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Octobre était rose à Sciences Po : retour sur la mobilisation de Cheer Up contre le cancer du sein

Tout au long du mois d’octobre dernier, l’association Cheer Up Sciences Po a mené sur le campus de Paris plusieurs actions de sensibilisation au cancer du sein. En effet, depuis 1994, le mois d’octobre, rebaptisé « octobre rose » pour l’occasion, a pour vocation d’être « une plate-forme d’information, de sensibilisation, de dialogue et de lutte contre le cancer du sein »[1].

Aujourd’hui en France, près d’une femme[2] sur huit développe un cancer du sein dans sa vie. Les hommes[3] sont également touchés, représentant un peu moins d’1% des malades. Détecté tôt cependant, le cancer du sein guérit dans 90% des cas.  C’est pourquoi l’association Ruban Rose (anciennement « Le Cancer du Sein, Parlons-en ! »), accompagnée de plusieurs autres associations telles que Cheer Up, rappellent chaque année l’importance du dépistage.

Retour sur un mois de sensibilisation, aux côtés de deux étudiantes bénévoles.

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Pénélope Lecouffe est secrétaire générale de Cheer Up Sciences Po et responsable du pôle event de l’association.

La Péniche : Est-ce que tu peux présenter Cheer Up, vos actions au quotidien ?

Pénélope Lecouffe : « Cheer Up, c’est une association qui est présente dans plusieurs grandes écoles. Elle a été créée – en 2003, ndlr. – par un jeune atteint du cancer, qui a fait le constat qu’il n’existait aucune association s’occupant des jeunes à l’hôpital. À Sciences Po, il y a cinq pôles : le pôle hôpital – ce sont ceux qui vont faire les visites –, le pôle projet – ils mettent en place des projets avec les jeunes de l’hôpital –, le pôle démarchage – pour contacter d’autres associations ou partenaires potentiels – et les pôles communication et event. Notre mission principale est de rendre visite à des jeunes (entre 15 et 25 ans) atteints du cancer à l’hôpital – à Sciences Po, il s’agit de l’institut Curie. Nous organisons également des soirées pour que les jeunes se retrouvent et les aidons à monter des projets. Par exemple, l’année dernière, un jeune voulait réaliser une exposition de photos ; à Cheer Up, nous l’avons aidé à trouver une salle, faire des photos… Du côté de Sciences Po, nous faisons également de la sensibilisation, comme par exemple lors du mois d’octobre rose, mais aussi en novembre, un mois dédié aux cancers masculins. »

LPN : Octobre rose, qu’est-ce que c’est ?

P. Lecouffe : « Octobre rose, c’est un mois de sensibilisation au cancer du sein, qui touche une femme sur huit. En tant que jeunes on a souvent l’impression que ça ne nous concerne pas, et on n’en parle pas beaucoup. À Cheer Up, on s’est dit que ça serait bien de faire une campagne de sensibilisation à Sciences Po, présenter les chiffres, comment pratiquer une autopalpation mammaire, etc. »

LPN : L’une des actions marquantes de ce mois de sensibilisation a été le collage, un peu partout sur le campus de Paris, de photographies de poitrines, destinées à attirer le regard des étudiants et étudiantes et à les sensibiliser au cancer du sein (nous y reviendrons dans une seconde partie avec Coralie Degenève, photographe de cette campagne). Quelles autres actions ont été mises en place par Cheer Up ?

P. Lecouffe : « Le pôle communication a réalisé plusieurs « visus » de sensibilisation au cancer du sein : comment se faire dépister, comment pratiquer une autopalpation, etc. Nous nous sommes aussi associés à « Fake Hair Don’t Care », une association qui récupère les cheveux coupés pour en faire des perruques. Enfin, nous avons contacté une professionnelle de la santé pour expliquer en vidéo comment se faire dépister et comment réaliser une autopalpation mammaire. »

LPN : Individuellement, comment peut-on agir en ce mois d’octobre rose ?

P. Lecouffe : « Le plus important, c’est de s’informer, de partager des informations, parce que c’est souvent un sujet qu’on survole. Tout le monde sait que le cancer du sein existe, mais il est plus rare de savoir comment pratiquer une palpation mammaire, où aller se faire dépister, etc. Ensuite, pour aider, le mieux c’est de faire des dons aux associations concernées ou aux hôpitaux. S’investir dans des actions, comme celles que nous avons organisée pour les perruques, est aussi très utile. »

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Coralie Degenève est étudiante en deuxième année sur le campus de Paris et photographe depuis une dizaine d’années. Si vous avez eu la chance d’arpenter les couloirs du 27 en ce mois d’octobre, vous avez sûrement remarqué son travail. En effet, pour Cheer Up Sciences Po, dont elle est membre depuis deux ans, cette dernière a réalisé une vingtaine de photographies de poitrines pour sensibiliser les étudiants et étudiantes au cancer du sein.

LPN : Quel message voulais-tu faire passer à travers ces images ?

Coralie Degenève : « Je voulais montrer ce qu’on ne montre pas. Il existe un vrai tabou autour des seins : ils sont rarement évoqués alors que nous sommes beaucoup à en avoir ! L’idée, c’était de dire ‘Regardez, on a des seins, vous aussi, et vous pouvez être touchés par le cancer’. Il s’agit de désacraliser la poitrine : il faut qu’on se regarde dans la glace et qu’on se fasse dépister. Je voulais montrer tous types de poitrines, mais je constate que ces photos manquent de diversité, du fait de la rapidité avec laquelle nous avons dû réaliser cette campagne de sensibilisation. Il aurait par exemple fallu montrer une personne avec une cicatrice.

Je trouvais aussi cela intéressant de tapisser de seins les murs d’une école où les femmes n’avaient pas leur place à une époque. Cela montre l’évolution de Sciences Po ! »

LPN : Quelles difficultés as-tu rencontrées pour réaliser ces photos ?

C. Degenève : « J’ai identifié deux enjeux principaux. Le premier, c’est la censure. Nous voulions agir sur le campus numérique, ce qui implique de réaliser des photos qui ne soient pas censurables par Facebook ou Instagram.

Je voulais également faire des images qui ne soient pas sexualisées, mais en même temps artistiques et qui permettent de faire passer un message. Pour cela, j’ai par exemple joué avec les lumières. »

LPN : Qu’est-ce que ces images représentent pour toi ?

C. Degenève : « Dans ma famille, beaucoup de personnes ont été touchées par le cancer, et notamment le cancer du sein. De façon générale, on connaît tous quelqu’un qui a eu le cancer, et on se dit que ça ne sera pas notre cas. Mais un jour, ça peut nous arriver et on se dira probablement qu’on aurait dû se faire dépister. Beaucoup de personnes ne sont pas sensibilisées, alors que c’est essentiel. À cet égard, je trouve que ces images portent un message très fort et universel.

Elles vont également de pair avec mon engagement féministe – qui, évidemment touche les hommes, puisqu’il s’agit d’atteindre l’égalité, en droit et en fait. Il s’agit de faire passer ce message, en montrant cet emblème de la femme, qui est aujourd’hui tabou. Je pense que c’est plus facile pour des femmes d’avoir cette démarche.

De façon générale, je trouve qu’on ne parlait pas beaucoup du cancer du sein à Sciences Po, un sujet qui touche pourtant de nombreuses personnes, alors il fallait que Cheer Up le fasse. »

LPN : Quels retours as-tu reçu de la part des étudiants et étudiantes ?

C. Degenève : « Le manque de diversité des images nous a parfois été reproché, ce qui est totalement légitime. Ce qui a peut-être manqué aussi, ce sont des poitrines d’hommes, mais nous avons eu du mal à trouver des modèles. Nous avons aussi eu des retours de personnes qui pensaient que le cancer du sein ne pouvait pas toucher les jeunes. Certains étudiants ont considéré que cette campagne était infondée, qu’il s’agissait de montrer des seins pour montrer des seins, mais globalement, nous n’avons eu que des bons retours, les étudiants ont été très réceptifs. »

LPN : Plus généralement, octobre rose, qu’est-ce que cela représente pour toi ?

C. Degenève : « Pour moi, c’est un moment où, quand tu sais que tu peux faire des choses pour te protéger, tu es responsable de « répandre la bonne parole », de sensibiliser les autres. Octobre rose rime avec espoir – il s’agit d’éveiller les consciences – mais c’est aussi un faux-ami. « Rose », ce n’est pas que pour les femmes, même si les personnes qui ont des seins sont les plus touchées. À ce sujet, il est aussi difficile de dire femme car cela exclut les personnes transgenres ou non-binaires. Il faudrait parler de personnes assignées « femmes » à la naissance. Et puis, octobre rose, ça n’est pas que les femmes blanches. Il s’agit aussi des femmes noires par exemple, dont on n’a pas assez parlé lors de cette campagne de sensibilisation. Les peaux noires ne sont pas très bien connues par certains médecins et il peut arriver que des cancers soient moins bien détectés. Il faut aussi en parler, sensibiliser à cet enjeu et nous aurions dû réaliser davantage de photos avec des femmes noires. »

LPN : Sensibiliser à travers une démarche artistique, est-ce que tu peux nous en parler ?

C. Degenève : « La photographie est un medium de communication extrêmement puissant pour faire passer des idées. Cependant, une photo qui ne se veut pas artistique, qui ne suit aucune règle d’esthétique, plutôt prise sur le fait, fera peut-être moins facilement passer un message. Tout dépend aussi de ce que l’on entend par art. Cela dépend de quel artiste tu es : celui qui fait de l’introspection ou celui qui renvoie un message aux autres. Quand tu es ce dernier, tu connais ce pouvoir de la photographie, et d’une certaine manière, il t’incombe de l’utiliser.

Quand tu prends du temps pour réaliser des photos, le message passe mieux, les gens vont avoir plus envie de regarder, de s’intéresser. La qualité de l’image est très importante pour le spectateur. Plus l’image est belle, plus il va avoir envie de la regarder et verra le slogan qui l’accompagne. L’art peut donner de la légitimité à une campagne de sensibilisation.

Du point de vue du modèle, cet aspect artistique peut aussi mettre à l’aise. Tu sais que tu crées une image, de l’art et tu sais que le but de cette image, c’est la sensibilisation, pas juste de photographier des seins. Il s’agit d’une co-création, d’un va-et-vient entre le photographe et le modèle. Il n’y a pas forcément ça quand ça n’est pas de l’art. Je trouve qu’il y a plus d’humanité dans la démarche artistique. »

Pour conclure cet article, il convient de préciser, comme le rappelle Coralie, qu’octobre est rose, mais également bleu, pour le cancer des ovaires. L’association Cheer Up Sciences Po s’est également mobilisée lors du mois de novembre, dédié aux cancers masculins, en organisant, entre autres, un concours « Mostaches pour Movember ».


[1] http://www.cancerdusein.org/association/historique

[2] Personnes désignées « femme » à la naissance

[3] Personnes désignées « homme » à la naissance

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