Cinéma

Revue Ciné: semaine n°2

Deuxième volet de notre revue consacrée aux sorties cinéma de la semaine, consacrée à deux films, Two Days in New York, de Julie Delpy, et Week-End, d’Andrew Laigh. Une revue écourtée puisque des comptes-rendus plus exhaustifs sont à venir dans le courant de la semaine. Sans oublier de remercier Dylan Buffinton, membre du Ciné-Club de Sciences-Po, pour sa contribution.

Capture_d_ecran_2012-04-03_a_21.21.29.png

Sabordage transatlantique

Two days in New York, de Julie Delpy

Ils auraient mieux fait de rester à Paris! Quelques années après leur séjour parisien, Marion (Julie Delpy) et Jack ont eu un enfant, se sont séparés et Marion a reconstruit sa vie avec Mingus (Chris Rock), chroniqueur radio Afro-américain. Lorsque la famille de Marion débarque à New York pour le vernissage de sa dernière exposition, les choses tournent mal; et le film aussi !

2-Days-In-New-York-Affiche-France__Copier_.jpg

Le cliché du Français qui se trimballe avec ses fromages et ses saucissons et qui ne se lave pas, c’est mignon cinq minutes… Dans Two Days In New York, Julie Delpy perd sa touche indé, son ton caustique, au profit de la caricature et d’une comédie farcesque souvent lourde. Davantage cul-cul que dans le prequel parisien, le scénario est également plus capillotracté (c’est le cas de le dire: tirer, littéralement, les cheveux de sa soeur, à près de quarante ans… Seriously?), mais dessert le film; ce qui en ressort n’est pas un univers déjanté, ni même loufoque, mais une suite scénettes sans queue ni tête, passablement drôles.

Heureusement que l’esthétique colorée de Delpy est toujours là, car le casting, impressionant, déçoit un peu: le rôle de Marion, dans cet opus, est aussi diaphane que son physique et Chris Rock, pourtant très attendu, est ennuyeux à force dans son jeu d’amoureux offensé. Alexia Landeau relève le niveau, campant la petite soeur nymphomane et délurée de Marion. L’apparition de Vincent Gallo et sa conversation avec Julie Delpy restent le point culminant du film, bien que gâché par la tournure inouïe des évènements, tels qu’ils relatés par Marion.

Se voulant moderne dans sa dépiction d’une faune new-yorkaise hipster-arty, Two Days In New York se révèle finalement assez désuet et trivial; on ne retrouve pas la fraîcheur cynique et la portée universelle du premier film; c’est bien dommage.

Ariane Kupferman-Sutthavong

Toutes voiles dehors !

Week-end, d’Andrew Haigh

Primé par une tripotée de festivals londoniens undergrounds, filmé et produit presque sous le manteau, Week-End d’Andrew Haigh pourrait passer inaperçu tant il semble un cliché d’anticonformisme à peu de frais. Mais non, nous ne sommes plus dans les années 1960, lorsque Fassbinder montrait des jeunes marins se tripotant sous une lumière chaude, plus dans les années 1970 durant lesquelles Friedkin fit de l’homosexualité un synonyme de cuir ou encore de caves mal aérées. Il semble finalement qu’on ait dépassé le paradigme des années 1990-2000 d’une homosexualité dont les acteur finissent toujours par fréquenter de trop près la lame affutée d’un cinglé, portrait d’une Amérique refoulant des pulsions Aujourd’hui, Tom Cullen et Chris New interprètent deux jeunes hommes comme les autres (ni folles, ni cowboys uber-masculins) qui se rencontrent et se rendent compte de leur attirance mutuelle.

209178.jpg

On passe forcement par les poncifs du genre (rébellion, interdiction, dissimulation), mais ceux-ci sont assez bien écrits pour interroger à nouveau, autant l’amateur hétérosexuel lambda que les gays, sur les défis de demain quant à la perception que les uns ont des autres. On en vient tout de même à être dérangé lorsqu’une voix au loin lance un élégant « PD ! » au moment où les deux hommes assument enfin un premier (et dernier) baiser sur le quai d’une gare.

Mais plus encore, l’intérêt du film réside dans ses émotions elles-mêmes. Haigh met en place une trame proche d’un Coup de Foudre à Nothing Hill (mentionné d’ailleurs par l’un des hipster barbus). L’homosexualité est donc une sexualité comme une autre ! Belle nouvelle que nous semblions avoir intégré mais qu’il est toujours bon de rappeler. Sans passer par une vision pornographico-bestiale trop souvent imaginée, l’amour et l’acte homosexuel chez Haigh est tendre, sans ambages, ni complaisance.

Ce film rappelle que l’homophobie n’est plus un absolu. Elle passe plus souvent par un acharnement psychologique et quotidien qu’une attaque physique. Il existe un « racisme ordinaire », et ce film rappelle l’impact tout aussi néfaste de « l’homophobie ordinaire ». Et quel bon rappel dans nos sociétés aujourd’hui.

Dylan Buffinton

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.