Vie du campus

ASPE : à quand la résurrection ?

Lorsque nous interrogeons des élèves de la rue Saint-Guillaume sur l’Association Sciences Po Environnement, les avis convergent toujours vers les mêmes arguments. Selon Juliette et Lorraine, étudiantes en première année, « Leur budget est démesuré par rapport à leurs projets », « leur local est toujours vide », « A part le miel vendu à Noël, on ne connait pas leurs projets ». En Master Finance et Stratégie, Arthur se pose lui la question « Proposent-ils vraiment des services aux étudiants comme les autres associations permanentes ? » En effet, issue du collectif Ecocampus –ancien regroupement d’associations vertes de Sciences po- l’ASPE fait partie depuis juin 2010 du cercle fermé des cinq associations permanentes de l’école. Malgré ce statut privilégié lui accordant aide financière et logistique de l’administration, un fossé non négligeable semble se dresser entre cette association et les étudiants de la rue Saint-Guillaume. Rares sont ceux pouvant prétendre avoir entendu parler de l’ASPE au premier semestre.

Ce vide communicatif est dû essentiellement au remaniement interne de Sciences Po Environnement effectué au milieu du semestre, paralysant ainsi toute l’activité de l’association. L’équipe précédente aux effectifs extrêmement réduits n’a pu procéder au recrutement traditionnel des nouveaux membres dès septembre. Ce n’est que deux mois plus tard que le nombre de volontaires a été suffisant pour former un nouveau Bureau. Elu le 14 novembre dernier, il su conquérir le cœur de l’Assemblée générale, par son programme basé sur davantage de communication, de transparence financière, de partenariats et de projets concrets. Ces nouveaux représentants de l’association écologique de Sciences Po semblent particulièrement dynamiques et motivés pour transformer l’école en une institution verte. C’est donc en février que va réellement se lancer l’association qui réserve de nombreuses surprises aux étudiants de la rue Saint-Guillaume.

579650_10151435564714834_1049315105_nCar les idées fourmillent au sein de l’association verte. Au-delà du fameux miel produit sur les toits du 13U, promouvant la nécessité du processus de pollinisation pour la biodiversité, la nouvelle équipe entend bien s’attaquer à des défis de taille, en commençant bien sûr par sa communication. Outre le renouvellement complet du site, qui aujourd’hui comporte encore de nombreux liens morts et peu d’actualité, la nouvelle campagne de sensibilisation aura pour moment fort la « semaine » du développement durable prévue du 18 au 20 mars. Durant trois jours, l’ASPE organisera des conférences environnementales, des rencontres avec des acteurs du développement durable, une exposition photo et bien d’autres rendez-vous exclusifs. Apolitique, Sciences Po Environnement compte notamment laisser s’exprimer tous les partis politiques étudiants lors de débats abordant de multiples sujets d’actualité environnementale.

561604_10151435565479834_218520272_nAprès avoir constaté la grande part qu’occupaient les différents transports dans les émissions carbone de Sciences Po (82% en 2009), l’ASPE propose également aux étudiants l’un de ses projets phares : Partir Vert. Pour tout voyage sous obligation de scolarité –troisième année, double cursus à l’étranger, stage de Master- un étudiant peut collaborer avec Sciences Po Environnement pour une compensation énergétique. Celle-ci peut prendre deux formes. En premier lieu l’association offre directement à l’étudiant un soutien financier, selon la quantité de CO2 « sauvée », afin de l’encourager à user d’un autre moyen de transport que l’avion. Cependant, pour certaines destinations, la voie aérienne est indispensable. Dans ce cas l’étudiant compense son voyage en investissant avec l’aide de l’ASPE dans un projet écologique tiers. Ainsi pour une tonne de CO2 émise, l’étudiant et l’association versent chacun 20 euros à une action environnementale (Energies renouvelables, efficacité énergétique, …). Le bilan est donc neutre. C’est ainsi que Faustine a décidé d’emprunter la voie maritime plutôt que l’avion pour rejoindre l’Irlande lors de son voyage en troisième année. Elle explique : « L’aide financière ne paie pas le billet mais est à prendre comme une incitation aux comportements écologiques. ». Certains ont notamment vu dans ce changement de transport une nouvelle facette de cette expérience à l’étranger. Paul, parti à Hong Kong, garde des souvenirs inoubliables des milliers de kilomètres qu’il a parcouru en train de Ürümqi à sa destination finale : « Forcément, ce voyage ne me faisait gagner ni temps ni confort, mais ce qu’il offrait m’a décidé à le préférer à tout autre : un aperçu de la Chine par la porte de derrière. En train, en effet, on ne va pas d’un point à l’autre, on parcourt. »

L’association écologique veut aussi mettre rapidement en place sa cafétéria autogérée au 28 rue des Saints-pères. L’idée d’organiser une cafétéria régie par les étudiants et proposant des produits bio à petits prix, est pourtant née en 2006. Ce n’est qu’en 2010-2011 que PAVéS et Sciences Po Environnement commencèrent réellement à développer le projet. Car celui-ci scelle un véritable partenariat entre les deux associations qui se partagent les effectifs de l’équipe. Rappelons que PAVéS est une association s’intéressant aux problématiques environnementales mais aussi sociales du monde contemporain. Ancienne membre du collectif Ecocampus, elle avait notamment refusé de se joindre à Sciences po Environnement à sa création, jouissant ainsi de plus d’indépendance vis-à-vis de l’administration. Quoi s’il en soit, beaucoup s’impatientaient de la mise en place du projet CAFéS. Alors que le contrat est sur le point d’être signé avec l’administration, il devrait être installé lors de ce semestre. Les étudiants pourront donc bientôt apprécier pour la première fois depuis longtemps, un projet écologique bien concret.

Les déchets sont également un thème de prédilection de Sciences Po environnement. Aujourd’hui, le principal problème de l’école est que le tri effectué est en aval. Les déchets sont triés pour le recyclage après avoir été mélangés. Certains sont donc « souillés » et échappent au recyclage dont ils auraient pu bénéficier si le tri avait été effectué en amont. Cependant au vue du nombre de bâtiments et d’acteurs nécessaire à la mise en place de poubelles différenciée, il est encore très difficile de mettre en place tout ce système de tri aujourd’hui. En attendant l’ASPE propose des produits durables : Mugs, thermos, …
D’autre part, Un cahier de réflexion sur la gestion des déchets publié en 2011 est en libre accès pour les étudiants et permet de découvrir le sujet sous un angle original.

Sciences po environnement n’agit cependant pas seule et ne cesse de multiplier ses partenariats. Elle privilégie ainsi les échanges inter-associatifs à travers le Fond d’impulsion environnemental qui incite les autres associations à devenir vertes. Outre sa collaboration avec PAVéS, Junior Consulting et d’autres associations qui ont officialisé leur partenariat en signant la charte environnementale l’année dernière, Sciences Po Environnement a aussi collaboré directement avec certaines comme l’AS pour qui elle a créé des T-shirts en coton bio à l’occasion du CRIT 2011. Mais c’est également à l’extérieur que l’ASPE entend élargir son réseau. Des projets sont en cours de discussion avec certains campus délocalisés (Un vin sciences-piste va ainsi peut être bientôt voir le jour), mais aussi avec certaines universités comme Dauphine ou des organisations comme le REFEDD (le réseau français des étudiants pour le développement durable) qui a, à plusieurs reprises, mentionné Sciences Po Environnement dans ses articles.

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Nombreux sont les étudiants qui aujourd’hui remettent en cause le budget très élevé de Sciences po Environnement. Celui-ci ne semble pas à leurs yeux être investi dans des projets concrets, utiles à la communauté sciences piste. Il est vrai que l’on peut citer des idées pour le moins faramineuses comme la « forêt de Sciences Po » :l’ASPE voulait créer un espace vert en Ile-de-France compensant en partie les émissions de l’école, où les expérimentations environnementales, sociales et scientifiques seraient effectuées librement. Aujourd’hui ce projet semble laissé à l’abandon, au grand soulagement de quelques-uns. Pour le reste, bien que nombres des projets de Sciences po Environnement reçoivent une aide financière directe ou s’autofinancent même –c’est le cas du miel-, la question du budget alloué à l’association est très complexe. En effet la loi Grenelle 1 du 3 aout 2009 prévoyait pour chaque établissement d’enseignement supérieur la mise en place d’un Plan Vert, c’est-à-dire d’un ensemble d’objectifs et de mesures écologiques à prendre en compte pour faire évoluer l’établissement vers un état d’esprit et un mode de fonctionnement plus responsable. L’administration de Sciences po a pris ce sujet très à cœur en mettant en avant la place omnisciente de l’environnement, et confia la politique environnementale de l’école à l’ASPE. Ce rôle ajouté aux actions associatives de Sciences Po Environnement explique 90% du budget très élevé de l’association écologique, accessible seulement sur présentation de projet. S’élevant à 85 000 euros l’année précédente, il est fort probable que celui de cette année, en cours de discussion, soit considérablement réduit. En effet, aujourd’hui Sciences po Environnement réclame l’engagement d’un professionnel au poste de « référent développement durable » à qui l’on confierait la politique environnementale de l’école. L’ASPE pourrait lors se concentrer sur des projets touchant plus le quotidien des étudiants, tout en collaborant avec ce professionnel et en veillant à ce que l’argent qui lui sera confié soit investi là où les enjeux environnementaux sont les plus prioritaires.

Sciences Po Environnement suit enfin particulièrement l’actualité écologique de ces dernies mois. Ils ont ainsi indirectement participé à la conférence de Doha qui a rassemblé 190 pays de l’ONU fin novembre, en prêtant des éléments logistiques à une équipe partant sur place. De même, l’ASPE souhaiterait organiser une conférence sur le retour de Laurence Tubiana, directrice de la chaire Développement Durable de Sciences Po, et experte des questions environnementales, partie assister à cette conférence de première importance. Ils espèrent également pouvoir aborder avec elle les grandes problématiques du récent débat sur la transition énergétique, lancé le jeudi 2 novembre dernier.

Il semble donc que l’Association Sciences Po Environnement, après avoir disparu quelques mois, soit prête à faire son grand retour en février. Pleine d’idées et de beaux projets en tête, l’ASPE devra impérativement remédier à des maux récurrents pour redorer son image auprès des étudiants : une meilleure communication, une meilleure visibilité, une meilleure disponibilité. Mais la nouvelle équipe en est largement consciente.

3 Comments

  • Laurène Petit

    Merci à LaPéniche de publier cet article de qualité et qui montre enfin clairement et simplement la réalité de l’ASPE. Pour moi, cette association indispensable a le plus mauvais rôle ces derniers temps: elle doit à la fois s’occuper de toute la politique environnementale de Scpo,- qui sait d’ailleurs très bien jouer de son statut hybride quand ça l’arrange – , et faire face de l’autre côté à la critique des étudiants, fondée sur une mauvaise communication… Cela est très bien expliqué dans l’article et j’espère que cela pourra contribuer à faire changer la mentalité de certains! On ne peut donc qu’applaudir l’effort du nouveau bureau pour tenter d’améliorer cette situation, à la fois en clarifiant son statut ambigu avec l’administration et en faisant preuve de plus de transparence et de dynamisme dans la communication avec les étudiants.

    Concernant les commentaires, je trouve d’abord dommage que ces personnes aient choisi de se cacher derrière le nom de PAVéS, ce qui d’une part n’est pas très courageux et qui surtout engage l’image d’une association dans laquelle ils ne sont d’ailleurs apparemment plus actifs.
    S’ils l’étaient, ils sauraient par exemple que le projet CAFéS en collaboration avec l’ASPE, (une super initiative de Cafétéria autogérée qui va ouvrir au 28), se porte très bien et qu’il ne devrait plus tarder du tout à voir le jour. Même si ce projet était une idée de PAVéS il y a maintenant un bon nombre d’années, je pense qu’il serait encore à l’état de belles paroles si l’ASPE n’avait pas apporté un soutien financier et humain énorme depuis l’année dernière.

    Concernant l’historique des deux associations, je pense qu’il est grand temps de dépasser de vieilles rancoeurs, qui, bien que compréhensibles, n’ont aujourd’hui plus lieu d’être.

    Je reste ouverte à la discussion, mais au nom des nouvelles générations, l’important est pour moi d’apporter une image de cohésion et d’entraide entre les deux seules associations de SciencesPo ayant les préoccupations environnementales à coeur et agissant pour améliorer les choses dans ce domaine. Même si elles n’ont pas les mêmes moyens, l’ASPE et PAVéS ont au moins ce but en commun.

  • une ancienne pavésienne

    « L’association écologique veut aussi mettre rapidement en place sa cafétéria autogérée au 28 rue des Saints-pères. L’idée d’organiser une cafétéria régie par les étudiants et proposant des produits bio à petits prix, est pourtant née en 2006. Ce n’est qu’en 2010-2011 que PAVéS et Sciences Po Environnement commencèrent réellement à développer le projet. Car celui-ci scelle un véritable partenariat entre les deux associations qui se partagent les effectifs de l’équipe. »

    Coucou les apprenti.e.s journalistes de la péniche, avant de balancer ce genre d’infos sûrement relayées de la bouche de membre de scpo environnement sans les citer, ca serait bien de se renseigner un peu plus. Petite mise au point :

    Le projet naît bien en 2006 lorsqu’après le mouvement CPE, des étudiant.e.s désirant poursuivre le foisonnement des AG créent P.A.V.é.S. Un des projets phares est alors, outre une amap ou des projets photos en banlieues, de lancer une cafétéria autogérée bio et équitable, véritable lieu de vie et d’échange militant. Le projet a RÉELLEMENT DÉMARRÉ EN 2006-2007, autour de quelques personnes qui se sont emmerdées à réaliser un gros dossier juridique, plein de paprasse pour sciences po, une pétition avec plus de 400 soutiens en péniche, bref à l’époque, P.A.V.é.S s’était vraiment investi à fond dans le projet.

    Malheureusement, l’administration a bien ralenti le processus, mis des bâtons dans les roues, empêchant les pavésien.ne.s de lancer la cafet. Face à ce refus catégorique, il est alors décidé en 2010-2011 de contacter Sciences Po environnement pour leur proposer un partenariat afin de lancer un projet collectif qui permettrait de rouvrir le dossier, tout en ayant cette crédibilité chère à sciences po que représente le projet co. Et voilà comment on en arrive aujourd’hui à ce partenariat dans la durée entre les deux assos. Je passe outre les bizarreries qu’a pu connaitre P.A.V.é.S lorsque, le projet alors encore autonome de scpo environnement, était cité en AG de l’ASPE comme un de leur projet…

    Enfin je pense qu’il faut faire une mise au point sur le bref historique de l’ASPE, ceci afin d’éviter le genre d’amalgame sur P.A.V.é.S du type : « Ancienne membre du collectif Ecocampus, elle avait notamment refusé de se joindre à Sciences po Environnement à sa création, jouissant ainsi de plus d’indépendance vis-à-vis de l’administration »
    En 2006-2007, P.A.V.é.S, Fac Verte (syndicat écolo alors présent à pipo à l’époque), Sud étudiant.e.s et les Jeunes Verts se réunissent dans un collectif « écocampus » visant à rendre le campus de paris plus vert, notamment au moyen de la réalisation d’un bilan carbone de l’établissement. Ce collectif est vite porté principalement par P.A.V.é.S et les jeunes verts, sud et fac verte s’endormant (voir même mourant à jamais pour l’un d’eux). Dès la rentrée 2007-2008, des membres de P.A.V.é.S et les jeunes verts initient le projet de bilan carbone. Des réunions ont lieu avec l’administration, un spécialiste du bilan carbone vient former des membres de ce collectif interasso cette année là et surtout, suite à des rencontres avec l’administration, il est demandé de donner un cadre permanent à écocampus. Les comptes d’écocampus sont alors encore rattachés à ceux de P.A.V.é.S. L’association Écocampus reconnue, cette situation perdure encore toute l’année scolaire 2008-2009. Par la suite, la nécessité de revoir la politique environnementale de sciences po se faisant pressante, et le coût d’un tel département étant apparemment prohibitif pour sciences po, l’administration persuade écocampus de devenir une association permanente au doux nom de « sciences po environnement ». Ainsi naît l’ASPE, enfin complètement indépendante de P.A.V.é.S.

    Ce message est certes long, mais il méritait se développement afin de corriger des imprécisions qui omettent des faits assez importants de l’histoire de nos deux assos.

    et puisque le travail journalistique consiste à s’appuyer sur des sources, je prémache le boulot :
    le point de vue d’un membre fondateur de scpo environnement datée du 2 decembre 2010 : http://sc-po-environnement.discutforum.com/t2-spe-est-nee-vive-spe

    un article de l’huma sur P.A.V.é.S avec deux anciennes coordinatrices qui parlent des projets dont CAFéS et écocampus en 2007 : http://www.humanite.fr/node/39787

    le même thomas, membre de PAVés et écocampus puis ASPE qui parle de la création d’écocampus : http://www.bienbeau.fr/Science-Po-pense-bio.html

    une autre interview d’un pavés/écocampus sur votre journal : http://www.lapeniche.net/actualite/index.php/post/2007/04/20/184-interview-antoine-arel-2a-membre-du-collectif-eco-campus

    ah et enfin, sur tout ce qui concerne pipo, faut pas hésiter à aller voir sur in vodka veritas, illes ont encore leurs anciens numéros avec pleins d’infos croustillantes 🙂 (y compris sur colon)

  • Pavésien

     » Elu le 14 novembre dernier, il su conquérir le cœur de l’Assemblée générale, par son programme basé sur davantage de communication, de transparence financière, de partenariats et de projets concrets. »

    On voit que vous n’y étiez pas à cette fameuse AG,… Personne ne vous en a narré le déroulement? Une joli pagaille avec des membres horrifiés par les luttes de pouvoir qui se tramaient entre les deux prétendants à la présidence…

    Et en parlant de projets concrets : quels sont-ils ceux de cette nouvelle équipe ? La com’ et la visibilité certes, mais tous les projets décrits (la cafétéria autogérée, Partir Vert, la Semaine du développement durable) ont été mis en place par les équipes précédentes, plus (trop) discrets mais certainement plus concrets dans la réalisation de projets….

    L’année prochaine, le défi est donc de réunir les deux : action et communication !

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