Billet d’humeur – Brexit, une leçon d’irresponsabilité ?

Billet d’humeur – Brexit, une leçon d’irresponsabilité ?

[English version below]

Pauline Millet

 

Cela fait presque 3 ans que le sujet traîne. Le 24 juin 2016, les Britanniques ont décidé (d’une courte majorité certes) de quitter l’Union Européenne. Le 29 mars 2017, Theresa May enclenchait l’article 50 du traité de Maastricht pour affirmer que d’ici 2 ans, le Royaume-Uni aurait quitté l’Union. Point. Nous sommes aujourd’hui le 18 avril 2019, et après deux délais successifs accordés, trois rejets de l’accord de Theresa May et une énième réunion de crise à Bruxelles, le Royaume-Uni, l’Europe et le Brexit se trouvent toujours dans une impasse. Du 29 mars, nous sommes passés au 12 avril, puis au 30 octobre, sans avancée aucune finalement. Même chez les sciencespistes, on se dit que quand même, en termes de procrastination, ils ont fait fort. Ce Brexit aura-t-il donc lieu un jour ? A force de le voir se défiler devant nos yeux, il pourrait presque être légitime de se poser la question.

Attendre le Brexit, c’est comme attendre Godot, glissait malicieusement un député européen. Le personnage de Beckett, dont on ne sait au final s’il existe, est une figure à laquelle le Brexit n’a rien à envier. Seulement tandis qu’Estragon et Vladimir attendent désespérément Godot, ils souffrent, se languissent, tentent vainement de se distraire mais ne font que perdre leur temps. De la même manière, l’attente d’une décision dont on ne sait si elle viendra n’est pas sans effet sur la Grande-Bretagne. Une étude vient de révéler que la préparation au Brexit (et notamment à un éventuel no-deal) a déjà coûté 1,5 milliard de livres au gouvernement britannique. Le débat public et parlementaire est totalement obnubilé par cette échéance, ce qui empêche l’adoption de toute autre réforme importante. L’économie britannique pâtit non seulement de la future sortie de l’Union européenne, mais encore plus de l’incertitude, qui empêche toute prévision et décision. Il en va de même pour les citoyens étrangers, les étudiants, les britanniques expatriés, dont le sort reste indéterminé. Les emails des universités pour tenter de rassurer pleuvent, mais n’apportent guère d’informations supplémentaires. Alfred de Musset disait « L’incertitude est de tous les tourments le plus difficile à supporter ». Si c’est le cas, les politiques britanniques sont d’une bien grande cruauté.

Car c’est au fond de leur faute si le monde entier regarde d’un œil inquiet le spectacle désormais pathétique de Westminster se déchirant, incapable de prendre une décision, miné par les intérêts bien déterminés des uns, les lignes rouges sans pitié des autres, sur fond d’ambition, de luttes de pouvoir et de phrases acérées. Au sein du Labour comme des Conservatives, tout le monde veut prendre la place de Theresa May qui a pourtant, d’un point de vue extérieur, ce qui semble être à l’heure actuelle le pire job au monde. Cela fera une très belle et juteuse saga politique, un House of Cards grandeur nature, un scénario parfait pour je l’espère de nombreux films, séries et livres à venir. Toutefois, l’incapacité du Gouvernement, des partis et du Parlement à s’accorder sur un accord est une terrible irresponsabilité, et il est honteux de la part des politiciens d’essayer d’arriver à leurs propres fins et de satisfaire leur propre faim alors que tout l’avenir du pays – sans exagération – est en jeu. Il est un temps pour tout, et le Brexit, remise en cause structurelle de place du Royaume-Uni dans le monde, devrait être un temps d’union nationale, pas de querelles de pouvoir. A la vue de la situation, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que l’on constate une défiance croissante envers le monde politique chez les citoyens ? Qu’il est affligeant le spectacle de Boris Johnson et des rivaux s’aiguisant les dents à la suite de l’annonce de Theresa May qu’elle était prête à démissionner si son accord passait. Qu’il l’est encore plus celui du DUP, les incontrôlables alliés unionistes de May, faisant à nouveau échouer l’accord par leur jusqu’au-boutisme sur la question du backstop. Aujourd’hui, le Brexit donne du Royaume-Uni l’image d’un Etat en chaos, où le pouvoir ne sait plus où aller, où pas une seule option votée à la Chambre des Communes ne parvient à recueillir une majorité, et où les cris du speaker John Bercow, devenu une star en quelques semaines, « Ordeeeeerr », résonnent en vain dans un Parlement sens dessus dessous.

Sujet moi-même à une indécision chronique, s’il est bien une chose que j’ai appris, c’est qu’à un moment, il faut trancher. L’incessante négociation, remise en question, hésitation ne peut continuer trop longtemps, ce n’est qu’ajouter du sel sur la plaie d’un pays déjà divisé. Il est évident que tout le monde ne pourra être satisfait, ni même personne. Mais l’absence de décision est pire que le compromis, en ce qu’elle est une non-décision, un refus de responsabilité. En ne voulant défendre les intérêts que de ceux qui ont voté pour eux, les députés oublient de défendre ceux du Royaume-Uni, ils oublient qu’ils sont la souveraineté de leur pays et donc de tout le peuple. Il leur faut accepter des compromis, car c’est la seule façon d’en finir avec ce Brexit qui dure depuis trop longtemps, qui les mine eux comme tous leurs compatriotes. A vouloir limiter leurs pertes, ils sont en train de tout perdre. Alors (for God’s sake !), dans l’intérêt de tous et dans le leur, qu’ils prennent enfin une décision et qu’elle soit définitive !


Brexit, a lesson in irresponsibility?

It’s been almost three years since Britain started lingering on the issue of how to deliver Brexit. On June 24th, 2016, the British decided (by a slim majority) to leave the European Union. On March 29th, 2017, Theresa May invoked article 50 of the Maastricht Treaty to confirm that, in 2 years, the UK would have left the Union. Period. Today, on April 15th, after two consecutive delays, three rejections of May’s deal and a dreadful number of last-chance meetings in Brussels, the UK, the EU and Brexit are still in a dead end. From March 29th to April 12th to October 30th, no progress seems to have been made. At this point, even Sciences Po student are impressed by this level of procrastination. Will Brexit eventually take place? Seeing it fade before our eyes every other day, it almost seems to be a legitimate question now.

Waiting for Brexit is like waiting for Godot, a Eurodeputy wittily pointed out. Samuel Beckett’s character, whose existence always remains uncertain, is indeed a figure whose likeliness with Brexit is growing by the day. The thing is, while Estragon et Vladimir await desperately, they suffer, they despair, they remain stuck, while vainly losing their time. In this same fashion, the wait for a decision which may never come is affecting Great Britain. A study has shown that Brexit already cost the British government 1.5 billion pounds. For almost three years, the public and parliamentary debate has been completely obsessed with the coming decision and change, thus preventing the adoption of any major reform. The British economy suffers not only from the coming withdrawal from the EU economy, but also from the uncertainty that makes any planning and investment difficult for businesses. Similarly, foreign citizens, students, British expats, remain clueless about their future, on which a dark veil could be cast. Universities are sending out emails to try to reassure their students, but to no avail. Alfred de Musset once said, “Uncertainty is, of all torments, the hardest to bear”. If that is so, British politicians are very cruel.

It is indeed their fault, if the entire world watches with a worried eye the pathetic scene of Westminster tearing itself apart, incapable of coming to a decision, crippled by the very specific personal interests of some, by the merciless and unrealistic redlines of others, set against a backdrop of ambition, power struggles and razor sharp wit. In the Labour Party just as in the Conservative party, everyone seems to want Theresa May’s place, strange as it may be, for from an outside perspective she appears to have the worst job in the world. This will make for a fascinating political saga, the perfect scenario from which I hope many movies, books and series will be made. But the government, the parties and Parliament’s inability to agree on a deal is a tragic instance of irresponsibility, and it is a shame that politicians try to come to their own ends and satisfy their own interests while the entire future of the country is at stake. There is time for everything, and Brexit, which fundamentally questions Britain’s place in the world, should be a time of national unity, not of petty political feuds. In front of this pitiful show, one wonders why there is growing defiance against politicians… There are few things sadder than seeing Boris Johnson’s crocodile tears and barely hidden smile after Theresa May said she was prepared to resign if her deal was passed, except maybe hearing the news that the DUP, May’s uncontrollable unionist allies, crashed the deal by their extremism over the backstop issue. Today Brexit casts a shadow over Britain, projecting the image of a country in chaos, where the government is clueless as to where to go, the Commons cannot agree on anything, and the Speaker’s cries for “Ordeeeer” (which have turned John Bercow into a star in a matter of days) echo in vain in the tumult of Parliament.

I myself am often subject to chronic indecision, and if there is one thing I have learnt, it is that at some point, one must decide, and let the decision be final. Constant negotiation, speculation, hesitation is dangerous when it lasts too long, and it only worsens the division of a country that is already torn. It is obvious that not everybody shall be happy with the result. It is even likely that no one will be happy with it. But the absence of a decision is much worse than a compromise, in that it marks MP’s refusal to decide, and means that Parliament is stepping away from its responsibility : to deliver Brexit. MPs are trying to only defend the interests of those who have voted for them, but in doing so they forget to defend the United Kingdom, they forget that they are the sovereignty of their country and that hence, they represent all its people. They must accept that compromise is the only way to finally be done with Brexit, a transition period which has already lasted too long and has harmed them and their fellow countrymen. By trying to contain their losses, they are losing everything. So (pour l’amour de Dieu!), in the interest of all, let them come to a decision and it be final!

Adam Galametz

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