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Blocage de l’IEP : les réactions des syndicats 1 (SUD Etudiant, UNEF)

manif3.jpgDeux jours après l’occupation de l’amphithéâtre Boutmy par des étudiants de diverses facultés parisiennes, les syndicats répondent aux questions de LaPéniche.net.

SUD Etudiant : « Parler d’assaut de Sciences Po, c’est vraiment exagéré« 

Samuel André-Bercovici, de SUD Etudiant Sciences Po, était présent tout au long de l’occupation. Solidaire des manifestants, il minimise les critiques des autres syndicats. Optimiste, il croit en un impact positif pour le mouvement à Sciences Po.

  • Mardi, l’IEP a été pris d’assaut par des étudiants de plusieurs facs parisiennes. Est-ce que vous vous attendiez à un tel événement ?

Nous ne nous y attendions pas dans ces modalités. Effectivement c’est quelque chose qui pouvait arriver un jour ou l’autre à Sciences Po puisque c’est quand même un lieu symbolique, et que ce type d’interventions a été une modalité d’action adoptée par la coordination nationale des universités et la coordination nationale des étudiants. Il faut quand même se rappeler que ces trois dernières semaines, c’est arrivé à plusieurs reprises à la Sorbonne, qui n’est pas le seul lieu symbolique de l’université en France. Moi personnellement et en tant que membre de SUD je n’étais absolument pas au courant. Ce qu’on a appris après, c’est qu’il a été dit dans une Assemblée générale l’après-midi à la Sorbonne qu’il y avait un rendez-vous pour une action coup de poing, un coup médiatique prévu avec un rassemblement à 16h ou 16h30 place de la Sorbonne. Donc pour ne pas alerter la police, pas de lieu fixe annoncé, et c’est comme ça que des étudiants de Paris I, Paris IV… se sont acheminés vers Sciences Po.
Par ailleurs pour l’appellation « pris d’assaut », je pense que c’est un terme un petit peu fort pour décrire ce qui s’est passé. Pour avoir été là presque du début jusqu’à la fin – je suis arrivé cinq minutes après -, tout s’est passé dans un cadre assez calme par rapport à ce qui s’est vu cette année à la Sorbonne ou même lors de mobilisations précédentes. S’il faut prendre un contre-exemple absolu, on n’a qu’à regarder de l’autre côté de la rue, à l’EHESS au moment du CPE, ça s’était passé de façon complètement différente. On peut parler d’une intervention dans Sciences Po, d’un débrayage de Sciences Po, ça me paraît être un terme plus approprié pour décrire ce qui s’est passé.

  • Les étudiants arrivent, tu te joins à eux cinq minutes après… Comment avez-vous réagi par rapport à l’action qui a été menée ?

Moi je sortais de cours, il devait être 16h45 ou un peu plus, j’arrive rue Saint-Guillaume et là je vois les banderoles oranges accrochées aux fenêtres du 27. Par curiosité je suis rentré dans Sciences Po pour voir ce qui se passait, je me suis douté que ça devait être quelque chose de cet ordre-là. Je suis tombé sur quelques amis qui étaient là aussi, et on est rentrés sans problème. Quand on a vu l’amphi occupé on a pris cinq minutes de réflexion. Moi ma première réaction a été de me dire que les étudiants qui étaient là, c’étaient des étudiants mobilisés pour les mêmes raisons pour lesquelles depuis un mois je me mobilise à Sciences Po et ailleurs contre les réformes Pécresse, et qu’à partir de là j’avais déjà un point commun avec eux même si j’avais pas été informé. Comme par ailleurs je ne pouvais pas savoir quelle allait être la réaction de Sciences Po, j’ai voulu m’assurer qu’il n’y aurait pas de problèmes pour les étudiants qui étaient là, donc j’ai cherché des autocollants « Sciences Po en lutte » pour qu’en cas d’intervention de la police, il n’y ait pas de tri qui puisse être fait entre étudiants de Sciences Po et de l’extérieur. Ensuite ils ont pris un mégaphone. Comme il y a eu un petit moment de flottement j’ai pris la parole pour appeler les gens à profiter de cette mobilisation pour débattre de ces réformes par lesquelles, pour le moment, les étudiants de Sciences Po ne se sentent pas vraiment concernés. Même si l’amphi s’était pas mal vidé, d’autres personnes nous ont rejoint, et là on a commencé à 200-250 à parler. Ca s’est transformé un petit peu en assemblée générale imprévue. On a quand même été pris au dépourvu et c’était un peu désagréable, il y a toujours une angoisse de rater quelque chose et de faire une bêtise…

  • Les autres syndicats, y compris l’UNEF, ont unanimement condamné les moyens d’action utilisés. Qu’en pensez-vous ?

Notre position, c’est que ce sont des étudiants mobilisés qui utilisent les moyens qu’ils pensent être bons pour faire avancer une mobilisation sur laquelle, depuis plusieurs mois, les médias sont restés silencieux. Il n’y a eu presque aucune information sur le fait que depuis bientôt six semaines dans certaines facs aucun cours ne se tient. Pendant le CPE on a par exemple eu plein de médias qui faisaient des interventions sur des étudiants gênés parce qu’on allait les empêcher d’aller en cours et qu’ils allaient pas avoir leur année ; cette année ce n’est pas un problème qui se pose du fait que les profs aient commencé la grève et ont ensuite seulement été relayés par les étudiants ; les médias ne relaient absolument pas ça parce que c’est très dur pour eux de trouver une voix qui condamne ce qui se passe. Je pense que ce manque d’informations peut expliquer le type d’action qu’il y a eu hier. Quand je suis sorti vers 20h30 il y avait déjà 3-4 filets sur Internet, les micros se sont spontanément tendus comme si on sortait d’un matche de football de l’équipe nationale… ce qui n’a absolument pas été le cas quand on a occupé la Sorbonne, ou même dans les manifestations chaque semaine, il y a une très très faible couverture. Là l’écho n’est pas toujours favorable mais il y a un mérite c’est qu’on en parle à l’extérieur et à l’intérieur de l’IEP.

  • A ton avis, quel est l’impact de ce qui s’est passé mardi sur la mobilisation d’aujourd’hui? Est-ce que vous attendez plus de monde en AG ou au contraire vous pensez que ça a pu en refroidir certains ?

Je pense qu’il fallait en faire quelque chose, essayer d’en faire une AG ; s’il n’y avait rien eu ç’aurait été un échec pour tout le monde au niveau de la mobilisation. Il y a eu une assemblée générale qui s’est tenue, un appel a été fait, et une sortie dans le calme, assez encadrée, avec l’administration qui n’a rien eu à dire, on a presque pas eu de remarques de sa part ; il y a eu quelques faibles dégradations mais qui seront bientôt enlevées et qui ne sont rien par rapport à ce qu’il y a dans les autres facs en France qui sont taguées très régulièrement et pas forcément en soutien à une quelconque mobilisation.
Donc il n’y a pas de raison de s’inquiéter contrairement à ce que disent les syndicats de droite, notamment l’UNI ou des associations qui essaient de se monter en « contre-blocage », c’est une façon de dresser un pantin qui n’existe pas, de jouer avec les angoisses des gens comme le fait très bien le gouvernement actuel de Nicolas Sarkozy, c’est un discours sécuritaire dont on voit très bien les limites, parce qu’il ne réduit pas du tout les problèmes sociaux. C’est une tentative de récupération et de soutien à un gouvernement qui peine un petit peu ces derniers temps. Je pense qu’on va avoir plus de monde à l’Assemblée générale de demain, je l’espère, et ça tiendra peut-être à cette action. On va peut-être avoir des étudiants qui sont inquiets et c’est normal, il va falloir expliquer ce qui s’est passé, en discuter un peu ; ce qui s’est passé hier n’était pas un blocage, c’est quelque chose qui arrive très souvent en dehors de Sciences Po et même à Sciences Po, en quatre ans de scolarité c’est quelque chose que j’ai déjà vu. Mais ce qui est important c’est le mouvement impulsé par le comité de mobilisation de Sciences Po qui agit maintenant depuis trois semaines.

L’UNEF : « C’était à la fois illégitime et inutile« 

Arnaud Bontemps est élu étudiant UNEF. Egalement présent au moment des faits, il a joué au médiateur entre l’administration et les bloqueurs. Vedette de son syndicat depuis qu’il s’est exprimé dans Libé, le syndicaliste se montre sévère envers les manifestants.

  • Tu étais présent mardi en Boutmy ; on t’a vu davantage discuter avec la direction qu’avec les bloqueurs ; comment l’expliques-tu ?

Hier, ce n’était pas un moment facile pour moi, déjà parce que j’ai été pris par surprise, et surtout parce que j’étais tout seul de l’UNEF. Donc il fallait effectivement aller parler avec l’administration, voir ce qu’ils allaient faire, quels étaient leurs rapports avec les forces de l’ordre puisqu’on les a vus à un moment ranger la péniche sur le côté. On a vu que ça a hystérisé les bloqueurs puisqu’ils ont dit « ils vont faire intervenir les CRS ». J’essayais de faire la navette, de courir partout, et là justement ça a été notre rôle de leur dire de la remettre, ils ne sont pas méchants et il ne faut pas attiser le feu. D’un autre côté je parlais beaucoup avec SUD Sciences Po pour savoir ce qu’eux pensaient de ça, et comme j’avais pas été présent au dernier comité de mobilisation, ce que le comité avait dit, c’est-à-dire rien du tout, parce qu’ils n’étaient tout simplement pas au courant. Et puis j’étais aussi beaucoup au téléphone pour savoir quelle était la position de l’UNEF. Mais j’ai ensuite exprimé largement mes opinions à l’Assemblée générale qui s’était constituée. Je pense que ce rôle qui était d’être à la fois avec l’administration et avec les bloqueurs, les manifestants, et aussi les personnes qui étaient dans l’amphithéâtre, et de faire la passerelle, c’était quelque chose de nécessaire.

  • Quant à la légitimité de ce qui s’est passé mardi, comment l’UNEF juge ce blocage ?

Ce qu’on dit c’est que sur le fond on est très d’accord avec ce qu’ils ont dit. Mais ils se sont très mal exprimés de deux manières. La première c’est que ce n’était pas le bon moyen de venir à Sciences Po, parce qu’ils n’avaient aucune légitimité ; on l’a vu, c’est pas démocratique, on va pas revenir là-dessus. Surtout ça a détruit l’embryon de mouvement qui s’était constitué à Sciences Po, donc c’était à la fois illégitime et inutile, voire même presque destructeur.

  • Tu penses qu’il va y avoir un impact négatif aujourd’hui ?

Je ne sais pas qu’il va y avoir un impact négatif, je ne suis pas capable de juger l’impact. C’est possible qu’il y ait plus de personnes en assemblée générale, c’est aussi très possible qu’elles ne soient pas favorables au mouvement. Globalement, ça a hystérisé tous les première année qui étaient dans l’amphi, ça les a braqué contre le mouvement, et de ce point de vue ce n’était pas une bonne chose.

  • Ca ne fait pas plaisir quand même de voir Boutmy bloqué ?

Ca ne fait pas plaisir parce que le blocage n’est pas une fin en soi. Le blocage c’est pour faire passer un message, là je ne sais pas s’il y a vraiment un message qui est passé. Même s’il y a un groupuscule de radicalité dans ce mouvement, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur message à faire passer…

A suivre : les réactions de l’UNI et de la Cé.

Photo : LB

4 Comments

  • Arnaud

    Effectivement, je suis également surpris de cette impression, car je ne suis pas fan de mes réponses…

    En dehors de la question de la taille des deux interviews, j’étais déçu de la différence entre les questions posées à chacun, car je pense que celles posées à Samuel étaient bien plus ouvertes que les miennes, (notamment celles sur l’impact et les moyens d’actions).

    Je tiens donc à préciser que je n’étais pas tout seul de l’UNEF (bien heuresement !), et que sur les questions de fond, nous sommes (presque) complètement en accord avec les manifestants, ce qui n’apparait pas très clairement ci-dessus.

    Mais évidemment, si j’avais fait une bonne interview, je n’aurais pas eu à m’auto-critiquer… Torts partagés !

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