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Comprendre la succession de la FNSP : récapitulatif des derniers évènements

Après l’onde de choc, la reconstruction. Depuis le 6 janvier dernier, date de la démission de l’ancien président de la FNSP Olivier Duhamel, messages venant de la direction, manifestations étudiantes et articles de presse se succèdent autour d’une seule et même question : qui vont être les prochain.e.s dirigeant.e.s de Sciences Po ? Face au flot d’informations, La Péniche a retracé pour vous les grands soubresauts de l’élection de la future directrice de la FNSP.

Le 13 janvier, le Conseil d’administration de la FNSP ouvre une « nouvelle procédure de désignation des membres du collège des représentants. » Nul ne doute, parmi ceux placés dans l’intimité du dossier, que nous aurons assurément à faire à un « long processus de succession », pour reprendre la formule consacrée par Le Monde la veille. « Il va falloir du temps pour que Sciences Po retrouve un cap », poursuit l’article en question. Le 16 février, le Conseil de l’Institut et le Conseil scientifique s’unissent dans une communication aux étudiant.e.s pour dénoncer le comportement de Frédéric Mion et préciser que, « pour restaurer la confiance […] [ils] demand[ent] une transparence totale de la part de la direction de Sciences Po. » Face à la crise traversée par l’IEP, dont parlent tous les journaux, l’enjeu est de montrer un nouveau visage, plus démocratique, moins opaque et plus proche des communautés de Sciences Po. Le Monde a beau évoquer, le 17 mars, un « fond de polémique » latent, il n’en demeure pas moins que la controverse demeure alors d’une relative marginalité. Le temps est encore au séisme provoqué par les révélations des semaines précédentes.

Ce n’est qu’une fois les pourparlers éternisés que le scepticisme se fait jour. Début avril, un message des représentant.e.s étudiant.e.s Thomas Le Corre et Anaïs Picart remet en question la volonté de transparence exprimée par l’institution. Tou.te.s deux critiquent vivement le déroulement de cette première procédure, qu’un mail du Président par intérim de la FNSP et de la Présidente du Conseil de l’IEP envoyé quelques heures plus tôt a résumé aux étudiant.e.s. Ce dernier informe succinctement que plusieurs réunions ont eu lieu, la dernière en date du 1er avril, pour examiner, auditionner et enfin sélectionner une candidate, finalement rejetée par le Conseil d’administration de la FNSP. Anaïs Picart et Thomas Le Corre expliquent dans leur mail que leur rejet de la candidature de Nonna Mayer est « un vote de défiance ». Il.elle.s dénoncent un manque de pluralisme, de transparence et de démocratie interne, comparant la situation à une élection lors de laquelle « vous vous rendez dans votre bureau de vote sans connaître les candidat.e.s qui se présentent puis en apprenant qu’il n’y a qu’un.e seul.e candidat.e ».

Il ne s’en est fallu que de quelques jours pour que la presse relaye massivement cette dénonciation sans ambages : une tribune parue dans Libération le 9 avril évoque une profonde « dérive institutionnelle » de l’institution, notamment liée aux lacunes quant à la transparence du processus décisionnel. « Trop, c’est trop » introduisent ainsi chercheur.se.s-enseignant.e.s et personnels de Sciences Po, également offusqué.e.s par les attaques personnelles subies par Nonna Mayer suite à ses travaux sur l’islamophobie. Parue trois jours plus tard, une tribune de l’économiste Romain Rancière, ancien postulant à la présidence de la FNSP, déplore dans Le Monde les atermoiements d’une « tragi-comédie » qui dure et vis-à-vis de laquelle il ne manque pas de sévérité. Si l’on s’en fie au discours qu’il rend manifeste, « Le jour du débat au conseil d’administration, il n’y a curieusement plus qu’une seule candidature officielle, Nonna Mayer, qui sera battue », au mépris des projets formulés par Pascal Perrineau et lui-même. Il en résulte l’absence de décision.

Le 2 avril, une nouvelle procédure est lancée, donnant lieu à un appel à candidature entre le 3 avril et le 7 avril, date à laquelle plusieurs candidatures sont examinées. Parmi elles, Madame Betrand Dorléac, elle-même membre du comité de recherche et ayant démissionné le 6 avril. Deux candidat.e.s sont finalement auditionné.e.s le 9 avril : Laurence Betrand Dorléac et Bertrand Badie. Le 15 avril, la candidature de Madame Bertrand Dorléac est présentée au Conseil d’administration lors d’une réunion informelle et acceptée par ce dernier. C’est donc à la conclusion d’un processus relativement fermé, et dont Bertrand Badie a fustigé la dimension « peu crédible », que Laurence Bertrand Dorléac s’est retrouvée en position de présider la FNSP.

Manifestation étudiante devant le 27 rue Saint-Guillaume pour demander la démission de Frédéric Mion (8 février 2021)

Nous avons contacté les représentant.e.s étudiant.e.s, pour savoir ce qu’il.elle.s pensaient de la seconde procédure mise en place. Alors qu’il.elle.s appelaient, le 1er avril dernier, à une participation plus directe des élu.e.s étudiant.e.s « au processus de sélection et d’audition des candidats », il.elle.s ne se montrent que partiellement satisfaits. Anaïs Picart explique ainsi que, si « certains efforts ont été faits », vis-à-vis de la transparence et de la communication aux étudiant.e.s notamment, plusieurs problèmes subsistent, les principaux étant l’absence de pluralité, et le fait que Madame Bertrand Dorléac faisait elle-même partie du comité de recherche. L’Express évoque de manière plus générale la tendance à la perpétuation d’un « entre-soi » microcosmique s’épanouissant dans l’opacité des négociations. Malgré tout, la légitimité de Madame Bertrand Dorléac, attestée par l’unanimité des dix voix du comité de sélection de la FNSP, n’est plus à prouver : « Laurence Bertrand Dorléac porte les valeurs de pluralisme, de rigueur scientifique et d’honnêteté intellectuelle que nous promouvons » arguaient ainsi l’intégralité des directeurs des centres et départements de l’IEP, dans une tribune au Monde le 8 avril.

Cette critique émise par les représentant.e.s étudiant.e.s au Conseil d’administration de la FNSP semble avoir trouvé un écho auprès des étudiant.e.s eux-mêmes. Le vendredi 16 avril, un étudiant de deuxième année, Baptiste Delmas, a publié une lettre ouverte intitulée « Cautionnons-nous cela ? », dénonçant une certaine opacité dans le processus de désignation de la nouvelle directrice de la FNSP. Il s’adresse directement aux étudiant.e.s, demandant si ceux.elles-ci « cautionn[ent] » la procédure de la FNSP, et les appelle à se mobiliser. Pour lui, l’enjeu est de « fédérer à nouveau l’ensemble des communautés de Sciences Po », ce qui ne sera possible « qu’en mettant un terme à l’opacité et l’entre-soi dont cette crise s’est nourrie ». Repartagée plusieurs fois sur les réseaux sociaux, la lettre n’a pour l’instant pas eu d’effets sur le processus institutionnel et demeure relativement peu relayée par la presse et le monde médiatique dans son ensemble.

Malgré des critiques de la part de certain.e.s étudiant.e.s, le processus de désignation, qui s’est déroulé selon les statuts de la FSNP, se poursuit. Une réunion formelle est ainsi prévue le 10 mai prochain pour valider la Présidente ainsi que le nouveau bureau de la FNSP. Quel regard rétrospectif, dès lors, porter sur ce tortueux processus de nomination ? La fracture laissée béante par les départs d’Olivier Duhamel et Frédéric Mion a donné lieu à un essaim d’oppositions fratricides, dont seulement quelques relents ont pu transparaître au grand public, pour l’essentiel tenu à distance de la procédure. Certaines candidatures ont donné l’impression d’avoir été disqualifiées d’office, ou en cours de processus, contribuant à l’irrigation d’un sentiment d’opacité. Enfin, la multiplication pléthorique de messages informatifs soulignant le plus souvent l’infructuosité d’une réunion informelle ou le report du processus décisionnel ont contribué à la disqualification d’un certain nombre de décisionnaires, dans l’esprit des élèves, ainsi qu’à l’impression d’un manque de ligne directrice renvoyée par l’institution. Presque quatre mois après l’onde de choc, les décombres demeurent.

Crédit image : La Péniche (Marceline Samion et Elise Ceyral)


Comprendre la procédure de nomination

La procédure de nomination du.de la dirigeant.e de la FNSP se déroule en plusieurs phases. Tout d’abord, après un appel à candidatures, un comité de recherche étudie celles reçues, et décide d’en auditionner certaines. Ce même comité choisit alors un.e candidat.e, qu’il présente au Conseil d’administration de la FNSP lors d’une réunion informelle. Si cette proposition est acceptée aux deux tiers des voix, une réunion formelle a ensuite lieu pour valider le.la nouveau.elle président.e, ainsi que pour choisir les membres du nouveau bureau. Si la candidature est rejetée, le même processus est répété.