Vie du campus

De l’art d’investir l’espace

Les Réinstallations de François Morellet sont exposées jusqu’au 4 juillet au Centre Pompidou. La Péniche vous le conseille quand le rush des partiels sera terminé. Ou avant.

Morellet PompidouL’exposition débute sur ces encarts rouges et un peu intrigants plaqués au mur : « Attention. Les caractéristiques visuelles de certaines installations peuvent présenter un risque pour les visiteurs souffrant d’épilepsie. » Enfin pas exactement, il ne s’agit que du panonceau placé pour la première fois à droite de l’entrée dans Répartition aléatoire de 40000 carrés selon les chiffres pairs et impairs d’un annuaire de téléphone, et retrouvé successivement au gré des installations. Cela dit, nous voilà prévenus. Parce que oui, le principe ici n’est pas seulement de regarder : on entre, on sort, certes, mais aussi on joue, on participe. François Morellet joue autant sur l’espace qu’avec la vision de son public.

Effectivement, s’il est à la fois peintre, graveur et sculpteur, considéré comme le précurseur du minimalisme, l’événement à Beaubourg ne consiste pas à l’exposition pure et simple de ses œuvres que nous dirons durables, mais au rassemblement de nombre de ses installations au sein de la Galerie 2. Réinstallations nous dit le titre : réadapter ces installations sensées n’être prévues que le temps d’une manifestation, et en conséquences élaborées à partir de très peu de moyens (traits de crayons, tubes au néon et gros scotch noir en majeure partie). Le choix des installations en question, qui permettent une rétrospective de 1963 à aujourd’hui, a été effectué par François Morellet lui-même. Celui-ci propose donc une très grande diversité dans le style des réinstallations exposées.

Le spectateur se retrouve ainsi face à des agencements de néons, ou à des assemblages de bois et de dessin(s) explorant aussi bien les jeux du hasard sur la nature ou à travers ce que peut produire le nombre π d’un point de vue artistique, que ceux de l’infini, et surtout des trois dimensions. On retrouve donc le hasard dans la forme d’une branche ramassée et posée au sol que Morellet assemble dans son travail avec un trait bien plus précis. Minimaliste certes, mais frappant. Ou bien dans l’exposition d’une figure géométrique infinie en théorie, mais arrêtée par les limites de la salle elle même. Ou encore dans la mise en place des néons les uns par rapport aux autres. Ici, le jeu de l’installation prend toute son ampleur : s’il réalise par exemple des lignes qui serait tout à fait parallèles sur le papier, leur poursuite sur les murs fausse l’aspect mathématique de l’agencement. Et Morellet porte visiblement aussi son intérêt sur ce dernier domaine qu’est celui des déformations visuelles.

En effet, l’utilisation d’un espace en trois dimensions n’est pas la seule raison donnée aux altérations qui font partie intégrante des œuvres de l’artiste. Ce dernier joue aussi sur l’optique, et ses illusions : le spectateur est d’ailleurs confronté à plusieurs œuvres participatives, et ce dès le début de l’exposition. Le jeu continue de fonctionner sur les possibilités de l’imprévu et de l’espace tandis que l’artiste se plait à perturber la vision de son public, aussi le curieux est-il sollicité. Il est par exemple à l’origine de jeux de miroirs étranges et déformant la régularité parfaite des néons suspendus au dessus, ou se heurte lui même les yeux en actionnant un flash, dont la violence fait passer le rouge au vert. Même violence qui obligait à prévenir le spectateur.

François Morellet a donc relevé le défi de remettre en place de fugaces installations dans un nouvel espace. Et ces réadaptations fonctionnent, le spectateur, intrigué, va de l’une à l’autre sans jamais trop savoir à quoi s’attendre. Et les plus âgés restent aussi enfantins que leurs gamins quand il s’agit de « voir ce que ça fait », quand on appuie sur un bouton.

One Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.