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Succès grandiose pour le Festival du film asiatique de Deauville

Les journalistes havraise au Festival du Film asiatique de Deauville.

On vous a déjà dit la dernière fois que Le Havre c’était cool. Préparez-vous à baver encore une fois : voilà maintenant plusieurs années que le campus Europe-Asie a un partenariat avec le festival du film asiatique de Deauville. Ainsi pour l’occasion le campus ferme ses portes et les cinéphiles peuvent aller à Deauville gratuitement avec des pass qui leurs sont réservés. Une occasion inouïe pour tous ceux qui souhaitent rencontrer des réalisateurs et assister à des films en compétition venus de toute l’Asie ! Notre équipe s’est rendue sur place pour couvrir l‘événement du mieux possible. En fin d’article nous vous présenterons nos coups de cœurs, ces films qui nous ont marqué et que nous recommandons à tous les curieux de l’Asie !

Notre magnifique BDA, représentant de la girl’s power au cocktail d’ouverture

Pour sa quinzième édition, le festival du cinéma asiatique s’est centré sur la Chine. Cependant, le festival s’est ouvert avec la projection du film « Mai Ratima » du réalisateur coréen Yoo Ji Tae. Acteur reconnu dans son pays, c’est avec fierté qu’il a présenté l’avant-première de son tout premier film en tant que réalisateur. Ce film raconte l’histoire difficile d’une immigrée thaïlandaise qui est le souffre douleur de sa belle famille. Elle rencontre alors un homme avec lequel elle s’enfuit à Séoul, où ils sont contraints de vivre dans la rue. Ce film traite du sujet des immigrés en Corée, mais également des difficultés qu’one les jeunes coréens à rejoindre le marché du travail. Ce film a été récompensé par le Lotus du Jury (prix du jury).

Yoo Ji Tae lors de l’avant première de son nouveau film « Mai Ratima »

Trois de nos camarades havrais ont pu accueillir Yoo Ji Tae sur le tapis rouge et également obtenu des autographes. « Nous avons pu l’approcher, ce qui aurait été impossible en Corée, vu que c’est une grande star. Ici, nous étions les seuls fans à l’avoir attendu sur le tapis rouge ». Souhaitons à Yoo Ji Tae de réaliser d’autres bons films et de jouir d’une notoriété internationale à l’avenir.

Trois de nos compatriotes havrais avec le réalisateur Yoo Ji Tae

Là où certains fous enchaînaient les séances sans répit, d’autres ont préféré profiter de la ville et surtout de la plage. La Normandie, habituellement connue pour son temps pourri changeant, a su se montrer séduisante sous un soleil radieux pendant tout le festival. Nous avons donc pu fantasmer sur les boutiques de luxe qui pullulent dans toute la ville, penser à Un homme et une femme en flânant au bord de la mer et également pu nous prendre pour des stars en nous approchant des cabines d’essayages de grandes personnalités du 7ème art.

La remise des prix

La remise des prix, qui s ‘est déroulée dans une sale absolument immense et pourvue des sièges parmi les plus confortables du monde, était tout simplement impressionnante, la présence d’invités et de réalisateurs prestigieux accentuant l’ambiance solennelle de la cérémonie. L’une des particularités du festival étant son ouverture au public, l’annonce du palmarès cette année revêtait aussi une ambiance particulière étant donnée que c’était la première édition où le Prix du Public allait être attribué. C’est le philippin Vincent Sandoval qui l’a reçu pour Apparition, film traitant du début de la dictature Marcos depuis le huis-clos d’un couvent. Le Prix Lotus Air France de la Critique est lui allé à Taboor, de Vahid Vakilifar, où l’on découvre un héro perdu dans un Téhéran dévastée par un virus mortel. Fait exceptionnel, deux films ont cette année remporté le Prix du Jury, Four Stations de Boonsong Nakphoo et Mai Ratima de Yoo Ji-tae. Le premier film suit un train aux quatre coins de la Thaïlande en même temps que les douloureuses histoires des personnages le voyant poursuivre sa route, et le deuxième raconte l’histoire d’une thaïlandaise qui ayant contracté un mariage en Corée du Sud se retrouve prise au piège de ce qu’elle espérait être un monde meilleur. Enfin, le Prix du Meilleur Film a été attribué à Kamal K.M. pour son film I.D., qui retrace le parcours d’une jeune indienne cherchant à tout prix à retrouver le nom d’un travailleur illégal mort par accident chez elle.

Les membres du Jury entourant V. Sandoval, Yoo Ji-tae, Vahid Vakilifar et Kamal K.M.

Si les films ayant remporté un prix lors de ce 15ème Festival du Film Asiatique de Deauville ne peuvent paraître lié que par leur continent d’origine tant les histoires qu’ils dépeignent et les thèmes abordés diffèrent, ils se rassemblent néanmoins sur un point. La quête identitaire de l’Asie et de ces habitants, de l’Iran à la Corée du Sud, se retrouve toujours dans ces films, d’ou le devoir de mémoire face à l’horreur de l’homme confronté à la mort, en passant par un constat de la pauvreté, c’est l’image d’une Asie paradoxale et bipolaire qui nous est livrée. Quelle soit juste où non, elle nous laisse entrapercevoir un continent riche et complexe, mais qui se cherche encore et s’ignore en parti.

Par Aurore Gayte.

Nos coups de cœurs

The Land of Hope (希望の国) – Sono Sion – Japon – 2012
Sortie prévue en France le 24 Avril 2013 – Hors compétition

Note : 9/10

Synopsis : Un tremblement de terre frappe le Japon, provoquant un tsunami et l’explosion d’une centrale nucléaire. Sans donner d’explications, les autorités évacuent les habitants vivant dans un périmètre de 20 km autour de la centrale. Le film va alors suivre l’histoire de trois couples : un couple de vieux paysans déterminé à rester sur ses terres, un couple d’adultes qui s’apprêtent à avoir un enfant et un couple de jeunes adultes à la recherche des parents de la jeune femme, portés disparus depuis le tsunami.

Critique : Ce film est tout simplement un chef d’œuvre, et en tant que métisse japonais, je n’ai pas pu retenir mes larmes pendant tout le long du film. Sono Sion délaisse sa folie et son excentricité habituelle pour produire un drame poignant. Traitant d’un sujet encore difficile à assumer pour les japonais, ce film raconte des histoires réelles et ordinaires pleines de poésie et de désespoir. Ce film est une révolte, une critique d’une réalité dure à accepter : comment les autorités et les médias ont pu censurer à tel point un événement pareil ? Comment peut-on continuer à vivre normalement dans l’angoisse de la menace invisible de la radioactivité ?
Sono Sion réussit cependant à laisser une lueur d’espoir : le monde reste beau, et il faut survivre. Un film qui ne laisse pas indifférent et qui a ému le public. Un grand merci et bravo au réalisateur.

Points forts :
-Le traitement réaliste du sujet
-L’émotion qu’il provoque
-Le jeu des acteurs (mention spéciale à l’acteur qui joue le rôle du grand père)

Point faible : Le film est long (2h13) et un peu lent à certains moments

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=5P_CXikNkoo

Par Natsuki Lambert.

Caught in the web (搜索) – Chen Kaige – Chine – 2012
Sortie prévue en France indisponible – Hors Compétition

Note : 7,5/10

Synopsis : Ye Lanqiu vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer grave. Déprimée, elle refuse sèchement de donner sa place à un vieil homme dans un bus. Malheureusement une jeune journaliste filme la séquence et la diffuse à la télévision. Une polémique éclate, et Lanqiu se retrouve harcelée, ce qui l’affecte durement dans sa vie professionnelle et personnelle.

Critique : Encore une bonne surprise ! Ce film traite d’un problème qui affecte de plus en plus nos sociétés modernes : le lynchage médiatique et son pouvoir destructeur. Ce film nous permet également à nous, occidentaux, de découvrir une société chinoise moderne qui fait face à de nouveaux défis avec l’émergence des nouvelles technologies. Une grande force de ce film est sa progression. Il commence lentement sur un ton comique, et au fur et à mesure que l’intrigue avance, le ton est de plus en plus grave et pesant (rappelons que Lanqiu craint également les symptômes de son cancer). On peut donc facilement l’assimiler à une rumeur : peu répandue et drôle au début, connue de tous et lourde de conséquences à la fin. Un film qui a reçu un tonnerre d’applaudissements en salle.

Points forts :
-Une fin inattendue et époustouflante.
-Bon jeu des acteurs
-Film très dynamique

Point faible : Plusieurs intrigues se mélangent, ce qui rend parfois le film difficile à suivre

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=OyouKr5OndQ

Par Natsuki Lambert.

Happy Together (春光乍洩) – Wong Kar Wai – Chine – 1997

Note: 9/10

Synopsis: Un couple homosexuel Hongkongais part vivre en Argentine dans les années 90’s. Après leur séparation, Lai (joué par Tony Leung) tente de repartir sur un bonne note en prenant un poste dans une boite de nuit locale. Ho (joué par Leslie Cheung) enchaine les “one-night stands” sous les yeux de Lai. Rattrapé par des problèmes d’argent, Ho se réfugie un soir chez son ex-compagnon, et c’est ainsi que Lai se retrouve à vivre avec son tourmenteur de nouveau. La relation entre les deux oscille entre amour et haine, et dans ce contexte, Lai rencontre Chang, un jeune collègue Taiwanais avec lequel il va pouvoir s’extirper de l’ombre oppressante de Ho.

Critique: Excellent film. L’Histoire amoureuse entre Ho et Lai est d’une intensité parfois dérangeante, d’une violence irrationnelle révélatrice des malaises entre les deux hommes. Le film réussit à retransmettre toute la complexité de leur relation sans se reposer sur l’idée que “les homosexuels sont différents”. En effet, le succès de ce chef-d’oeuvre est de dépeindre de manière vivace les débattements émotionnels des personnages sans donner de crédit à leur homosexualité. Celle-ci n’est qu’une toile de fond. Le but du film est vraiment de mettre en valeur la libération graduelle de Lai, coincé dans cette relation destructrice et addictive. Le subtil passage du noir et blanc à la couleur permet d’accompagner Lai vers la réalisation de sa condition. Toute la souffrance et la violence exprimée nous laisse certes secoué à l’issue du film, mais c’est là sa beauté, alliance parfaite entre la maestria de Wong Kar Wai et le talent de Tony Leung.

Points forts :
-La qualité esthétique des plans importants
-La bande sonore
-Le jeu linguistique espagnol-cantonais

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=cMx0UgohOfE

Par Julien Vincelot.

Wong Kar Wai (王家衛)

C’est naturel que le festival de Deauville ait choisit cette année de rendre hommage au renommé Wong Kar Wai, dans le cadre de son édition sur la Chine. Pour sa première fois à Deauville, Wong Kar Wai nous présentait The Grandmaster (一代宗師), un impressionnant chef- d’œuvre d’art martial chinois dans le contexte de l’invasion japonaise des années 30. L’agonie de la longue tradition des arts martiaux à cette époque est traduite par le conflit sur l’héritage honorifique de maitre Gong, opposant sa fille Gong Er et son meilleur élève, Ma San.

Outre des scènes de combats d’une qualité époustouflante, notamment sous la pluie, où le jeu sur la vitesse des images mets en valeur l’esthétique de l’élément aquatique, les dialogues sont hypnotisants de concision. Un chef d’œuvre linguistique, pour tout sinophone cinéphile. Le réalisateur Hongkongais, né à Shanghai, est donc parvenu à réaliser un film d’art martial qui dépasse son propre genre pour aller jusqu’à conquérir un public beaucoup plus large, pendu aux belles lèvres de Gong Er, ou contemplatif de longs silences tendus.

Mais le plus incroyable chez Wong Kar Wai, à part les lunettes qu’il porte en permanence, c’est encore la variété de ses productions. Toujours d’une beauté époustouflante, dans des contextes et des styles très différents. Happy Together, 2046, In the Mood for Love ou Chungking Express contribuent avec bien d’autres à la renommée du cinéma chinois.

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