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Les 10 phrases à retenir de la conférence de Duflot et Canfin

 Photographie : Amal Ibraymi
Photographie : Amal Ibraymi

 

Excusez moi pour mon retard, je ressors d’une interview avec SciencesPoTV qui a duré plus longtemps que prévu : un vrai journaliste, quand il fait une interview qui dure vingt minutes, il dit pas que ça va durer cinq minutes”.

C’est avec cette petite pique à L’Interview Yahoo SciencesPoTV que Cécile Duflot a introduit la conférence évènement du semestre des jeunes Ecolos SciencesPo, en présence de Pascal Canfin, ancien Ministre délégué au Développement du gouvernement Ayrault.

La Péniche est allé découvrir pour toi l’amphi Caquot au 28 rue des St Pères un mardi jusqu’à neuf heures du soir pour sélectionner les dix phrases qu’il ne fallait pas manquer de la conférence “Merci pour ce moment”.

 

1 – “On a été trompé sur la marchandise”

Invité à analyser le départ des Verts du gouvernement lors du remplacement de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls, Pascal Canfin regrette que “l’accord passé avec le PS n’ait en fait jamais été reconnu par François Hollande. On est arrivés au gouvernement sans aucune feuille de route.” “Le compromis est un beau mot mais un moment donné, on est dans l’abdication, la compromission et non plus le compromis” ajoute-t-il.

S’appuyant sur le contre-exemple de la Grosse Koalition allemande, l’ancien député européen en a profité pour dénoncer “le problème structurel de la Vème République” de ne pas établir “d’accords de coalition où une majorité parlementaire s’engage sur un programme”.

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2- “Quand Sarkozy dit qu’il va chercher la croissance avec les dents, la gauche fait pareil même si ce n’est pas la même mâchoire.”

Si Pascal Canfin était suffisamment fier de sa punchline pour inviter les auditeurs à la tweeter, c’est sans doute car cette formule synthétisait à merveille la dénonciation de la politique productiviste du gouvernement dénoncée tout au long de l’intervention de Mme Duflot et M.Canfin. “Bercy est l’outil le plus conservateur qui soit au niveau de la transition énergétique” a notamment affirmé Cécile Duflot.

Le productivisme du hollandisme est d’ailleurs apparu mardi soir comme une des raisons majeures du départ d’EELV du gouvernement. Rien d’étonnant pour ce qui est certainement le principal fossé idéologique entre les écologistes et la gauche de gouvernement depuis 40 ans. “Sur ce qui fonde l’identité écologique, c’est à dire le refus du productivisme, la vieille gauche française est encore plus hostile à l’écologie que la bourgeoisie conservatrice ou la vieille noblesse ! Cela remonte au caractère bourgeois-conquérant des Lumières.” analysait Alain Lipietz dans une brève “Histoire de l’écologie politique” publiée dans Charles.

 

3 – “Moi, je suis pas députée du 11ème arrondissement.”

Face à l’interrogatoire musclé d’une animatrice de Germaine. sur son parachutage dans le 11ème arrondissement de Paris pour les législatives 2012, Cécile Duflot n’a pas cherché à s’inventer un enracinement obscur dans la 6ème circonscription de Paris via le beau-frère d’une grande tante ayant travaillé il y a une trentaine d’années avenue Parmentier.

L’ancienne secrétaire nationale des Verts s’est ainsi défendue en affirmant que les “parlementaires sont là pour défendre l’intéret général, pas celui de leur circonscription : il n’y a rien de plus terrible qu’un député qui arrive à l’Assemblée juste pour défendre un amendement lié à son territoire.”

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Photographie : Amal Ibraymi
Photographie : Amal Ibraymi
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4 – “On est au bout de la Vème République”.

Cette pique sur son parachutage dans la 6ème circonscription de Paris était évidemment une perche idéale pour Cécile Duflot afin de défendre l’instauration de la proportionnelle pour les législatives et la suppression du scrutin majoritaire par circonscription.

En 1993, on fait deux points de plus que Die Grünen en Allemagne. Ils ont 49 députés et nous 0” ajoute-t-elle pour mettre en avant le déficit de représentativité de l’Assemblée Nationale. Quitte à prendre de grandes libertés avec les faits puisque Die Grünen avait rassemblé 7,3% des suffrages aux élections fédérales 1994, contre 2;6% pour les Verts un an plus tôt. Pas deux points de plus donc, mais cinq de moins.

Au delà du fonctionnement institutionnel, Cécile Duflot a regretté que de manière plus globale, “nos outils démocratiques soient limités à un choix binaire oui/non” et défendu un recours plus systématique à des systèmes de vote préférentiels.

 

5 – “Le gouvernement casse l’investissement dans le BTP”.

23 000 emplois détruits en 2013, les mises en chantier de logements neufs qui chutent de 19% au deuxième trimestre 2014 -soit le plus bas niveau depuis 1998-, effondrement de l’emploi intérimaire de 18% par rapport à 2013, nombre de permis accordés qui s’écroule (cf graphique ci-dessous) : le BTP est un secteur en grande difficulté. La faute au “discours anxiogène” du gouvernement “qui tétanise l’investissement” pour Cécile Duflot.

Un comble pour l’ancienne ministre du logement dont la controversée Loi Alur sur l’encadrement des loyers est accusée d’avoir considérablement déprimé le secteur du bâtiment en faisant fuir les investisseurs. La loi Duflot “a tétanisé tout le marché de l’investissement locatif” assurait ainsi Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment, dans une interview au Figaro.

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Photographie : Amal Ibraymi
Photographie : Amal Ibraymi
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6 – “Je ne comprends pas comment on peut avoir moins de quarante ans, un cerveau, et ne pas être écolo”.

C’est un moment d’anthologie pour le bureau des Ecolos de Sciences Po. La punchline de Duflot fait mouche. Même Jean Claude Casanova se serait réveillé…
L’ancienne ministre poursuit “il faut trouver le bon vocabulaire pour convaincre”.

En visite dans une école scolaire flambant neuve et eco-compatible, Cécile Duflot se souvient de la fierté à demie dissimulée du directeur, lui murmurant à l’oreille “Et ça coûte seulement 150€ de chauffage par an !”. On peut donc bel et bien parvenir à l’écologie autrement que par la politique, à une échelle locale et individuelle plus accessible.

A l’entendre, la préservation de l’environnement devrait être le premier combat des jeunes générations, d’ailleurs souvent sensibilisées à la question assez tôt. “Lutter contre le déficit public, ça ne motive pas beaucoup” ironise-t-elle.

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7 – “On ne peut pas dénoncer la façon dont le monde fonctionne et dysfonctionne et refuser de vouloir se salir les mains”.

“Au nom de cette exigence de responsabilité, je ne suis pas d’accord avec la politique du moment : le CICE.” poursuit Pascal Canfin. Il dénonce plus particulièrement les “3 milliards d’euros octroyés à la grande distribution (2,3 milliards en réalité, ndlr)”. Il n’en attend que des investissements dans des pays émergents et des créations d’emplois hors de France.

Il ne s’agit pas d’être idéologique, mais pragmatique. Il faut aider ceux qui en ont réellement besoin, pour inventer l’économie de demain”. C’est un vaste problème que soulève l’écologiste : celui de la compétitivité de la France.

A ses yeux, il faut sortir d’une logique productiviste à moindre coût, et donc d’une compétitivité prix, pour mettre en place une vraie politique d’innovations, et de compétitivité hors prix, en prenant en compte des contraintes environnementales de plus en plus marquées.

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Photographie : Amal Ibraymi

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8 – “La planète a survécu à la disparition des dinosaures, elle pourrait assister à celle des humains”.

Cécile Duflot, maître dans l’art d’affirmations pour le moins incisives, relance la question du réchauffement climatique, alors que les experts du GIEC considèrent que l’on est en passe d’atteindre des concentrations de gaz à effet de serre jamais vues dans l’atmosphère depuis 800 000 ans.

Fidèle à sa couleur politique, l’ancienne ministre continue de tirer la sonnette d’alarme : “ça s’aggrave de plus en plus vite. Il faut un travail planétaire, complexe, pour penser un autre mode de développement, en commençant par des gestes habituels”.

Elle met en garde contre l’épuisement des ressources : “il y a 10 ans, on ne volait pas câble de cuivre à la SNCF” et s’enthousiasme sur des avions qui fonctionnent grâce à des panneaux solaires, même de nuit..

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9 – “Si on avait plus de pelage, ça se saurait”.

Derrière le petit moment de nostalgie sur la pilosité de nos ancêtres au Paléolithique, c’est encore avec ironie que Cécile Duflot pointe du doigt une sombre réalité sociale : la question du logement. Le rapport 2014 de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement estime ainsi que près de 700 000 personnes seraient dépourvues de “logement personnel” en France, c’est à dire SDF ou hébergées chez un tiers. Pire encore, près de trois millions de personnes vivent dans un logement surpeuplé ou inconfortable (problème d’isolation, de chauffage, d’eau, d’électricité…).

On comprend que l’ancienne ministre ait notamment défendu l’encadrement des loyers ou encore la mise en place de sanctions pour les propriétaires de logements insalubres refusant de faire des travaux, dans le cadre de la loi Alur. Au coeur de l’hiver, le logement semble plus que jamais être une priorité pour Cécile Duflot.

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10 – “On a eu raison cinq mois plus tôt que Benoit Hamon”.

C’est la fidélité à leurs valeurs et à leurs idéaux dont les deux anciens membres du gouvernement se targuent désormais. En dépit d’une “certaine latitude dans leurs actions”, l’insuffisance de personnalités issues d’EELV (deux sur les trente-huit membres du gouvernement) a eu raison de leurs efforts. Pascal Canfin se lâche : “On t’explique : tu acceptes d’être numéro trois du nouveau gouvernement, c’est inédit (…) Mais si tu acceptes, maintenant tu te tais.

Ayant quitté le gouvernement en septembre, il se place au même niveau que ceux ayant tenté d’infléchir l’inflexible, ceux qui ont fait l’impossible pari de changer de cap. Ceux là ont quitté le gouvernement un peu plus tard, au printemps dernier…
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2 Comments

  • CGV

    Un article comme La Péniche devrait en faire plus souvent : concis, qui décrypte et met en perspective, ni agressif ni complaisant.
    Par contre, mettre l’accent sur les « 10 punchlines », est-ce que ce n’est pas mettre l’accent pour sur la forme, la rhétorique, que le fond ? Il est vrai que vous contournez l’écueil dans les paragraphes, mais le risque est de se faire justice instrument de transmission des messages médiatique que veulent faire passer les politiques.

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