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LE MAG – La semaine cinéphile du Mag’

Dossier avant-première: Une délicieuse crème fouettée

La Crème de la crème, par Kim Chapiron

Pour le philosophe et essayiste Elie Yaffa, « dans la street, tout se monnaye ». Apparemment, l’univers élitiste des grandes écoles à la française n’est pas épargné non plus.

Dans « la plus grande business school d’Europe », en banlieue parisienne (l’école « fictive » n’est nommée à aucun moment, on s’demande bien de quoi elle est inspirée), la tout juste admise par « AD » Kelliah rencontre Dan et Jaffar, des losers indubitablement puceaux qui souffrent d’un déficit palpable de popularité auprès de la gent féminine. Si leur cote est aussi basse, c’est bien qu’il existe un marché sexuel, fondé sur des mécanismes similaires aux marchés financiers. Autour de Dan, Kelliah et Louis s’organise rapidement un business plutôt lucratif : importer moyennant finance des filles sexy en soirée pour faire monter le cours des étudiants introvertis.

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« C’est une comédie grinçante, mais avec un regard tendre, on ne sera jamais dans la parodie agressive » Benjamin Elalouf, producteur du film.

Kim Chapiron l’avoue et l’assume, la bande annonce est volontairement provocatrice, pour des raisons marketing évidentes. Du coup on y va pour assister à une comédie un peu trash, et surtout à la condamnation systématique et caricaturale des écoles de commerce. Heureusement, le film est radicalement différent de ce que laisse présager son trailer. Si l’univers de l’école est montré impitoyable et démesuré (et assez proche sur certains aspects de notre chère atmosphère sciencespiste, n’en déplaise aux nostalgiques du XXème siècle), La Crème de la crème se soucie peu des considérations moralisatrices et bien pensantes, et ça fait du bien.

Car il s’agit en fait d’un teen movie à la française : les archétypes du genre sont présents, francisés si nécessaire (Le capitaine de l’équipe de football devient le versaillais arrogant du BDE), et les intrigues tournent autour des émotions et de la perversion des personnages. Chapiron tire de ce genre purement américain le côté pétillant du film, auquel il allie un ancrage et une esthétique très français (à noter la BO remarquable et quasi-exclusivement en français). En évitant de tomber dans une critique vue et revue, en s’appliquant à raconter une histoire sans porter de jugement permanent, La Crème de la crème se révèle être un film drôle, rythmé et intense, servi par quatre jeunes acteurs inconnus du grand public mais incroyables de justesse auxquels on s’attache à mesure qu’ils se précipitent irrémédiablement du Capitole vers la roche Tarpéienne.

Dans les salles obscures le 2 avril.

Note: 4,5 / 5

Barnabé Tardieux

 

 

Le jour où Paris fut sauvé d’un Nazi (interprété par un Danois) par un Suédois (joué par un Français)…

Diplomatie, par Volker Schlöndorff

Le grand Kubrick avait coutume d’adapter des romans existants plutôt que d’écrire des scénarios originaux. Paresse ? Peut-être. Mais pour lui, cela permet de ne pas se demander « qu’est ce qui va arriver ? » mais plutôt « comment cela va-t-il arriver ? ». Dans le cas de Diplomatie, adaptation de la pièce de théâtre de Cyril Gély, la fin est connue, von Choltitz ne détruira pas Paris (non, la tour Montparnasse, ca n’est pas lui) mais ce qui fait le sel de l’entrevue entre le consul de Suède Raoul Nordling et ce militaire consciencieux, gouverneur de Paris depuis quinze jours, c’est de voir comment le diplomate arrivera à convaincre von Choltitz de changer d’avis et de désobéir au Führer.

DiploDussolier est un Nordling convaincant, toujours à la limite de la provocation, de l’insolence au moment de sauver Paris et Arestrup est parfait en nazi blasé par la fin de la guerre et la débâcle allemande qui s’annonce mais qui n’a pas perdu son sens du devoir. C’est un affrontement entre gentlemen, à fleurets mouchetés, diplomatie oblige. Ils ne sont surement pas amis, se craignent, se jaugent mais s’estiment en secret. L’un est diplomate, représentant un pays neutre, l’autre est un militaire engagé du mauvais côté de l’histoire. L’affrontement qui a duré trois ans au théâtre de la Madeleine est ici encore de haute volée, au cordeau entre ces deux dinosaures : les arguments font mouche et l’on n’aimerait pas être à la place de von Choltitz en cette moite nuit d’août 1944 dans cette suite du Meurice.

Diplomatie est un film intense qui retrace un événement méconnu de la fin de la guerre et réaliser que l’on doit la survie de Paris au savoir-faire diplomatique d’un suédois, à la conscience d’un général nazi, au sens de l’Histoire des deux hommes et un peu de chance, ça n’a pas de prix.

Note: 4 / 5

Hadrien Bouvier

 

 

Free Fall, par Stephan Lacant

Marc et sa femme sont heureux, fraichement mariés et attendent un enfant dans leur nouvelle maison. Un peu trop beau pour durer, se dira-t-on. Justement, ça ne dure pas.
La découverte de son homosexualité lorsqu’il rencontre Kay, un de ses collègues CRS, suffit amplement à chambouler cette vie ordonnée.

La trame se retire de ce terrain policier glissant aussi vite qu’on le lui pardonne : même si le message du film se perd quelque peu au cours de la « chute libre » de Marc, l’aspect social étant à peine effleuré, le jeu des acteurs à lui seul rend ce coming out vertigineux.

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Hanno Kofler et Max Riemelt sont impeccables d’intensité et de sobritété, et leur relation, asymétrique et haletante, parvient à effacer les frustrations d’un scénario plus prévisible qu’inventif (voire scolairement symbolique avec la répétition finale de la séquence de jogging initiale), mais que le réalisateur berlinois Stephan Lacant a pourtant mis 3 ans à développer.

Alors certes, ce n’est pas Brokeback Montain chez les policiers allemands, mais la mise en scène est réalisée avec beaucoup de talent, de manière épurée et les ellipses évitant les dialogues trop attendus habilement utilisées. L’ensemble est somme toute très attachant et aborde les thèmes de la pression familiale et de la quête d’identité avec une tension palpable.

Note : 3,5 / 5

Denia Baikari

 

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