Cinéma

Revue Ciné : Semaine n°8

Cette semaine, les rédacteurs de La Péniche oscillent entre thriller tendu dans le brouillard irlandais, film de société saoudien et bouffonnerie hollywoodienne.

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Brume angloise

Shadow Dancer, de James Marsh

Belfast, 1993. Alors que les pourparlers entre Londres et l’Ulster progressent, les attentats menés par l’IRA continuent. Au milieu de tout ça, Collette McVeigh se retrouve tiraillée. Membre active de l’IRA, jeune veuve et mère d’un petit garçon, et coincée par le MI5, elle doit choisir entre ses frères, fervents activistes de l’IRA, et son fils ; la prison ou la trahison.

Le sujet, encore trop peu exploité au cinéma car trop peu évoqué dans l’histoire britannique moderne, est intéressant et surtout bien traité. Le réalisateur, documentariste de formation, évite l’écueil du reportage pour nous embarquer dans un thriller plutôt bien réussi et à la chute déroutante. Réussite surtout de par le mélange de la petite histoire à la grande, en nous faisant suivre la route tortueuse d’une famille tout entière dévouée à la cause de l’Ulster, et qui incarne ce même pays.

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Le tout est bien sûr permis par un casting plus talentueux que renommé : outre le second rôle de Clive Owen et la belle composition de Domnhall Gleeson — ex Weasley qui fait une ascension post-Harry Potter fulgurante après un rôle dans Anna Karenine —, on note surtout la performance d’Andrea Riserborough, juste et complète, lui valant d’ailleurs une nomination aux BAFTA à venir.

En bref, du suspense, de la trahison, du mensonge, et de la fidélité, un soupçon de confusion des sentiments, le tout sur une fresque historique encore trop peu connue : à voir.

Palmyre Bétrémieux

Grain de sable

Wadjda, d’Haifaa al-Mansour

Wadjda est un film saoudien, ce qui en fait un objet à la fois nouveau et séditieux (le cinéma est interdit en Arabie Saoudite). Le fait qu’il soit réalisé par une femme est en soi un petit exploit dans un pays où celles-ci ne se montrent pas, la réalisatrice a même dû diriger les scènes d’extérieur depuis un camion ! Wadjda, douze ans, habite la banlieue de Riyad, met des Converse quand les autres filles portent des souliers vernis et souhaite s’acheter un vélo pour faire la course avec son voisin. Sauf qu’elle manque d’argent, et que les filles ne sont pas censées faire de la bicyclette. Cette envie est la trame du film, et le récit très simple suit la jeune fille dans sa quête.

« Il y a des hommes qui nous regardent, les filles bien élevées vont à l’intérieur »,

On découvre une frange de la société saoudienne à partir d’une maison bourgeoise et d’une école de filles. La religion joue un rôle prégnant dans leur vie et constitue un code moral rigoureux à respecter . La crainte de la police des mœurs et l’autocensure concerne tout le monde et chacun a à redire sur les agissements des femmes et l’éducation des filles. Les bruits de voisinage alimentent cette atmosphère délétère. Evidemment la séduction est pourtant aussi présente que nulle part ailleurs.

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Dehors, on découvre la banlieue en construction constante. Celle-ci est peuplée d’ouvriers du bâtiment, recouverte de graviers, étouffée de soleil et poussière. On sent la proximité avec le désert. Le noir des abayas (les voiles longs qui découvrent juste le visage) des femmes se détache sur le beige des façades. Les plans sont simples et efficaces, les couleurs très belles, la lumière réaliste et les flous bien utilisés (mention spéciale pour les plans de nuit).

On ne s’attache pas forcément beaucoup aux personnages (en cela Wadjda s’apparente au film Les Femmes du bus 678 sorti l’année dernière). Et pourtant les relations entre la fille et la mère d’une part et Wadjda et son voisin d’autre part sont plutôt touchantes. C’est probablement cette approche simple, réaliste, et qui ne cherche pas le tragique qui donne sa justesse de ton à Wadjda, et ce même si les mauvaises langues peuvent dire que le film est un peu manichéen.

Pour le personnage sur-mesure de presque-adolescente fière et déterminée, pour le portrait de la vie quotidienne des saoudiens et aussi pour la peinture amoureuse des paysages urbains et des intérieurs d’Arabie Saoudite, Wadjda est à conseiller.

Julie Henches

Titanic

Gangster Squad, de Ruben Fleischer

Sean Penn, Ryan Gosling, Dion Beebe, le chef op’ oscarisé qui avait illustré avec justesse le Los Angeles de Michael Mann dans les élégants Collateral et Miami Vice, autant de raison d’attendre de Gangster Squad un divertissement efficace, si ce n’est une bonne surprise. Remake inavoué (et même carrément pompé) des Incorruptibles dans le Los Angeles de la fin des années 1940, Gangster Squad apparaît néanmoins dès les premières scènes être au film noir ce que le dernier Marc Lévy est au roman d’analyse.

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Dire que le scénario est convenu serait un euphémisme, la palanquée de clichés qui sert de personnages au film, d’un Sean Penn venu toucher son cachet en singeant Tony Montana, aux braves Brolin et Gosling, réalisant l’exploit d’utiliser une seule expression faciale, à deux, tout au long du film, se débat donc dans une laborieuse histoire de vendetta mafieuse. Pas d’inquiétude, les autorités sont corrompues, les méchants très méchants, Sean Penn tue un innocent à chaque scène afin de le prouver, mais heureusement les gentils sont très gentils, meurent parfois aux sons des violons en faisant passer la dernière performance de Marion Cotillard pour de l’Actor Studio, et à la fin ils gagnent.

On en sort confus. Le réalisateur a-t-il cherché à berner son monde en réalisant à l’insu de ses producteurs une parodie ? Il semble bien que non, et si l’on ne peut recommander ce long-métrage aux ficelles usées et usantes, on ne vous cache qu’il réserve, par sa naïveté involontaire, de sacrés éclats de rire.

Samuel Belfond

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