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Fuite à l’Est des allemands

De plus en plus d'allemands s'exilent à l'Est.

La carte des migrations tend à évoluer dans l’Union Européenne depuis quelques temps ; l’Allemagne, devenue pays d’émigration, envoie une partie de sa population vers les pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO). Mais c’est un segment très ciblé du peuple allemand qui s’exile vers l’Est : la population âgée est en train de déserter le pays.

Si l’expression est trop forte comparée aux chiffres, le phénomène du départ des seniors est réel : en 2011, environ 7000 Allemands vivaient dans des maisons de retraite en Hongrie, 3000 en République tchèque, et un peu plus de 600 en Slovaquie, mais aussi en Pologne.
L’Allemagne s’affiche de fait comme le géant vieillissant de l’Europe. Avec une augmentation de la part des personnes âgées dans sa population totale et une perte du nombre d’habitant qui se chiffrerait à plusieurs millions d’ici à 2050, la démographie du pays a de quoi inquiéter. Surtout que ces tendances ne seraient pas prêtes de se résorber.
Parallèlement à une augmentation du nombre de retraités, on assiste aussi à leur appauvrissement.

En effet, les personnes âgées allemandes sollicitent de plus en plus les aides de l’Etat, leurs maigres pensions ne suffisant plus pour payer les onéreuses structures d’accueil.
Car les prix des maisons de retraites allemandes, qui s’élèvent à 3000€ par mois en moyenne, sont deux à trois fois supérieurs à ceux pratiqués dans les PECO. Ces frais faramineux sont le fait d’une pénurie de soignants d’une part, habituellement des immigrants ou des précaires arrivés par hasard sur le marché de l’aide à la personne, comme en Italie par exemple. Les places sont donc chères en raison de leur rareté. D’autre part, le différentiel des salaires entre l’Est et l’Ouest de l’Europe rend plus rationnel un départ vers les PECO.

Mais les associations de défense de la personne parlent plus volontiers de « déportations odieuse » que d’un choix financier. Si l’expression est forte pour marquer les esprits, la formule n’est pas totalement dépourvue de vérité : l’exil n’apparaît pas vraisemblablement comme un choix rationnel, mais plutôt subi. Peu de personnes âgées décideraient d’abandonner leur pays pour finir leur vie dans un pays Est-européen, parfois qui n’est pas même frontalier avec l’Allemagne.
Qu’un pays riche comme l’Allemagne voit toute une partie de sa population s’exiler pour des raisons économiques a vraiment quelque chose de préoccupant. Mais cette préoccupation doit se transformer en une politique sociale qui oserait aborder la question de la dépendance. Car, au traumatisme des émigrants, s’ajoute le manque à gagner pour les maisons de retraites germaniques.

Par Tom Guilbert

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