Vie du campus

Semaine Coups de Coeur (1/9): Terra Nova Sciences Po

Un tank, tout le monde connaît : des chenillères, un canon qui fait « boum » et une subtilité peu commune. Un think tank, c’est pareil. Les chenillères ? Des groupes de travail qui bossent sur des rapports et sans qui le think tank n’existerait pas. Le canon qui fait « boum » ? C’est l’impact que ces rapports peuvent provoquer sur l’adversaire. La subtilité différencie cependant les deux. Elle est clairement à l’avantage du second, apte à se mouvoir dans le monde politico-médiatique.

terranova.jpgCe nouveau genre d’association débarque dans notre école avec Terra Nova Sciences Po, que LaPéniche a rencontré lors de sa conférence de rentrée le 20 septembre. Depuis avril dernier, Terra Nova Sciences Po est la première antenne étudiante de Terra Nova, think tank crée il y a deux ans après la déroute du Parti Socialiste (PS) aux élections de 2007. Il se veut un réservoir d’idées pour le PS, afin d’élaborer un programme clair et argumenté à proposer aux électeurs. Mais alors, quel but pour Terra Nova Sciences Po (TNSP), me direz-vous. Tout d’abord, être un lien entre le monde universitaire et le monde politique, en étant plus accessible que la maison mère, cercle assez fermé d’experts en tout genre. Ici, ce sont les étudiants, chapeautés par un doctorant, qui rédigent les rapports de l’association sur des sujets variés, proposés par l’association ou par les étudiants eux-mêmes. Cette ouverture d’esprit permet de présenter des propositions innovantes sur des sujets de société, même si celles-ci demeurent éminemment politiques. Car ne vous y trompez pas : TNSP est lié à Terra Nova, elle-même proche du PS, plus précisément de la mouvance sociale-démocrate. Cela induit nécessairement des influences, plus ou moins marquées.

Cette question nous conduit vers une autre caractéristique de tout think tank: avoir un adversaire, ici en la personne du gouvernement et du parti majoritaire. Cependant, les membres de TNSP l’affirment: l’association est indépendante. Le lien avec Terra Nova est essentiellement un partenariat qui consiste en la transmission de certains rapports de TNSP jugés intéressants (et utiles). Dans l’autre sens, Terra Nova pèse de tout son poids sur la présence d’invités de marque, comme en témoigne le débat entre Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) et Benoit Hamon du 22 septembre. Dans un amphithéâtre Jacques Chapsal comble, les deux protagonistes ont pu, sous les applaudissements de l’audience, rentrer sur le ring. Malheureusement, le débat resta essentiellement axé sur la présentation des projets de l’un et l’autre des deux camps sur la réforme des retraites, sans que de réels échanges n’aient lieu. La confrontation tant attendue ne s’est pas produite, chacun se renvoyant dans ses cordes et faisant avant tout preuve de pédagogie d’un système on ne peut plus complexe. Nous avons donc assisté à deux conceptions opposées, mais sans réel débat de fond. Dommage. L’événement reste tout de même un bon départ pour TNSP, qui débute sa première rentrée avec deux têtes d’affiches.

Cela nous amène au second but de TNSP: organiser des cycles de conférences où des pointures viendront discuter de sujets aussi vastes que l’organisation de l’université, de la recherche ou celui concernant les conditions de la vie étudiante. Le premier cycle débutera idéalement en décembre, avec l’organisation de l’université sur des enjeux tels que la pluridisciplinarité, le plan Campus… L’association a également dans l’idée d’organiser des cafés-débats réunissant une quinzaine de personnes autour d’une personnalité politique, intellectuelle ou journalistique. L’objectif est d’avoir une ambiance intimiste, d’égal à égal avec l’intervenant, qui ne sera gêné par aucune caméra ou micro. Plus près de nous, le prochain rendez-vous de l’association sera la venue de Michel Rocard le 4 novembre, en amphi Boutmy.

Dans l’ensemble, TNSP est une association très particulière, entre parti politique et débat d’idées, qui a toute sa place dans notre école. Néanmoins, un point négatif concerne son autonomie d’action réelle. En effet, si certains de ses rapports peuvent être transmis à Terra Nova et ainsi connaître une certaine postérité et une renommée pour Sciences Po, il reste que les autres rapports sont condamnés à une publicité bien moindre. Car sans le réseau de Terra Nova, quels médias et autres instituts pourraient accepter des rapports rédigés par une simple antenne étudiante ? On peut ainsi entrapercevoir un contrôle subtil de la part de Terra Nova, qui détermine avec doigté les sujets adaptés. En résumé : la subtilité, toujours la subtilité.

3 Comments

  • LOL

    Juste pour dire que cela sent trop les mêmes individus qui aujourd’hui ne comprennent pas vraiment ce qui arrive ou simplement ce qui se passe.

    Alors, sachant a quel niveau je peux être, pour moi les grandes écoles sont une fabrique de discrimination, et ne me semble pas être ce que l’on peut appeler les bons.

    Et pour cela, il suffit de se retrouver en compétition pour savoir qu’il n’y en a pas.

    Donc attendre de ceux qui pense le constat et non l’anticipation est aussi une perte de temps….

  • Vladimir from Siberia

    « En résumé : la subtilité, toujours la subtilité. »
    En effet, Terra Nova est subtil dans l’instillation des idées de droite. Mais diablement efficace.

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