Cinéma

Revue Ciné: Semaine N°3

Troisième volet de notre revue. Cette semaine sont à l’honneur le voyage spirituel d’Elie Wajeman, Alyah, le mélodrame thérapeutique de Stéphane Brizé, Quelques Heures de Printemps, et enfin le retour en salle de l’adaptation de La Ferme des animaux, au cinéma d’Arts et d’Essai Reflets Médicis.

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Radeau de la méduse

Alyah, d’Elie Wajeman

Alyah : Ascension, élévation spirituelle. Dans le judaïsme, cela signifie l’immigration en terre Sainte. En salles cette semaine, l’heure est au voyage, physique et spirituel. Alex, 27 ans, est plutôt paumé dans la vie. Petit dealer, il vit sous le joug de son frère, seule pièce restante de son semblant de famille. Lorsque son cousin lui annonce qu’il part tenter sa chance à Tel Aviv, c’est la révélation. Commence alors la préparation de son voyage, et de son alyah. Mais partir n’est pas aussi simple que ça : il doit trouver de l’argent, mais aussi quitter Paris et ses amours bien complexes. Il lui reste alors à trouver sa voie.Alyah1.jpg

Pris à parti, voire même mis dans la peau d’Alex, on assiste, mais toujours avec pudeur, à ses déboires. Plus que son départ à Tel Aviv, on voit se faire un réel cheminement parsemé de questions ne se confrontant à aucune réponse juste. Faut-il tout quitter, tenter le risque et partir, ou rester ? Y a-t-il encore seulement des points d’attaches à Paris ? Faut-il rester pour ce nouvel amour naissant, ou aller au bout de son projet ? Et surtout, où sont nos racines, quelles sont-elles ? Résonne alors d’autant mieux cette alyah : trouver les vraies réponses, le juste en soi. Savoir aller jusqu’au bout du voyage, pour savoir, pour enfin connaître.

Certains pourront dire de ce film que malgré le point central du voyage, on n’avance pas finalement beaucoup. Et pourtant. Le voyage spirituel est bien là, et c’est sans doute le plus lointain, le plus compliqué, le plus parsemé d’embûches. On sort alors de la salle apaisé, mais plein de questions. Et l’on trouvera d’autant plus un écho particulier à ce film si l’on est en position de préparer un long voyage – une année à l’étranger, par exemple – ou que l’on en revient.

Palmyre Bétrémieux

Mer d’huile

Quelques heures de printemps, de Stéphane Brizé

Alain, 48 ans, vit très mal le retour chez sa mère, et apprend dans le même temps que celle-ci est condamnée par la maladie. Alors même qu’il peine à retrouver ses marques dans la vie, il se voit ainsi obligé d’accepter cette cohabitation forcée, dans un tel contexte. A eux alors de faire, dans ces derniers moments, un geste pour l’autre.

Alors que l’on s’attend – non sans raison, du fait du battage médiatique autour du film – à entrer dès le début dans le cœur du sujet, à savoir l’euthanasie et l’accompagnement en fin de vie, on se retrouve vite désappointé. Durant les trois-quarts du long-métrage l’on gravite autour d’Alain, ses problèmes personnels et, certes, la relation avec sa mère. Non pas que cela soit inutile ni desserve le déroulement de l’histoire. Mais c’est plat, long, et ça s’éloigne un peu trop du sujet. Bref, on reste sur sa faim. quelques-heures-de-printemps-19-09-2012-19-09-2012-3-g.jpg Cependant, les vingt dernières minutes du film sauvent du naufrage : tout en retenue et en pudeur, on entre enfin dans le vif du sujet. Que peut-on faire lorsqu’il n’y a plus rien à faire ? Et comment cela se passe-t-il ? Sans prendre parti, le film nous montre qu’il y a une autre alternative aux soins palliatifs, pour aider ceux, condamnés, qui veulent partir avant de perdre validé, toute dignité, toute intégrité. Emouvant sans être pathos, la séquence prête à réflexion, et c’est tant mieux.

Ainsi l’on retient cette remise en jeu du débat sur l’euthanasie – et ce petit coup de pouce pour notre note de participation en conf’ de droit. Cependant, âmes sensibles, prévoyez vos kleenex ; amateurs de sensations fortes et d’intrigue, passez votre chemin.

Palmyre Bétrémieux

RETROSPECTIVE

La Ferme des animaux, de John Halas et Joy Bachelor, d’après George Orwell

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Surprise ! Le dessin animé le moins enfantin du monde est de retour dans les salles, remasterisé pour un son et une image hauts en couleurs ! Pour tous ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de le voir en cours d’Anglais, c’est le moment d’en profiter, et notamment dans les salles obscures du cinéma d’art et d’essai Reflet Médicis (3 rue Champollion 75004).

Adapté du roman éponyme de George Orwell, le film, sorti 1954 a presque autant de retentissement que le livre en 1945. Il relate l’histoire d’une petite ferme en proie à de graves problèmes économiques. Les animaux, plus que lassés de leur condition insupportable, décident secrètement de se rebeller contre leur maître. Sur les conseils du cochon Sage l’Ancien, ils parviennent à se libérer de l’emprise du fermier Jones, et organisent alors une société prônant la paix, la solidarité, et l’égalité. Selon les sept principes établis par les cochons, la ferme voit naître une toute nouvelle vie en communauté, où chacun s’implique pour que tous vivent dans des conditions décentes. Le cochon Boule de Neige est celui qui énonce les grandes règles de vie commune et qui répartit convenablement les tâches entre chevaux, ânes, vaches, cochons, poules, canards, chiens et chats ; mais c’est sans compter les plans de plus en plus diaboliques de Napoléon, le cochon qui lorgne discrètement sur le pouvoir. A la suite d’un ingénieux stratagème, la ferme tombe entre ses pattes, et c’est alors le début d’un enchaînement de dégradations pour la condition animale. Les cochons arrangent alors à tort et à travers les lois de la ferme selon leur bon vouloir. Les animaux sont certes tous égaux, mais certains le sont plus que d’autres…

Saisissante dénonciation du régime communiste de l’URSS, La Ferme Des Animaux, 58 ans après sa sortie originelle, suscite toujours une vive empathie chez les spectateurs. Grands principes fourvoyés, population avilie et exploitée, culte de la personnalité imposé, trahisons maquillées, chaque coup de crayon de ce dessin animé est un rappel du pouvoir terrifiant de l’idéologie stalinienne. Courez le revoir : le film n’a rien perdu de sa puissance.

Clara Duchalet

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