Vie du campus

2 crédits ECTS pour l’engagement associatif : désaccords syndicaux

NDEn décembre, à la suite d’un vote très serré, le syndicat Nouvelle Donne a obtenu que 2 crédits ECTS puissent être accordés aux responsables associatifs. Mais le débat fait rage dans le local syndical à ce sujet : tous les autres syndicats sont contre.

En effet, le vote fut très serré : avec 6 voix contre 5 (2 Nouvelle Donne et 4 professeurs vs 3 Unef, 1 Cé et 1 Interzaid), ce n’est qu’au dernier moment que la balance a penché en faveur de cette réforme, grâce à la procuration inattendue d’un professeur. Voici le point sur la réforme de Nouvelle Donne et les critiques qui lui sont adressées.

Nouvelle Donne et les crédits ECTS

La proposition initiale de Nouvelle Donne était de permettre la valorisation et la reconnaissance de l’engagement des étudiants de Sciences Po. Non seulement l’engagement associatif prend beaucoup de temps, mais il a aussi un véritable aspect formateur (créativité, responsabilités, adaptation…) qui serait ainsi reconnu via cette décision.

Lors de la semaine de reconnaissance des associations, Nouvelle Donne s’est toutefois assuré de la popularité du projet, et a sondé les associations : sur 41 associations interrogées, 39 ont trouvé que c’était une bonne idée. De même, le syndicat a fait signer une pétition : en une journée, ils ont obtenu 741 voix en faveur de ce projet. Il ne s’agit toutefois pas d’un projet nouveau, totalement inédit. En effet, le système étant reconnu par l’Union Européenne, de nombreuses universités proposent déjà 2 à 3 crédits ECTS pour l’engagement associatif, comme Paris III, Paris V, Paris VII, Strasbourg, Bordeaux II, etc.

Concrètement, comment cela se passe ? Sur le modèle des universités qui donnent des crédits associatifs, Nouvelle Donne propose la création d’une Commission de validation des acquis de l’expérience associative. Les associations devront en début d’année (après avoir été reconnues lors de la procédure de reconnaissance à Sciences Po) déposer un dossier, avec le nom des membres actifs proposés pour les crédits, mais aussi des objectifs précis. La Commission validera ces objectifs ou demandera des corrections, puis en fin d’année, verra s’ils ont bien été atteints.

En ce qui concerne les élus syndicaux, il faudra qu’ils soient présents à au moins 80% des conseils et commissions pour avoir les crédits. Pour les associations liées à un parti politique, seulement les 3 responsables du bureau pourraient profiter de cette réforme.

Toutefois, la proposition finalement adoptée est quelque peu réduite : des 3 crédits initiaux proposés, seuls 2 sont acceptés (par an). De plus, seulement les membres statutaires du bureau sont éligibles (et non les membres actifs, ou les militants syndicaux). Nouvelle Donne n’est donc pas pleinement satisfait de la réforme finale et a dans ses futurs projets l’objectif d’élargir à plus de personnes la possibilité de demander ces deux crédits. Le syndicat milite aussi pour la possibilité de faire des projets collectifs associatifs et l’aménagement des horaires pour les activités parallèles.

Le débat fait rage au local syndical

Les autres syndicats se sont tous positionnés contre cette réforme. Voici un aperçu des accusations portées à Nouvelle Donne et des débats engendrés par la réforme.

Tout d’abord, un des grands reproches adressés à Nouvelle Donne a été d’avoir fait voter cette réforme juste avant les élections syndicales (qui auront lieu en janvier 2009 ndlr), et qu’il s’agit donc d’une mesure purement électoraliste, pour que tout le monde soit content. Le porte parole de Nouvelle Donne, Matthieu Creux, rétorque que cela fait 2 ans qu’ils tentent de faire voter cette réforme, une réforme qui, par ailleurs, a déjà été dans les agendas de l’UNI (il y a 5 ans). Selon lui, le problème est donc que les autres syndicats ne voulaient pas que la réforme vienne de Nouvelle Donne, d’où leur opposition.

Mais, pour aller plus loin que ce simple débat sur la forme, qu’en est-il sur le fond ?
La plus grosse critique est morale : l’engagement personnel n’a pas à être rétribué selon SUD. L’UNEF complète en disant que l’on s’engage pour une idéologie. La logique même d’un engagement associatif est désintéressée. On s’engage pour une cause, gratuitement. Accorder des crédits remet en question l’engagement purement gratuit. SUD ajoute qu’il ne faut pas institutionnaliser l’engagement, Nouvelle Donne réplique que cela peut être bien de l’encourager, le valoriser. Mais selon Manon Aubry, porte-parole de l’UNEF, l’engagement valorise déjà, en faisant la différence sur le CV, et « le fait même se s’engager sans recevoir aucune contrepartie, c’est à dire de s’engager bénévolement, fait partie de la formation que procure le milieu associatif, c’est à dire savoir choisir entre une activité intéressée et une activité qui ne l’est pas, savoir partager son emploi du temps en fonction de cela, et parvenir à faire vivre harmonieusement ces deux activités« .

Les syndicats ont aussi peur que les étudiants commencent à s’engager pour les crédits et non pour une réelle cause associative. Mais Matthieu Creux souligne le fait que cela ne rapporte que 2 crédits par an, et seulement au bureau, ce qui limite fortement cette possibilité d’engagement « pour les crédits ». « Ce serait ainsi comme le sport, facultatif et crédité« , ce à quoi Manon Aubry répond que dans ce cas, « l’attribution de crédits ECTS à l’activité associative ne fait que transformer l’engagement associatif des étudiants en option pédagogique, à l’image du Latin ou du Grec, ce qui est loin de les préparer à réaliser leurs choix futurs entre activités citoyennes et activités professionnelle« .

Selon l’UNI, « c’est scandaleux que Nouvelle Donne monétise l’engagement personnel« , ce à quoi Nouvelle Donne répond que c’est plus dans un esprit « on sait que c’est dur, donc on vous aide« . Toutefois, si l’UNI marque son opposition à la réforme, on ne sait s’il s’agit d’une conviction profonde. En effet, Nouvelle Donne se défend en disant que cette réforme laisse la liberté aux associations de choisir. A la question « l’an prochain, les prendrez-vous, ces crédits ?« , l’UNEF et SUD déclarent qu’ils refuseront. En ce qui concerne l’UNI, pas de réponse franche et directe. Donc, l’UNI serait par principe contre la réforme, mais maintenant qu’elle est passée, autant l’utiliser !

Enfin, les détails pratiques sont soulevés. Il n’est pas juste selon l’UNEF que seul le bureau statutaire puisse avoir 2 crédits, et pas les autres. Manon Aubry souligne cette injustice, disant que dans les syndicats, les militants sont très actifs, souvent autant que le bureau, alors pourquoi rétribuer les uns et pas les autres ? Elle propose ainsi comme alternative la possibilité de faire des projets collectifs dans le cadre d’une association. En outre, certaines associations ne sont pas très actives, il serait donc injuste qu’elles puissent avoir 2 crédits pour avoir fait beaucoup moins que d’autres. Ainsi, la réforme semble injuste et inégale dans la pratique.

Le mot de la fin ? Valorisation de l’engagement versus désintéressement total, à chacun de choisir son camp.
Et Matthieu Creux de conclure : « ce qui n’est pas gratuit ne vaut rien, mais fait du bien ! »

Le débat reste ouvert !

22 Comments

  • Eve

    Pas besoin d’etre aussi agressif. Surtout si c’est pour esquiver les vraies question de fond posees par Gwenole: a quoi ca sert DEUX credits ECTS?
    La definition des « objectifs » de l’association, ce n’est pas un droit de regard de la direction sur la vie associative? Rappelle toi, ND a longtemps prefere le statut associatif au statut syndical, qu’est ce que ces credits auraient implique pour vous?
    Et enfin comment faciliter la vie associative sans augmenter les moyens et en ajoutant des contraintes bureaucratiques?

  • Matthieu (Nouvelle Donne)

    Bon, Gwenolé, c’est pas grave, t’as rien compris à la nouvelle créditation de l’engagement citoyen.

    Pour les syndicats, c’est en fonction de la présence, pas de ce que tu fais. 80 % de présence en conseil et si tu es volontaire, tu peux recevoir les crédits.

    Donc jamais on me dira « d’éviter de prendre position sur l’explosion des frais d’inscription ».

    Tu repasses quand tu as compris le truc ?

  • Gwenolé

    C’est bien du Nouvelle Donne : le prototype d’une réforme inutile. On en fait quoi, des deux crédits, on les porte au revers de la veste pour faire chic en soirée ?
    Ca ne permet pas de rattrapper un cours, ça ne permet pas de mieux s’engager puisqu’au contraire ça ajoute du travail bureaucratique pour aucun résultat, et ça donne à l’administration un droit de validation des projets associatifs. Et encore, ce qui est gênant pour les associations devient scandaleux pour les syndicats : les élus des étudiants devraient aller quémander des crédits à ceux-là même auxquels ils sont parfois amenés à s’opposer dans leur fonction ??
    « Monsieur Creux, vous voulez vos deux crédits ? Vous feriez peut-être mieux d’éviter de prendre position sur l’explosion des frais d’inscription… ».
    Si on voulait vraiment aider à l’engagement associatif, on améliorerait les moyens (procédures de subvention moins bureaucratiques, amélioration des moyens d’information à destination des étudiants, élargissement des créneaux banalisés, mise à disposition de vrais locaux et de matériel…). Evidemment, c’est plus difficile à obtenir qu’un nouveau hochet.

  • Benedicte

    L’important, c’est de pouvoir prouver que l’on s’est engagés, de l’avoir écrit sur le CV, et de savoir parler de notre engagement… les crédits ECTS, c’est vrai que ça risque de faire un peu « engagement intéressé »… Mais au final cela ne changerait pas grand chose, qu’on les accepte ou non.

  • Matthieu

    Gabriel, ce processus est volontaire. Si tu es responsable associatif, et que tu ne veux pas profiter de cette possibilité qui t’est offerte de recevoir des crédits ECTS, tu pourras rester en dehors de ce dispositif.

    Le premier critère pour recevoir des crédits ECTS, c’est d’être volontaire…

  • Gabriel

    En tant que responsable administratif, j’affirme moi aussi mon désaccord avec la réforme votée.
    De nombreuses questions restent en suspens comme les modalités d’évaluation, les injustices…mais je ttrouve que cette réforme fait peser un poids démesuré aux responsables associatifs en les intégrant au système universitaire. Fixer des objectifs et s’y tenir pour obtenir une bonne note, voilà qui, à mon avis, trahit l’engagement associatif et désintéressé, pour se lancer dans une course effrénée aux résultats.
    Et quels objectifs fixer? Un nombre d’adhérents pour un parti politique, de représentations pour une troupe de théâtre, de gâteaux vendues pour les autres…? Non, cette réforme, passée en douce, n’a aucun avenir.
    En tout cas, je refuserai toujours mes deux crédits, même si mon travail est jugé excellent.

  • La grosse roberte

    « idéologie: mot servant à la branlette intellectuelle sur un site internet alors que ça n’a aucun interet parce que l’enjeu de l’article n’est pas là »

    signé: Moi.

  • Hrn

    @Larousse 2004 :

    « Une idéologie est un complexe d’idées ou de représentations qui passe aux yeux du sujet pour une interprétation du monde ou de sa propre situation, qui lui représente la vérité absolue, mais sous la forme d’une illusion par quoi il se justifie, se dissimule, se dérobe d’une façon ou d’une autre, mais pour son avantage immédiat. »

    Karl Jaspers

  • Lucas

    Oui mais dans quelle mesure « ce bras sur lequel s’accouder » ne fait-il pas perdre à un engagement associatif ce qu’il a plus formateur, à savoir l’apprentissage de la gestion de son emploi du temps entre des activités intéressées correspondant à notre carrière, et des activités bénévoles correspondant à nos valeurs?

    Comme ceci a été dit plus haut, en créditant l’engagement associatif, on relègue celui-ci au rang de matière enseignée.

    Si avoir une activité associative importante permet de créditer son année, plus besoin de réaliser autant d’efforts… Si on a besoin de cette accréditation maintenant, à Sciences Po, avec un emploi du temps d’étudiant, pour s’engager dans une association, autant dire que notre engagement risque d’être bien mince une fois dans la vie professionnelle. L’employeur lui ne va pas augmenter votre rémunération parce que vous faites telle ou telle chose à côté du boulot!

    Enfin j’ai du mal à voir en quoi « les barrages à l’entrée pour recevoir ces fameux crédits ECTS » empêche le clientélisme. Oui il faut monter le projet, donner des objectifs, etc… Il faut faire un beau travail bureaucratique en définitive. Mais une fois ces étapes franchies, ce travail bureaucratique accompli, rien ne nous dit que les statutaires vont avoir une vraie activité. Les associations où les statutaires n’en font pas plus que les simples membres actifs, ça existe. D’ailleurs dans le projet initial de ND, l’accréditation des engagements associatifs, qui se voulait beaucoup plus généreuse, avait justement pour but d’augmenter le nombre de personnes présentes dans le milieu associatif. A partir de quand l’encouragement devient du clientélisme ?

  • Matthieu

    Longue vie(ville) à Etienne !

    Il ne s’agit pas d’amener le clientélisme à Sciences Po. Il y a tellement de barrages à l’entrée pour recevoir ces fameux crédits ECTS qu’ils ne pourront toucher que les vrais engagés, pour les soutenir en quelque sorte.

    Il faut s’engager dans une association, l’avoir fait reconnaitre par 100 étudiants (désormais), faire partie des membres du bureau, avoir un projet annuel, établir des objectifs concrets de travail, les respecter, s’y contraindre, déposer des dossiers pour avoir ces crédits…

    Bref, pour ces responsables associatifs, ces crédits ECTS sont comme un bras pour s’accouder, mais pas des jambes pour marcher. (sic)

    Matthieu

  • Larousse 2004

    « Système d’idées générales constituant un corps de doctrine philosophique ou politique à la base d’un comportement individuel ou collectif »

    doctrine philosophique ou politique : idées, idéaux, valeurs etc., qui sont « à la base d’un comportement » : l’engagement syndical, associatif et/ou politique.

    CQFD.

  • Etienne

    Nouvelle Donne vient d’inventer le clientélisme à Sciences Po. On ne connait toujours pas leur position officielle sur les droits d’inscription (pour? contre? pour sous reserve?) alors pour manquer leur incapacité à parler de ce sujet, ils essayent d’acheter le vote des responsables associatifs par des crédits.

    On n’en veux pas.

  • Joe Chip

    « le syndicat ND » => haha ND est une secte, c’est pas pareil
    « l’engagement associatif prend beaucoup de temps » => re-haha dans la plupart des assoc’s à Pipo (et à ND)
    « 741 signatures en 1 journée » => MEGALOL faut arreter la fumette… et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu…
    « P3, P5, P7, Strasbourg » que des facs super progressistes tout ça… manque plus que P2, P9 et lyon 3

    « le débat fait rage au local syndical » => de fait, non, y’a que l’unef qui milite et donc qui occupe le local

    « idée déjà dans l’agendas de ‘luni il y a 5 ans » comme quoi ND n’a jamais d’idées toute seule, contrairement à ce qu’en dit leur tract de rentrée

    sinon les arguments de la fin de l’article sont tout à fait exacts

  • Arnaud

    Merci pour cet article, relativement complet et brossant bien la question. Néanmoins il reste à mon sens quelques problèmes pratiques concernant cette validation des crédits.

    La première interrogation réside dans le moyen d’évaluation des associations : en effet, comment vérifier si les objectifs d’une association de soutien scolaire ou si ceux du Centre St Guillaume ont bien été atteints ? Certaines associations ne peuvent pas poser de conditions objectives d’évaluation, et pourront donc de fait se trouver exclues de ce système. Pour autant elles pourront faire un traavail extremement formateur, utile, efficace etc. Au delà du quantitatif, il y a aussi le qualitatif !

    Enfin, seules les associations recconnues à Sciences Po peuvent bénéficier de ces crédits. Pourtant toutes amènent des compétences, favorisent le travail d’équipe, ont leur utilité etc. Il y a là une inégalité profonde entre les associations pouvant être recconues à Sciences Po et les autres.

    Ne vous inquiétez pas, l’engagement est valorisé, et un jour ou l’autre l’expérience extra-scolaire fera la différence. Mais on ne s’engage pas pour valider une année !

  • W

    ND aurait tout de même pu insister pour que les crédits soient cumulables pour les personnes présentes dans différents bureaux, non ? Histoire d’arriver avec 4, 6 crédits (ou plus). Un engagement associatif à 8 crédits, ça vend du rêve. Ca incite même à vendre des gâteaux en péniche.

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