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Nicolas Dupont-Aignan « Moi président, il n’y aurait sans doute pas eu d’invasion russe en Ukraine »

La Péniche recevait le député et candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, le 22 mars 2022. Dans cet entretien, il revient, entre autres, sur la situation actuelle en Corse et en Russie, sur ses positions quant à l’Europe ainsi que sur son engament pour la cause animale.

LA PÉNICHE. – Vous avez récemment dénoncé depuis Ajaccio « la manœuvre préélectorale » et « l’amateurisme » du gouvernement quant au statut de la Corse. Quelle solution proposez-vous à ces tensions qui trouvent en toile de fond la question de l’autonomie, voire de l’indépendance, du territoire Corse ? 

NICOLAS DUPONT-AIGNAN. – Ne jamais céder aux pressions de la violence, et déjà faire des états généraux de la Corse pour voir exactement ce qui a été utilisé par l’autorité de Corse des nouvelles compétences — parce que ça ne sert à rien d’en donner des nouvelles si on utilise pas les anciennes —, quel a été le bilan, qu’est-ce qu’il manque, sur quoi est-ce qu’on pourrait améliorer les choses, quels sont les transferts financiers, qui paie quoi… Et au bout de six mois, quand on aura une photographie exacte, je pense que certains seront beaucoup moins gourmands en autonomie.

Vous vous dites engagé pour la dignité animale, et Brigitte Bardot vous a récemment qualifié de défenseur des animaux. Que pensez-vous de la question de la chasse, ou encore de celle de l’élevage et de l’abattage des animaux ? 

Les chasseurs ne sont pas les ennemis des animaux, contrairement à ce que l’on dit puisqu’ils participent d’une régulation et entretiennent le milieu rural, donc moi je n’oppose pas les deux. Il y a des excès qui peuvent exister, et je les combats. Mais je pense en revanche que tout l’accent doit être mis sur la gestion des abattoirs, notamment sur l’étourdissement qui doit être préalable à tout, avec une négociation avec les cultes, comme ça s’est fait dans certains pays comme le Danemark ou la Suède. Et il y a quantité d’importations d’animaux de compagnie qui ne respectent pas les normes, il y a la question de la gestion des refuges, il faut aider les bénévoles… J’ai un plan très complet sur le bien-être animal et la protection animale, qui n’a pas seulement été reconnu par Brigitte Bardot mais aussi 30 millions d’amis il y a quelques années, qui a élu ma ville et mon action comme exemplaires.

Pourquoi vouloir interdire la viande de cheval ? 

Les chevaux, c’est interdit en Angleterre par exemple, et on ne mange pas son chien ou son chat…

En parlant de la crise sanitaire, vous déclariez récemment à Ouest France “Cette crise m’a fait horreur”. Nombreux ont alerté sur la situation des étudiants durant cette période. Comment comptez-vous lutter contre la précarité étudiante ?

Par le travail universel. Moi, je ne suis pas favorable au revenu universel parce que j’estime que, pour les grands comme les petits, un revenu sans contrepartie n’est pas digne. Mais j’estime qu’il faut bâtir le travail universel : c’est un revenu, à mi-temps par exemple, en échange d’un vrai travail d’intérêt général, qui complèterait les petits boulots habituels. Il y aurait donc à la fois les petits boulots de la vie économique normale, et aussi la possibilité pour les jeunes d’être embauchés dans les communes, dans les hôpitaux, dans les refuges… pour mener une tâche d’intérêt général. Ça leur permettrait de financer leurs études, d’être utile à la collectivité et ça rendrait service. Je l’ai fait dans ma ville, où je finançais la moitié du permis de conduire par un travail de quinze jours en mairie.

Voulez-vous conserver un service public audiovisuel ? 

Oui à condition qu’il redevienne neutre, sinon il faudra arrêter. Si il est neutre et qu’il y a une égalité de temps de parole, pourquoi pas, au contraire. Je ne suis pas hostile au service public par essence, en revanche il y a une dérive, notamment de Radio France, qui ne respecte aucune des règles de l’Arcom.

Vous voulez remplacer l’Union européenne par une communauté des nations libres et des projets à la carte. Mais concrètement, comment cela fonctionnerait ? Ne serait-ce pas un frein lors de crises comme celle que nous vivons actuellement en Ukraine ? 

Aujourd’hui, l’Union européenne ne sert à rien en Ukraine, et on voit bien les résultats de cette union américaine… En fait, ce que je veux simplement, c’est abandonner la supranationalité, supprimer la commission de Bruxelles, rétablir la primauté du droit national sur le droit européen, et ensuite faire des coopérations comme en a fait Airbus, Ariane, mais dans plein de domaines : la politique de développement en Afrique, la transition énergétique, le numérique où l’on est très en retard par rapport aux américains et aux chinois… Bref, je veux une Europe des projets, et que tout le reste revienne aux nations, qui doivent se gérer démocratiquement — puisque l’Union européenne pour moi n’est pas démocratique.

Si vous êtes élu, vous entendez refuser l’application de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour européenne des droits de l’homme. Quitter l’Union Européenne ne serait-il pas plus simple que de réviser ses traités constitutifs ?

Non parce que je pense que les peuples des membres de l’Union européenne veulent tous changer le système qui ne marche pas. Il ne s’agit pas de faire un Frexit — ça on le fera si nos partenaires ne veulent pas négocier —, mais je pense que ces murs sont utiles pour se concentrer sur des vrais objectifs de puissance pour affronter la Chine et les États-Unis. En revanche, il faut laisser les nations vivre : si la France a envie d’avoir un service public postal, si l’Allemagne a envie de recycler ses bouteilles de verre… Chaque pays doit pouvoir se gérer comme il veut. Pourquoi tout concentrer ? Ça ne marche pas. En plus, ça nous coûte une fortune. Je ne vois pas l’intérêt de dépenser de l’argent pour 10 milliards par an, soit quasiment le prix de l’enseignement supérieur en France, pour une organisation qui ne marche pas et qui nous fait du mal. En revanche, si on me demandait de l’argent pour investir dans de vrais projets sur les cinquante ans qui viennent, ensemble à trois ou quatre pays, à géométrie variable, alors oui bravo. Moi, je ne suis pas hostile à des coopérations européennes, je suis hostile à une supranationalité bureaucratique, ultralibérale et anti-écologique. 

Que pensez-vous des sanctions prises à l’égard de la Russie ? Vous président, qu’auriez-vous fait ?

Moi président, il n’y aurait sans doute pas eu d’invasion russe en Ukraine, parce que j’aurais fait respecter les accords de Minsk par les ukrainiens, ce qui n’a pas été fait. J’aurais ensuite proposé un statut de neutralité de l’Ukraine, et je n’aurais pas fait avancer l’OTAN si proche de l’Ukraine. En tout cas, la France n’aurait pas été alignée comme cela sur les États-Unis. À partir de ce moment-là, j’approuve les sanctions contre les oligarques, parce que je condamne l’intervention en Ukraine, mais je n’approuve pas les sanctions économiques qui se retournent contre nous et qui sont absurdes. Ces sanctions n’ont qu’un objectif : vendre du gaz américain et qatari, donc on substitue le Qatar comme modèle de démocratie à la Russie… Je ne vois pas trop la différence.

Questions dans le cadre de l’émission de RADIO GERMAINE

RADIO GERMAINE. – Vous êtes ici en prime time, pour tous nos auditeurs. Je vous ai vu sur Elysée 2022 jeudi dernier, le 17 mars, et vous déploriez l’heure tardive de votre interview en disant « c’est pour les insomniaques ». Il était 23h30. Pensez-vous que votre éléctorat soit constitué d’insomniaques ou plus généralement, comment le définiriez-vous cet électorat ? 

Je n’en sais rien. Simplement je conteste. J’ai eu 15 heures de télévision et de radio depuis le premier janvier quand Emmanuel Macron et Marine le Pen en ont eu 150. Et quand madame Hidalgo en a eu 50 alors qu’elle est derrière moi dans les sondages. Donc madame Hidalgo a de la chance, elle a pu parler aux gens éveillés, aux travailleurs. Parce que quand on travail dur, on ne regarde pas la télé, surtout après une heure d’Hidalgo c’est fatiguant. Donc on ne commence pas à 23h20 à regarder la télévision. Pas besoin de somnifères, il y avait Hidalgo. 

On vous accuse souvent de relayer des thèses un peu complotistes notamment à la suite de vos propos au plus fort de la crise du COVID. Vous vous en défendez parfois en disant que vous êtes surtout contre les mesures liberticides du gouvernement Macron et que certains chercheurs ont dit que l’ivermectine marchait. Ma question est simple, pensez vous qu’on peut faire confiance aux scientifiques quand il s’agit de questions un peu pointues comme l’épidémiologie ou les sciences de l’environnement ? Par exemple, est-ce que vous savez ce qu’est une méta-analyse ?

Je vais vous dire, les scientifiques cherchent, doutent, trouvent et cela change. C’est pourquoi je ne fais pas confiance béatement à un scientifique. Et sur la crise du COVID j’ai écouté tous les scientifiques, simplement j’ai regretté qu’à la télévision on en voit que certains et pas les autres. Je pense que les français étaient assez grands pour entendre des scientifiques qui pensaient radicalement différemment. Mais on n’avait le droit qu’à Madame Lacombe qui s’est plantée sur tout et on n’avait pas le droit à monsieur Raoult qu’on prenait pour un dangereux personnage. Je ne dis pas que Raoult avait raison sur tout mais c’est intéressant de tout écouter. Et ce que j’ai constaté, c’est que tout a été fait pour empêcher les français de se soigner avec des médicaments pas coûteux. Parce qu’on voulait nous vendre le vaccin, qui est une catastrophe notamment pour les jeunes et je trouve ça déplorable. Je l’ai dit et on m’a traité de complotiste. L’ivermectine est utilisée dans tous les pays du monde sauf en France où elle a été freinée. Il y a un site internet Ivermectine, vous avez 300 études, il y en a 76 qui sont enthousiastes, d’autres qui sont contre, d’autres qui sont pour. Moi je connais beaucoup de médecins qui ont traité à l’ivermectine, moi-même j’ai été traité à l’ivermectine. En 3 jours c’était fini. Peut-être que sans ivermectine ça aurait été fini en 3 jours. Mais c’est curieux que tant de pays l’utilisent et que ça ait marché formidablement bien dans des pays, comme en Inde, au Mexique et ailleurs.

Voilà, je ne suis pas médecin, je demandais juste pendant cette crise que l’on est le droit de penser, de s’exprimer et quand on voit les mensonges d’Etat qui se sont succédés pendant deux ans, je ne pense pas avoir autant menti que monsieur Véran, plutôt l’inverse.

Sur la crise du COVID encore, sur le plateau d’Elysée 2022 vous avez évoqué le thème de la sécurité, nous aimerions revenir notamment sur le thème des violences faites aux femmes que vous aviez évoqué brièvement et qui est cher à votre programme. Que proposez-vous de faire pour réduire ce qui a été appelé « une épidémie dans l’épidémie » car ces violences ont augmenté pendant les différents confinements ?

Ce qui est fait en Espagne. On a la chance d’avoir eu un modèle espagnole qui, suite à des violences abominables, a pris en main le problème et l’a, pas traité, mais corrigé. Alors qu’en France on est toujours dans le discours. Donc c’est une enquête en 72h et un jugement dans les 15 jours. Pour aller vite car ce sont des actes de violence inacceptable où on peut aller vite. Je demande des tribunaux dédiés comme en Espagne, je demande que le bracelet protection et le téléphone grand danger ne soient pas stockés dans les caves du Ministère de la justice. Je demande que la justice française prenne au sérieux ce qui se passe. Ce n’est pas totalement la faute des magistrats, il y a un problème culturel je pense mais il n’y a pas que ça. On a si peu de moyen dans la justice française qu’ils sont complètement débordés. Et puis des logements d’urgence comme j’en avais fait dans ma ville quand j’étais maire. Si toutes les communautés de commune avaient un ou deux logements d’urgence ça aiderait beaucoup les familles, et il n’y a pas que les femmes, il y a aussi les enfants.

Votre programme est très fourni et complet. J’ai notamment noté une mesure sur l’envoi au bagne aux Îles Kerguelen réservées pour les faits de terrorisme. Concrètement comment vous comptez mettre cela en place ?

Très simplement, vous savez qu’aux Kerguelen il y a un centre de recherche, il y a une rotation et les djihadistes au lieu d’assassiner Yvan Colona, comme ce djihadiste dangereux qui circulait dans une prison à Arles, ils seraient aux Kerguelen et y resteraient le temps de leur peine. Il ne s’agit pas de créer un bagne, c’est le terme mais il s’agit de dire que quand on est en guerre contre la France et la République, on n’est pas considéré comme un prisonnier de droit commun. Comme je ne veux pas ouvrir le débat sur la peine de mort, j’organise un emprisonnement éloigné mais sous contrôle judiciaire avec une fin programmée. Il ne s’agit pas de les faire périr aux Kerguelen, il s’agit symboliquement de dire, c’est une guerre, ce sont des terroristes et pas des délinquants comme les autres.

Mais ce n’est pas non plus comme un envoi au Goulag ? 

Non, rassurez-vous.

Vous êtes connu pour l’excellent rapport parlementaire que vous avez fait en 2013 avec le sénateur communiste Eric Bocquet sur la lutte contre les paradis fiscaux et donc contre la fraude fiscale et l’optimisation fiscale. Pourtant cette lutte là, semble être de moins en moins au coeur de vos discours. Pourquoi ?

Parce qu’il y a eu des progrès d’abord. Notamment avec l’accord de l’OCDE sur la taxation des entreprises pour éviter les prix de transfert, encore que ça continue avec McKinsey et les copains de monsieur Macron. Mais d’une manière générale il y a eu des progrès, il faut continuer, notamment sur la fraude à la TVA et j’en parle, autant que la fraude sociale. Je parle des deux à la fois. Le haut et puis partout. Je continue. Les Voleurs de la République c’est un livre que j’avais publié. Je suis le dossier. Vous avez peut-être raison, j’en parle moins mais il faut en parler parce que la fraude, notamment les escroqueries à la TVA c’est 20 milliards, c’est colossal. Et les données, et les multinationales qui ne payent pas l’impôts. Mais dans mon livre Où va le pognon le dernier, il y a trois chapitres dessus. Mais ce qui est intéressant, c’est le problème médiatique, les trois chapitres sur la fraude fiscale, aucun journaliste n’en parle jamais. Et ils me posent toujours les questions sur les deux chapitres sur la fraude à la sécurité sociale. Donc je réponds aux questions. 

Pour rebondir sur une réponse que vous avez apportée à La Péniche, madame Pécresse est souvent qualifiée de Madame 20h02, en référence à son éventuel appel au vote au second tour pour monsieur Macron. Est-ce que vous êtes le Monsieur 20h02 de Marine Le Pen ?

Non parce que moi j’ai mis 4 jours, ça a été plus long, j’ai réfléchi, j’ai modifié le projet. Contrairement à ce qui a été dit à l’époque, il y avait eu une vraie négociation. Donc ce n’est pas du tout la même chose. Chacun sa manière de faire. Moi j’estime que quand on est candidat au premier tour, c’est difficile de dire au second tout aux gens « vous vous allez voter, mais moi je m’en lave les mains, je suis Ponce Pilate ». J’en ai pris plein la figure mais je ne regrette pas ce que j’ai fait, j’ai été cohérent parce que je suis plus proche de son projet que de celui de monsieur Macron. Et après-coup on a vu que c’était pas l’ange qu’on avait dit en 2017 ni le mec efficace si je puis m’exprimer ainsi. 

Propos de la première partie recueillis par Caroline Renaux et Ambre Bertocchi.

Crédit image : ©SciencesPhotos – Delia Dinca