Cinéma

Love like a sunset: Somewhere de Sofia Coppola

somewhere.jpgChaque nouveau film de Sofia Coppola est un petit événement en soi. Depuis son tout premier, Virgin Suicides, la fille du Parrain a su imposer une vision, un style et un univers particuliers. Somewhere, son petit dernier qui sortira dans les salles françaises le 5 janvier prochain, aura peut-être des airs de déjà-vu pour les amateurs de la réalisatrice ; en effet, on n’a cessé de répéter à tort et à travers que le film n’était qu’un remake déguisé du fameux Lost in Translation (voyez par vous-même : http://FunnyOrDie.com/m/4297). N’ayant personnellement pas vu ce dernier, il m’est impossible de juger sur ce point.

Johnny Marco vit à l’Hôtel du Château Marmont à Los Angeles. Il ne sort pas souvent, il joue aux jeux vidéo, couche pour passer le temps, reçoit des sms anonymes le traitant de « asshole », semble finalement ne pas avoir d’aspirations, ni d’envies. Il est passif. Et comme une bonne majorité des personnages imaginés par Sofia Coppola, il s’ennuie. Mais Johnny Marco est aussi acteur de renommée internationale, une situation qui l’oblige à se trimballer d’interviews en photoshoots, de séances de maquillage absurdes (une scène absolument magnifique de solitude où Johnny Marco se fait recouvrir la tête de plâtre pour les besoins d’un film) en cérémonies de remise de prix tout aussi étranges en Italie. Alors, au milieu de cette vie irréelle apparait sa fille de 11 ans, Cléo. Sa mère, qu’on ne verra jamais mais dont la présence pèse pendant une bonne partie du film, l’a confiée à Johnny pendant quelques semaines. C’est Cléo qui va permettre à son père de se raccrocher à la réalité de laquelle il était resté déconnecté trop longtemps.

Ca fait cliché, ça fait histoire vue et revue de l’enfant innocent venant replacer l’adulte pêcheur sur le droit chemin. Pourtant, il faudrait d’abord rappeler que ce sont souvent les histoires les plus prétendument simples qui font les plus beaux films (quelqu’un a dit « Avatar » ? je me tais). Surtout, c’est la manière qu’a Sofia Coppola de traiter son sujet qui fait de Somewhere un film si singulier, si tendre. Le film se construit par les images, par les regards et par ces moments futiles entre un père et une fille (plusieurs très belles scènes de complicité dont une très drôle où les deux protagonistes jouent à Guitar Hero) qui ne se disent jamais « Je t’aime » probablement parce qu’ils n’en ont pas besoin. Il n’y a pas beaucoup de dialogues dans le nouveau film de Sofia Coppola, et pourtant un nombre incroyable de choses sont y sont dites.

Somewhere est à la fois drôle, triste et absurde. La première scène est assez significative du ton que prendra le film tout entier, je vous laisse la découvrir. On a souvent parlé de la faculté qu’a Sofia Coppola de filmer l’ennui sans ennuyer le spectateur, avec ce film, elle prouve qu’elle n’a rien perdu de ce talent-là. La solitude de Johnny Marco et son inadaptation au monde qui l’entoure sont particulièrement bien retranscris par le travail de Coppola sur le son et sur l’esthétique de ses images. Mais les grandes révélations de ce film, ce sont ses acteurs. Stephen Dorff, notamment, qui joue Johnny Marco, est incroyable, sachant par un regard, un sourire ou une attitude exprimer des sentiments qui auraient sonné faux avec des mots. Il faut le voir pour le croire. Sans oublier évidemment Elle Fanning, petite sœur de Dakota, géniale (c’est donc de famille). Enfin, il faudrait parler de la superbe bande-son, composée pour sa majeure partie de compositions de Phoenix qui viennent sublimer les images.

A noter aussi que le film a reçu le Lion d’Or au dernier festival de Venise, ce qui n’est pas rien.

Une dernière bonne raison pour vous convaincre de filer voir Somewhere le 5 janvier prochain.

10 Comments

  • C.

    José: je ne comprends pas bien comment une critique peut être « érronée ». Qu’est ce que cela signifie? Que l’avis de son auteur est « érroné »? Que celui qui s’octroie le droit de la déclarer « érronée » détient la « vérité » sur ce film?

    Jagorel: ce n’est pas parce que tu as été decu du film à titre personnel que le film « n’est que déception ». Mon avis vaut ce qu’il vaut, mais moi, j’ai bien aimé, par exemple.

  • Eliott

    @ José : Je ne vois pas comment une critique peut etre  »erronée », mais merci pour le reste…
    @ Jagorel : Je comprends que le film soit une déception pour certains, d’autant plus que j ‘ai effectivement pu lire un peu partout que Somewhere n’était finalement qu’un remake de Lost in Translation et de tous ses anciens films… Du coup, j’imagine qu’un peut trouver le film paresseux, effectivement. Comme je n’ai pas vu ces derniers, je ne peux pas juger. Après, de là à affirmer catégoriquement et au nom de tout le monde que « non, non, c’est une déception » je ne sais pas… Quant aux plans séquences, je ne pense pas que Sofia Coppola cherche à y insuffler une quelconque tension, ce n’est pas vraiment le propos du film, au contraire, et je ne trouve pas que le montage soit particulièrement mauvais. Bref, on est pas trop d’accord.
    @ Marc T : Qu’est ce c’est une « vraie critique de cinéma » ?

  • dude4023 (faut bien trouver un truc^^)

    Quid de la portée de la bande son et de sa french touch sur le film ? Quel rôle pour son compagnon et chanteur Thomas Mars ? (+1 pour les commentaires constructifs du style « faudrait vraiment faire une meilleure critique un de ces quatre », merci, vraiment utile).

  • Jagorel

    Non, non, « somewhere » n’est que déception. Parfois amusant, toujours poétique et porté par un Stephen Dorff impressionnant, le seul problème de ce film est… Sofia Coppola. Si elle nous a convaincus de son talent avec « Virgin Suicides » et « Lost in translation » (moins avec « Marie-Antoinette »… régresserait-elle ?), sa performance dans « Somewhere » est… paresseuse. Le sujet est fort, certes, mais son exécution est bâclée. La jeune réalisatrice l’avoue elle-même : « [ses] scripts sont très courts ! », franchement on l’aurait deviné : les nombreux plans-séquences sont vides de toute tension, approximatifs, on a l’impression que Sofia Coppola coupe au hasard, à contretemps. C’est mou, presque précieux. Il n’y d’harmonie que dans les notes de Phoenix : et quand la musique vient pallier les lacunes du cinéma, ce n’est jamais bon.

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