Vie du campus

SciencesPo et sa foule d’archétypes

Claude Levi Strauss
Cet article a bien entendu un objectif de vérité complète et absolue : l’auteur a effectué un travail scientifique de recherche très minutieux dans une optique universelle. Ainsi, les conclusions auxquelles nous arriverons seront entièrement vérifiables, anti caricaturales et d’un sérieux à toute épreuve. De cette manière l’auteur prévient toute tentative de mise en doute de sa démarche scientifique, de sa prose, ou même de son jugement sur la société, le monde ou l’univers.

Sciences Po, sa faune, sa flore (on peut malheureusement considérer certains de nos camarades comme des légumes, particulièrement après la dure nuit blanche passée à ruminer sur un exposé long et incompréhensible sur un sujet aussi passionnant que la socio-genèse du carnet anthropométrique des nomades) est particulièrement variée et témoigne d’un véritable écosystème, à part dans le monde estudiantin.

Jean SarkozyL’espèce d’étudiant la plus sombre, peut être même la plus incompréhensible pour un non initié, c’est l’ « engagé ». Sublime futur de la vie politique, l’engagé veut faire le master Affaires Publiques. L’engagé est encarté, connaît tout le gratin, il distribue des tracts sur les marchés et voue une adoration occulte à son ministre/sénateur/maire/préfet /voisin de palier de tutelle. L’engagé a des amis qui sont engagés eux aussi, il ostracise de son groupe les « sans opinions » et les gens plus hésitant. En effet, ces derniers ne peuvent pas suivre ses conversations passionnantes sur la dernière en date de Michel Panurge, « dircab » du sous secrétaire d’Etat aux petites routes de campagnes et aux chemins forestiers, ou encore les débats passionnants et plein de fond sur la fin de notre démocratie. L’engagé veut être éligible et présidentiable, donc il soigne son image. Son compte Facebook est réglé au millimètre, et le pauvre être qui ose agrémenter ses statuts de « laul » ou de si peu d’ironie se voit implacablement censuré. L’engagé a un compte Twitter. Il tweet ses réunions au ministère, suit la moitié bankable de son parti, va aux universités d’été et retweet les élus. L’engagé ira parfois jusqu’à faire disparaître les éventuelles preuves pouvant mettre en danger sa brillante carrière. Il est impitoyable. Si vous n’avez pas d’engagé dans votre triplette/conférence/cours de métaphysique en politique inversée, vous avez sans doute raté votre scolarité à SciencesPo.

Wen the SaintLa seconde catégorie non moins obscure dont SciencesPo recèle est « l’anesthésié de travail », cet être travailleur et délicat, plein de bonne volonté qui s’assoit aux premiers rangs des amphis, même le vendredi matin à 8h. Il aime faire des codes couleurs sur ses cours et sait faire un tableau sur Word. Ses cours sont des merveilles de construction et de joliesse. Il les tape à une vitesse supersonique, puis les reprend chez lui avec amour. Il est généreux et veut faire partager son amour de la connaissance a tous. Ainsi ses cours, fruits d’heures de labeur sont partagées à grand renfort d’ENTG à la moitié de la promotion. Offerts à des êtres sans compassion qui n’ouvriront le document qu’à la veille du partiel pour un coup d’oeil transversal, ignorant de l’engagement mis dans ce qu’ils sont en train de lire. L’anesthésié de travail traverse le jardin pour aller à son cours de métaphysique comparée portant sur ses frêles épaules le poids de son Summa Cum Laude durement gagné. L’amour que l’on a pour lui est plus ou moins immense selon qu’il nous donne ses cours d’amphi ou qu’il passe en exposé pendant 20 longues minutes d’un monologue sordide.

Cathy DavidA l’opposé complet de l’anesthésié de travail se trouve une catégorie assez attachante de personnes le « minet BDE ». Il ne fait toutefois pas partie du Bédéheu. Cet étudiant a souvent vu sa vie nocturne commencer lors de son entrée à SciencesPo, lorsqu’il a découvert le monde de la nuit pendant la soirée d’intégration. Il a alors trouvé sa passion : il sera un « partyeur ». Il a fait toutes les soirées proposées par SciencesPo, danse en pointant des doigts et parle un mélange étrange de franglais qui empêche les intrus de le comprendre. Le minet BDE s’est essayé à la dure profession de DJ, cependant il semble que seul le BDE accepte de l’engager, et encore parce que c’est un copain. Le minet BDE adoooore sortir et gâcher sa jeunesse dans les quartiers mal famés de la capitale, il va donc dans des endroits peuplé de clubbeurs consanguins comme lui. Il commence donc sa soirée chez Moune où il reste 20 minutes parce que finalement c’est tellement « overated », pour ensuite aller au Silencio, nouveau bar de David Lynch avant de se faire recaler par un « C’est pas possible » du videur au profit de hipsters moustachus et de mannequins au crane rasé parce que finalement, il a une tronche d’étudiant.

TouristeL’ « international ». Il est paumé, et ne sait pas trop s’il est en master ou en deuxième année. Il s’avère être parfois difficile à comprendre lorsqu’il est hongrois, turc ou australien, et que malgré son excellente maitrise de la langue anglaise, son accent le rend incompréhensible pour tout franchouillard n’ayant jamais vraiment dépassé le niveau 3 en anglais. On plaint tout de même les internationaux de tout notre cœur, pauvres êtres qui n’ont pour cours que des électifs sur des sujets déviants comme l’urbanisme au XVIIIe ou encore sur « l’existence, la mort et la signification d’être humain ». Mais surtout parce qu’ils doivent supporter avoir comme Buddy un étudiant issu des catégories précédentes.

ZonardLe « zonard» est la dernière catégorie de sciences pistes que l’on peut découvrir dans les murs du 27. Il est là tout simplement. Vous ne savez pas quand est ce qu’il a cours, ni où vous l’avez rencontré. Peut être est dans les confortables canapés du bde, ou plutôt sur un banc du jardin, osant braver le froid pour fumer une clope de survie, ou même sur les banquettes en skaï du Basile autour d’une pinte rafraichissante pendant les heures d’humanités scientifiques. Il est dans toutes les associations et finalement dans aucune. On est toujours ravi de l’avoir dans sa conférence, mais un peu hésitant à accepter de faire un exposé avec lui. Finalement c’est le plus pur produit de SciencesPo. Il ouvre son réseau en bavardant d’un air assuré sur des sujets qu’il ne connaît absolument pas.

Les étudiants de SciencesPo sont donc des personnages dérangés et complètement caricaturaux. Heureusement qu’il reste une dernière catégorie qui s’assoit dans un coin, les regarde s’agiter et se bidonne.

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