Vie du campus

Pourquoi se mobilisent-ils ?

-2.jpgSciences Po occupé quelques heures mardi dernier, évacué « préventivement » deux jours plus tard, qui annule tout événement extérieur aux cours normaux cette semaine pour des raisons de sécurité… Pendant ce temps là, les AG grossissent – tout est relatif – et les départs en manifestation se poursuivent. Quoiqu’on en pense, la mobilisation des enseignants et des étudiants se fait peu à peu plus visible sein de l’institut. Mais si tout le monde a un avis sur les actions tant des grévistes que de la direction, les revendications des mobilisés sont souvent mal connues. Petit tour d’horizon des raisins de la colère à Sciences Po.

Le contrat doctoral unique
Pour Valérie Pécresse, il s’agit d’un « contrat pour les doctorants, plus simple, avec plus de garanties » et qui apporte « toutes les garanties sociales d’un vrai contrat de travail, conforme au droit public » (7/10/08). Pour d’autres, qui reconnaissent par ailleurs la nécessité de mesures pour clarifier le statut des doctorants, le texte est très insuffisant et « ouvre à toutes les dérives ». La durée du contrat pose particulièrement problème : il est prévu pour une durée de trois ans alors que les thèses se font en moyenne en 6,8 ans. Pour Hugo (SUD), « donner une date limite pour un travail qui demande une documentation longue, un travail de terrain, des voyages, c’est absurde. Ce n’est pas dans des réformes gouvernementales qu’on peut dire quelle durée doit être dédiée à une thèse tout en souhaitant des travaux de qualité ».

A Sciences Po, cette crispation autour de la durée de la thèse a connu un exemple récent avec un courrier envoyé la semaine dernière par le directeur de l’école doctorale Philippe Weil aux directeurs de thèse. Dans ce courrier, il est question de réduire « le stock d’étudiants en difficulté » en obligeant les thésards arrivés au bout des trois ans à finir leurs travaux ou aller voir ailleurs. Les élus doctorants ont réagi à cette lettre par une pétition.

La masterisation
Jusqu’à présent, la formation des futurs enseignants se faisait en quatre ans, à laquelle était adjointe une année de stage rémunéré en établissement scolaire. La masterisation des concours vise à allonger la durée d’études à 5 ans, la sanctionner d’un master, ce qui est censé garantir « une meilleure qualité de la formation des futurs enseignants, une meilleure qualité de l’enseignement délivré à nos élèves et la meilleure utilisation du potentiel de formation des universités » selon Valerie Pécresse et Xavier Darcos. L’année de stage serait supprimée, remplacée par un stage de fin d’année en dernière année de master, tout comme la formation en IUFM, les universités assurant à présent ce rôle.

Selon l’UNEF, « sous couvert d’un allongement d’un an de la durée de formation devant permettre une revalorisation des métiers, le gouvernement entend faire des économies sur le dos des étudiants. La disparition des IUFM couplée à la fin de la rémunération de l’année de fonctionnaire- stagiaire, permet au gouvernement de faire 480 millions d’euros d’économie sur le dos des étudiants. » Samuel (SUD) expliquait en AG la semaine dernière que « le gouvernement fait passer ça en disant qu’on ajoute un an d’études en plus pour mieux former les professeurs. Mais en fait, il faudrait dans la même année préparer le concours, faire un travail de mémoire pour des gens qui n’ont pas le concours et puis faire un stage en lycée ou en collège pour se préparer à enseigner plus tard. Trois tâches à faire en un an. Aujourd’hui, préparer l’Agreg ou le CAPES, c’est un an à temps plein voire deux si on ne l’a pas du premier coup ».

scpolutte.jpgL’allocation des moyens
Point relativement peu abordé, l’allocation des moyens fait aussi débat. Pour fonctionner, les universités reçoivent de l’Etat une dotation globale de financement. Jusqu’à présent cette dotation globale était calculée selon le nombre d’étudiants inscrits, selon les besoins de la filière et selon le nombre de mètres-carrés à entretenir. Désormais 20% de la dotation est calculé selon des critères de performance (taux insertion professionnelle, taux de réussite, nombre de chercheurs publiant), et 80% selon le nombre d’étudiants présents aux examens. Pour Manon (UNEF), « au lieu de financer les universités en fonction de leurs besoins, on va les financer en fonction du nombre d’étudiants présents aux examens. Or on sait bien que toutes les universités où il y a des publics sociaux, des étudiants en difficulté, c’est là où il y a le plus d’abandons alors que c’est aussi là qu’il y a le plus de besoins. Dans les critères de performance, il y a aussi le taux d’insertion professionnelle, qui diffère lui aussi énormément selon les facs ».

La LRU et le reste
Derrière les diverses revendications, la contestation loi relative aux « libertés et responsabilités des universités » (LRU) a refait jour. Pour beaucoup, c’est cette loi qui oriente les différents décrets pris par Valérie Pécresse. Pour Nathanel (SUD), « avant tout le monde, nous avons connu la LMD et la LRU, qui ont eu pour conséquence l’augmentation des frais de scolarité et l’introduction des entreprises dans Sciences Po. Nouvelle étape, « Sciences Po 2013 » réaffirme ces méthodes de management de l’Université, avec son directeur tout puissant et la hausse des frais de scolarité. Se mobiliser, c’est aussi dénoncer le « modèle Sciences Po », et affirmer notre solidarité avec les étudiants des autres Universités. » Sciences Po, le fameux « laboratoire de l’université », deviendrait alors le terrain privilégié pour contester les réformes en cours.

Par ailleurs, parmi les mots d’ordre de la mobilisation étudiante, on trouve la dénonciation des réductions d’effectifs, la contestation du désengagement financier de l’Etat de l’université, la volonté de voir chaque carte d’étudiant équivaloir à un titre de séjour pour les étudiants sans-papiers, etc. Une agrégation des revendications qui suivent toutes la même volonté d’une université gratuite et ouverte.

Tout le monde n’est pas de cet avis. Un des rares enseignants mobilisés à Sciences Po témoigne ainsi :« pour ma part, le décret reste le principal objet de désaccord. Si cette hypothèque est levée, je crois que le mouvement perdra une bonne partie de sa raison d’être – et de ses troupes. En tout cas, je ne suis personnellement pas disposé à emboîter le pas à ceux qui veulent faire de ces revendications le tremplin d’autres luttes de nature plus politique ». Il continue d’ailleurs à faire cours « par plaisir et intérêt » et trouve même « des aspects positifs dans les projets de « réforme » » mais n’en conteste pas moins « la philosophie générale de la réforme » qu’il faut « remettre à plat ».

Photos: Samuel Andre-Bercovici sur Facebook

6 Comments

  • claire

    Remarques sur la durée des thèses, et le prétendu « modèle » du PhD américain : le taux de PhD soutenu en mois de 10 ans est de 57% dans les université américaines. Ainsi, un doctorat à l’Université de Chicago se fait en 8 ans en moyenne. Ce qui nous amène à un cursus de 10 à 12 ans en incluant le master : comment espérer faire un travail de qualité équivalente en 5 ans ? Alors oui, on peut être aussi motivé au bout de 7 ans, voire plus.

  • pauline

    Maxence : « N’oublions pas le cœur du problème : les thésards allongent la durée de leur thèse pour travailler à côté. »
    Le cœur du problème, c’est la façon dont notre société envisage l’enseignement aujourd’hui. Problème de fond qui concerne tous les étudiants en France. Le gouvernement ne peut pas réformer toutes les structures publiques dans une logique « rapidité-efficacité-productivité » (mais ceci est un avis tout personnel).
    Et si les thésard travaillent à côté, il y a de fortes chances pour que cela soit avant tout par nécessité.

    « Ainsi, la qualité diminue et les étudiants, à trente ans passés, ne savent plus vers quoi s’orienter. »
    Je ne saisi pas bien le raisonnement introduit par « ainsi » : je voudrais savoir ce qui fait qu’une étude des processus rhizosphériques gouvernant la phytodisponibilité de l’uranium est moins riche aujourd’hui qu’il y 20 ans. Des chiffres, des chiffres !!!
    Quant aux étudiants qui ne savent plus vers quoi s’orienter, on pourrait imaginer deux hypothèses : celui qui a fini sa thèse a le choix de la recherche, de l’enseignement (bien que dans ce cas, il n’ait pas intérêt à ce que le gouvernement décide de réduire les effectifs des services publiques), et il peut même coupler les deux ! De toute façon, il était prévenu, on lui avait toujours dit qu’avec la recherche, il galérerait. Quant à celui qui a échoué (ou qui a changé de désir d’orientation en route), notre système actuel lui permet, s’il s’en sent le courage, de reprendre des études sur le tard. Memento audere sempe. Sinon, une seule solution : mettre des conseillères d’orientation dans les classes des touts-petits dès la maternelle. Mon chéri, tu sera chercheur, et tu réussiras !

    « Ne mélangeons pas tout. La réforme Pécresse concerne les universités. La réforme de l’école doctorale, menée par M. Weil, concerne les étudiants de Sciences Po. »
    Donc, les étudiants de Sciences Po n’ont pas à se mobiliser pour quoi que ce soit.

    « Et à Sciences Po, il ne s’agit pas de tuer la recherche, de diminuer purement le nombre de thésards ou je ne sais quoi. »
    C’est embêtant.

    « Il s’agit de créer un « PhD » sur le modèle américain : trois ans de thèse après les deux ans de master recherche. Qui peut croire qu’au bout de 7 ans de recherche, l’étudiant est aussi motivé qu’au début ? »
    Un étudiant qui ne fait pas de recherche ?

  • karine

    Les AG n’ont aucune légitimité pour décider de quoi que ce soit. Si vous voulez faire les gignols, allez le faire dans la rue mais laissez nous tranquille !

  • Lucas (UNEF)

    L’UNEF laisse rien planer du tout, ce sont les AG qui décident des actions menées.

    A ce titre tes camarades de l’UMP peuvent venir s’y exprimer et voter contre d’éventuels blocages en toute démocratie, ça sert à ça les AG!

    Sinon cool cool zen zen Maxence, lexomil te guette!

  • Maxence

    Tandis que Sud et l’UNEF laissent planer la menace du blocage, d’autres étudiants veulent réaffirmer leur liberté d’étudier. C’est pourquoi l’UMP et l’UNI ont décidé de réaliser un tract commun, distribué à partir d’aujourd’hui. L’UNI souhaite élargir ce mouvement de sorte que l’ensemble des étudiants puissent se reconnaître dans notre message : débattre oui, mais d’abord, étudier ! Refusons le blocage :

    http://www.uni-sciences-po.fr/index

  • Maxence

    « Donner une date limite pour un travail qui demande une documentation longue, un travail de terrain, des voyages, c’est absurde. » Hugo

    N’oublions pas le coeur du problème : les thésards allongent la durée de leur thèse pour travailler à côté. Ainsi, la qualité diminue et les étudiants, à trente ans passés, ne savent plus vers quoi s’orienter.

    Ne mélangeons pas tout. La réforme Pécresse concerne les universités. La réforme de l’école doctorale, menée par M. Weil, concerne les étudiants de Sciences Po. Et à Sciences Po, il ne s’agit pas de tuer la recherche, de diminuer purement le nombre de thésards ou je ne sais quoi.

    Il s’agit de créer un « PhD » sur le modèle américain : trois ans de thèse après les deux ans de master recherche. Qui peut croire qu’au bout de 7 ans de recherche, l’étudiant est aussi motivé qu’au début ?

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