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« L’Affaire du collier », de Frantz Funck-Brentano : vol et manipulation, des sujets intemporels

L’affaire du collier de la reine vous dit sûrement quelque chose, même vaguement. Elle fut retentissante et projeta à contre-cœur la reine Marie-Antoinette dans ce scandale qui fut l’un des déclencheurs de la Révolution. Frantz Funck-Brentano en fait le récit dans son livre L’Affaire du collier, paru en 1901.

Ce fait divers, souvent méconnu et survolé, est raconté par l’historien Frantz Funck-Brentano dans un récit mêlant faits historiques, descriptions grandioses et témoignages de contemporains. Il y glisse des bribes de lettres et les réflexions des protagonistes, insufflant une nouvelle jeunesse à ce drame historique. L’écriture moderne du récit, écrit au XIXe siècle, nous happe avec vigueur, même un siècle après, prouvant que l’escroquerie, le vol et la manipulation sont des sujets intemporels et indémodables.

On plonge dans le XVIIIe siècle de l’Ancien Régime, découvrant une cruelle et âpre vérité : les dettes, la misère, la survie touchent également la noblesse. Car oui, cette affaire d’escroquerie se joue dans la sphère souvent idéalisée du luxe et des bonnes manières. L’héroïne de l’histoire, la voleuse, Jeanne de Valois-Saint-Rémy (représentée ci-dessus), ne manque pas de culot ni de mordant pour tromper son monde.

Cet escroc du siècle des Lumières a-t-elle pu servir de modèle à d’autres ? Elle a l’art de manier les mots, ses histoires rocambolesques deviennent, dans sa bouche, des faits. Elle trompe avec adresse, sa perversité n’a rien à envier avec celle de nos escrocs du XXIe siècle. Cette jeune femme est l’histoire : sans sa personnalité, ce vol n’aurait pas pris une telle ampleur et n’aurait pas fait parler.

La jeune Jeanne de Valois est issue d’une branche de sang royal, jadis opulente et florissante, aujourd’hui oubliée et sans-le-sou. Enfant mendiante, la bonté d’une dame lui apportera l’éducation, les bonnes manières, un nom, un petit pécule…de tout cela, elle usera à mauvais escient.

Sa vivacité d’esprit la rend redoutable, calculatrice, manipulatrice ; avide d’influence, de pouvoir, de célébrité, elle n’hésite pas à mendier (des souvenirs de son enfance) un sou, un louis pour payer le souper d’avant-hier, les rubans d’aujourd’hui. Ses dettes vont croissant, elle emprunte, achète à crédit, réunit autour d’elle un petit salon de gens douteux…

La de Valois, devenue dame de la Motte, attrape dans ses filets une haute, riche et noble figure de l’époque : le Cardinal de Rohan (et d’autres titres à rallonge prouvant sa bonne et confortable naissance). Le Cardinal, au sommet de l’Église catholique française, vit près de Strasbourg ; dans son château de Saverne, il donne des fêtes somptueuses et des bals sans fin. Le Cardinal se plaît sur ses terres mais avec une seule ombre ternissant la beauté du tableau : Son Altesse Royale Marie-Antoinette ne l’aime pas, tout simplement. Elle le trouve malsain, suintant le luxe, et de mœurs légères pour un homme d’Église.

Le Cardinal de Rohan cherche par tous les moyens à briser cette inimitié et parmi ceux-ci se trouve Madame de la Motte. Cette intrigante a bien cerné le personnage et se sert du désir impérieux de reconnaissance du Cardinal pour le manipuler.

Le vol du fameux collier, dont nous ne vous dévoilerons pas ici les tenants, nous révèle le génie et la virtuosité de Jeanne de Valois, attirée par l’odeur de l’argent et ne se souciant guère des femmes et des hommes qu’elle impliquera dans son plan machiavélique, en particulier Marie-Antoinette (à son insu).

Nous conclurons ces lignes par un extrait du roman, dévoilant le trait de caractère premier de Jeanne :

« Jeanne a vingt et un ans. Par son habilité à manier la sympathie de sa protectrice, elle a transformé son existence. En fut-elle dans la suite plus heureuse ? Elle était la proie d’un orgueil sans mesure. C’était en elle, disait-elle, le sang des Valois. Ce sang des Valois, chacune de ses pensées, chacun de ses écrits en est comme imprégné. »

L’Affaire du collier, Frantz Funck-Brentano, 1901, chapitre VI, p.49.

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