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Lancer un cercle marxiste à Sciences Po : « Il y a un manque à combler »

Dans le cadre des élections des initiatives étudiantes de Sciences Po, qui se tiennent du 30 septembre au 2 octobre 2020, La Péniche est partie à la rencontre d’étudiant.e.s à l’origine de certains projets. Yassine Ben Hadj Hassine, étudiant en première année du master STU de l’école d’urbanisme, propose ainsi la création d’un cercle marxiste à Sciences Po, et a expliqué l’origine de son projet à La Péniche.

NDLR : cette interview, qui intervient à l’approche du vote pour les initiatives étudiantes, est réalisée et publiée à titre informatif et ne constitue pas une incitation à choisir le projet présenté.

La Péniche : Comment en êtes-vous arrivé à avoir cette idée de lancer un cercle marxiste à Sciences Po ?

Yassine Ben Hadj Hassine : Tout part de la troisième année à l’étranger : on a souvent tendance à dire que ça change un.e étudiant.e… et ça a été mon cas. Je suis parti en échange à l’université Concordia, à Montréal, où je suis tombé un jour sur deux personnes qui tenaient un stand nommé « Socialists Fightback »… et ça m’a intrigué. Je me suis toujours identifié à gauche, mais je n’avais jamais vraiment pris le temps de m’intéresser à la politique révolutionnaire. Ces étudiant.e.s canadien.ne.s m’ont alors proposé de venir à un cercle de lecture à propos du Manifeste du Parti Communiste. Je n’avais jamais pris le temps de lire ce texte, et je me suis dit que c’était là une bonne occasion de me défaire de la représentation un peu vieillotte que j’en avais. Ce qui était une démarche purement académique est alors devenu au fil des rencontres, discussions et manifestations un vrai engagement personnel. C’était pour moi très satisfaisant de découvrir ces analyses, qui m’ont donné d’importantes clés de lecture à propos des obstacles que le réformisme de gauche rencontre encore et toujours aujourd’hui. J’ai alors rejoint la section française du cercle… et une fois rentré en France, j’ai tout de suite envie de créer une structure similaire à Sciences Po.

LPN : Un cercle marxiste dans une institution comme celle du 27 rue Saint-Guillaume, ça étonne, voire ça détonne, non ?

Y. B. : A Sciences Po, on a beau avoir un intérêt pour la vie politique, il reste très rare de sortir réellement d’une conception ou d’un cadre républicain dans les débats politiques, alors que d’autres modèles sont envisageables… On voit souvent des initiatives ou des conversations entre étudiant.e.s où ces thèmes sont abordés, où on sent cette envie du débat, mais on reste toujours (même inconsciemment) dans le cadre du libéralisme, de la république. On assiste, comme partout, à une naturalisation du capitalisme comme quelque chose de critiquable dont on peut débattre des limites, mais finalement d’assez indépassable. Le capitalisme reste encore, même à gauche, la fin de l’histoire, une structure à accepter et à réformer, mais qu’on n’envisage plus de dépasser.

Mais quand on regarde au-delà de Sciences Po, on réalise qu’il existe beaucoup de cercles révolutionnaires marxistes ailleurs, notamment à Nanterre et à Paris VIII, qu’il s’agisse de nous ou du NPA, qui font partie du paysage politique de façon courante. Ça montre donc qu’il y a bien une demande de la part des étudiant.e.s pour ce genre d’espace militant.

Frédéric Mion disait dans son interview de rentrée à Sciences Po TV que Sciences Po a tendance à refléter les évolutions du paysage politique français, et c’est tout à fait vrai. Il y a un manque à combler, surtout au vu de la situation aux Etats-Unis, au Chili ou encore en Biélorussie, de l’évolution radicale et révolutionnaire des situations politiques en général. Or, on a beau avoir des organisations politiques de gauche à Sciences Po, même les Jeunes Communistes restent dans le cadre des institutions de la république du fait de leur lien avec le PCF, et n’ont plus de position révolutionnaire ou de travail de fond d’analyse marxiste de l’actualité.

On pense que ça va bien fonctionner : une vingtaine de personnes ont déjà exprimé un intérêt direct pour les activités de l’initiative étudiante. Et de façon plus large, on sent un intérêt général dans la communauté étudiante pour des perspectives révolutionnaires et une analyse marxiste sérieuse, qui prenne le temps de revenir aux classiques, et de proposer des solutions qui ne se contentent pas de combattre dans le symbole et dans les idées.

LPN : Avez-vous déjà une idée de ce que vous allez mettre en place concrètement ?

Y. B. : Notre objectif est de mettre en place un véritable lieu d’émulation intellectuelle. Nous tiendrons des espaces de lecture au cours desquels on lira et commentera un texte différent à chaque réunion… Comme une sorte de TD marxiste !

Nous organiserons également des événements autour de thématiques plus contemporaines, comme le combat contre le changement climatique, ou les luttes antiracistes et féministes. Ce seront là encore des espaces de débat, avec tout d’abord un exposé puis des interventions libres. Notre objectif est d’ouvrir le dialogue, de dépasser le plafond de verre de la « fatalité capitaliste ». On veut s’autoriser à imaginer autre chose, à en finir avec la résignation qui s’impose à gauche dès qu’on va au-delà des blagues.

De façon assumée et explicite, notre cercle sera aussi un espace de luttes et de militantisme, révolutionnaire, capable grâce à son bagage théorique de participer à différents mouvements sociaux, étudiants ou non. On pourra par exemple organiser des départs de manifs, participer aux débats politiques du campus…  L’idée est de constituer une vraie force politique, et pas juste un cercle de débat d’idées, pour traduire en termes « Sciences Po » ce qui se fait déjà sur d’autres campus et à l’échelle (inter)nationale.

Vous pouvez retrouver le Cercle Marxiste de Sciences Po sur sa page Facebook.

Entretien réalisé par Capucine Delattre

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