialement intéressants non plus. Du coup, ce sont souvent les acteurs qui font le charme des longs-métrages. Ainsi, Kristen Stewart, loin de Twilight, impressionne dans Welcome to the Rileys et dans the Runaways.

Mais Deauville, c’est aussi la mer, les planches, les crêpes, les petits vieux, habitués du festival, qui commentent les films et le tapis rouge avec assiduité. Tout cela fait du festival américain de Deauville un événement décontracté, agréable, ouvert et souvent surprenant. Un festival où il fait bon vivre, en somme.

Le Palmarès : Grand Prix : Mother and Child de Rodrigo Garcia Prix du Jury ex-aequo : The myth of the American Sleepover de David Robert Mitchell et Winter’s Bone de Debra Granik Prix de la Révélation Cartier : Holy Rollers (Jewish Connection) de Kevin Asch Prix de la Critique Internationale : Buried de Rodrigo Cortés

2 réflexions au sujet de “Deauville : sa plage, ses vieux, ses planches, son festival”

Laisser un commentaire