Vie du campus

Bref, ça me gonfle

Bref

Il restait 24h et on avait pas commencé les recherches, mon binôme a dit : « Mec, on est large ! », j’ai dit qu’il avait raison, on s’est récompensé de nos 15 minutes de trolling sur Wikipédia en regardant une vidéo hilarante, on a fini au Basile et dans la merde pour l’exposé. Bref, je remets tout à demain.

Et le Internet de s’extasier sur le réalisme de ouf des situations quoi, merde, c’est dingue. Alors, loin de moi l’envie d’adopter une position hipster anti-mainstream, j’ai ri moi aussi devant Bref. Ne le nions pas, si les différents épisodes sont plus ou moins réussis, certains ont fait écho en nous, et on les a tous vu – mais si, dans ces intenses moments de procrastination ou on décide de se faire un marathon Friends/Star Wars/Seigneur des Anneaux à 10h d’un partiel.

Alors certes, c’est plutôt sympa. Certes, mais laissez moi vous rappeler la définition d’un buzz ; Bref, en trois mois, a récolté plus d’un million et demi de fans sur sa page Facebook, plus d’un million de jeunes comme vous et moi, je suis prête à le parier, soit des membres d’une génération internet 3.0, qui tweetent sur DSKgate/XFactorUSA/leur déjeuner au lieu d’écouter leur conférence passionnante de droit administratif. Et cessez de hurler au catalogage sans foi ni loi, oui vous exprimez tous des individualismes uniques et créatifs, n’empêche que PapaMaman, eux, ils faisaient pas comme nous et le concept Bref ça marche moyen sur eux.

A Sciences Po, par contre, c’est l’âge d’or. La preuve ? La Brefisation sans foi ni loi de la Comm’ de nos associations favorites. En dehors de l’AS, qui brille encore une fois par son attachement idéologique au concept millénaire de « SEX SELLS », on n’échappe pas aux différentes vidéos au format Bref, que ça soit de la part de SciencesÔ, du BDE, de Sciences Po TV ou encore de l’Asso Crit 2012.

Copier Bref ? Pourquoi pas, après tout, profiter de la notoriété fulgurante de la mini série en adoptant son format, mais il y a deux règles d’or à tout pastiche : parodie, ou qualité. Soit on fait aussi bien, c ‘est accrocheur, surprenant et au moins un peu marrant ; ça c’est le travail de « 27 », la web-série Brefisée de Yep TV, qui peut au moins se targuer d’un montage valable, et d’une qualité d’image certaine. On aime beaucoup, ou moins, ou pas, mais on reconnaît l’effort, louable. Soit on hurle au génie artistique de Canal, on rassemble deux/trois potes et on filme ça avec un iPhone – à la caméra forcément pourrave puisque c’est un iPhone – et donc ça tremble, c’est flou, c’est plus risible que rigolo, bref ça donne une vidéo de promo de soirée BDE qui donne vraiment pas envie d’y aller. Je ne critique pas la performance des acteurs, déjà parce que je n’ai pas envie de me faire casser la gueule par un grand rebeu adepte de foot US dont je tairai le nom, mais surtout parce que ce n’est pas le problème.

Le problème c’est qu’il faut analyser le phénomène Bref : le secret, ce n’est pas le fond (au final sympathique, mais sans plus), mais la forme. Et la forme de Bref, ce n’est pas uniquement des phrases sujet-verbe-complément à la première personne, c’est surtout un rythme hyper-balancé, un air spontané très naturel mais qui cache en fait un vrai travail d’écriture. Bref, Bref c’est du boulot, et du boulot de synthèse. Prenez une situation bateau de la vie quotidienne, ajoutez un twist fun, rédigez de façon acerbe et sans pitié pour l’anti-héros, et faites une synthèse, puis une synthèse de la synthèse, et encore un écrémage par dessus ça, tiens. Le résultat est incisif, efficace et fonctionne.

Alors oui, le « Bref, je vais à la soirée de Noël » pêche par sa lenteur, son manque de dynamisme. L’intervention d’une mère Noël extrêmement sexy ne nous a pas bernés non plus, aurait-elle été plus dénudée … Mais je m’égare, ce que je voulais dire c’est : BDE, je ne te hais point ! Ne sommes-nous pas tous des sciences pistes à qui l’on enseigne la dissertation dans sa forme la moins exhaustive, des sciences pistes écrivant des vingtaines de pages de mémoires sur des sujets bien abstraits ? Vous a-t-on déjà demandé d’écrire dix lignes de mondanités, avez-vous même utilisé la première personne depuis votre entrée au monde du Pipo ou l’individu germanopratin stylé se doit de s’effacer derrière des concepts de procédures pénales comparées ?

N’ayez plus peur de vous affranchir des tendances, jeunes responsables Comm’, n’hésitez plus devant des promos de soirées en deux parties, deux sous-parties, n’hésitez plus devant rien ! Mais, n’hésitez surtout pas à rendre à Canal ce qui est à Canal, parce que ça commence à nous fatiguer sérieusement.

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