Vie du campus

Et si on nommait nos promotions ?

Promotion Voltaire

Nombreux sont ceux qui considèrent Sciences Po comme l’antichambre de l’École Nationale d’Administration. L’idée née fin septembre dans les hémisphères droits de Yacine Kretz et Thomas Janicot, deux fringants 1A, se situe dans la lignée directe de l’ambition administrative qui titille les méninges d’une bonne partie des étudiants de Sciences Po. Leur projet est en effet ni plus ni moins d’instaurer une tradition nouvelle au sein de « cette bonne maison »: donner un nom aux promotions issues de Sciences Po, oui, mais pourquoi faire ?

L’effondrement du lien communautaire, voilà leur ennemi. Il est révolu le temps ou c’est par menues promotions de 200 que les étudiants franchissaient bras-dessus bras-dessous les portes non-automatisées des l’École Libre de Sciences Politiques où d’accortes appariteurs enredingottés attendaient de pouvoir les délester de leurs Barbour, en maudissant tout d’un bloc le Front Populaire et la perte de l’Alsace Lorraine avant de s’en aller jeanmouliner en amphi Boutmy pour la plus grande gloire de la France Libre.

Aujourd’hui, les promotions de Sciences-Po© qui s’affairent à Saint Germain n’ont plus cette austère uniformité qu’imposait aux fournées d’étudiants le port de la gomina et du costume croisé. Ce que déplorent Thomas et Yacine, c’est précisément le fait que selon eux les élèves s’identifient plus à leur groupe d’intégration et à leur triplette qu’à la promotion dont ils font partie. Certes il est possible d’élargir son cercle de potes par l’implication dans une association, les flâneries dans le jardin et la présence aux soirées. Cependant, le sentiment d’appartenance à sa promotion s’en trouve-t-il renforcé au retour d’une soirée BDE quand, au petit matin, enfin, tout ce beau monde germanopratin chaviré d’alcool se déporte en titubant vers la station de métro ? Hélas non.

Ainsi l’idée de permettre aux étudiants de Sciences Po de donner un nom à leur promotion leur est elle venue pour renforcer le sentiment d’appartenir à un groupe plus élargi que la vingtaine de camarades qui se retrouvent de manière hebdomadaire en salle A31 pour deux heures de macroéconomie. Le choix du nom que les 1A donneront à la promo 2015 se fera d’une manière qui se veut la plus démocratique possible. Tout d’abord, un mail a été adressé à toute la promotion pour leur faire part du projet, et leur demander de faire parvenir leurs propositions de nom via les délégués. Yacine et Thomas se retrouvent ainsi avec une liste d’une trentaine de noms qui, après un passage par le filtre de Richard Descoings, sera soumise fin avril à un vote sur Internet du même type que le scrutin du début d’année pour la reconnaissance des associations. Enfin, une conférence sera organisée en Boutmy avec l’intellectuel qui aura donné son nom à la promo s’il est encore en vie et en pleine possession de ses moyens, ou avec un de ses proches.

Les deux instigateurs de cette tradition nouvelle insistent sur le fait que leur préférence va à un nom qui ne créerait pas de clivage politique ou dogmatique parmi les étudiants. Exit donc les hommes politiques, à moins qu’ils fassent l’unanimité et qu’ils aient déjà donné leur nom à un aéroport ou à un porte-amiante à propulsion nucléaire. Le but étant qu’un maximum d’étudiants puisse s’identifier à leur nom de promotion, sont privilégiés les intellectuels n’ayant pas été fusillés à la Libération, les penseurs n’ayant jamais été marié à Arielle Dombasle, les humanistes abolitionnistes et Steevy Boulay. Quoi qu’il en soit, ils ont l’aval des élèves, qui se déclarent à une écrasante majorité pour ce projet et jouent le jeu avec enthousiasme, mais aussi le soutien de l’administration: Richard Descoings confie qu’il s’agit d’un projet qui lui tient à cœur. David Colon se montre plus mitigé et pragmatique, soulevant par exemple la question du redoublement dans l’appartenance à une promotion, mais donne finalement son accord.

Cependant, est-il absolument nécessaire de se cantonner à un sérieux grisonnant en s’astreignant le parrainage de Machiavel ou de Jean-Picq de la Mirandole ? Certes, « Sciences Pô » se doit de conserver une image policée. Sans choisir Pierre Ménès ou Nicholas Cage, peut-être pourrions-nous toutefois nous inspirer de l’exemple donné par la promotion 1996 de l’IEP de Lille, baptisée « promotion Desproges », personnage qui parvint à combiner comme peu le verbe et le rire. Il est bien évident que la promo 2015 inaugure le bal et doit marquer le coup sans mettre la charrue avant les bœufs, mais est-ce une raison pour imposer sempiternellement Badinter, Jean Monnet, Simone Veil et Charles De Gaulle ? Ne serait-il pas plus pertinent d’opter pour la modernité plutôt que de se retourner sans cesse vers les titans de l’imaginaire collectif français ? Comme le disait si bien Georges W. Bush avec trois grammes dans le sang, « Je pense que nous sommes d’accord: le passé est révolu. ».

42 Comments

  • Rumert Purdoch

    Puisque l’on parle de Barbour, maison aussi britannique, noble et décrépie que la Couine, et en cette année de saillies princières et de honeymoon Sarko-Cameronienne faite de Mirage et de Tornado entrelacés dans le ciel azuré de la Cyrénaïque (le tout le plus cordialement du monde, surtout du point de vue libyen), pourquoi ne pas mettre la Grande Bretagne a l’honneur en baptisant la promo d’après le suave humaniste britannique, Oswald Mosley, 6th Baronet of Ancoats ? Son fils Max, amateur de pinces-fesses politiquement corrects en costume rayé, fera aussi l’affaire.

  • 2A

    Cette tendance à vouloir se donner l’apparence de ce que l’on est pas est ridicule. Se donner un nom de promo ne va pas faire naître un esprit de groupe, cela est impossible avec des promotions de plus de 1000 élèves. Alors arrêtez de vouloir faire genre, et concentrons nous sur de vrais moyens de créer un esprit de groupe, à une échelle intermédiaire entre triplette et promo…

  • wqsp

    H., je suis d’accord avec toi et j’espère que tu soutiendras mes propositions, parmi lesquelles Brasillach ! Maistres et Barrès, c’est du réchauffé.

  • H.

    Je viens de lire avec consternation une autre proposition grandiose et papouilles-dans-le-cou: Coluche (Lolwut) ? Le mec qui nous inflige de la guimauve chaque année, sous le prétexte de nourrir les gueux, et qui était aussi hilarant que Franck Dubosc? Pierre Desproges, reviens, ils sont devenus fous! La promo Liebermann me semble cool.

  • H.

    Nommer une promo Olivier Duhamel, cela relève du dernier pathétique. Parmi les élèves que j’ai fréquenté cette année, AUCUN sauf les plus pathologiquement atteints ne lui a trouvé un quelconque talent d’enseignant (il ne s’agit pas ici de juger le travail de recherche, etc.). Mais bon, vu la population bisounourso-débile de cet établissement, on va se retrouver avec du Montesquieu, du Mendès-France, et j’en passe et des meilleures toutes plus plus fadasses les unes que les autres. Moi, je voterai pour un des rares noms qui sortira de la bouse guimauvienne qui composera la liste.

  • Orson Welles

    Bonjour, c’est moi Orson Welles.
    Je me permets d’intervenir dans cet article parce que des petits malins risquent de se foutre un petit peu de ma gueule. Et n’oubliez pas que j’aime pas les voleurs et les fils de putes.

  • La France a besoin d'un homme de courage, de résolution.

    Et il propose humblement son nom, Jacques Chirac, pour la promo 2015, promo exceptionnelle à l’image de sa présidence.

  • Jean-Luc Godard

    Personne ne l’a suggéré ici, et pourtant vous le savez tous : tout ça va se terminer en « promotion Richard Descoings » dans quelques années. Tu m’étonnes que ça lui tienne à coeur !

    Et pour en rester à Napoléon :
    « On appelle cela des hochets, eh bien, c’est avec des hochets qu’on mène le monde! »

  • Napoléon Bonaparte

    En tant qu’ancien empereur des Français, je me permets de signaler que le nom Charles de Gaulle me semble très approprié. Je ne voudrais cependant établir aucun parallèle avec mon ancienne situation, mais il me semble que cet homme a incarné la France et lui a rendu une partie de la gloire que je m’étais efforcé de lui faire acquérir.

    Cher peuple Sciences-Pistes, je vous appelle à voter pour Charles de Gaulle, le plus grand homme que la France ait jamais connu (après moi et mon neveu…)

  • Moule à gauffres

    C’est naze un gros peu. Ça va tout de suite tomber dans le nom consensuel et pas fun, « Gandhi », « Philippe Séguin » ou « Martin Luther King ». Des promos « Hasan Nasrallah », « Velupillai Prabhakaran » ou « Avidgor Liebermann » ce serait tout de suite plus stylé.

  • Thomas

    On joue à être l’ENA… dommage d’en arriver là !

    Je suggère aussi qu’on fasse un uniforme à Sciences Po (comme à l’X), qu’on ait un bizutage harcore (comme à St Cyr) et qu’on mette un bassin dans le jardin (comme à l’ENS), comme ça on sera toutes les grandes écoles en même temps…

  • Patou

    Deja que le concept de non de promo est pas top et somme toute assez inutile, s’il vous plait épargnez nous les trucs pédants genre Cicéron, Jean Jaurès et autres Socrate.

    Par contre, tant qu’à avoir un nom de promo, autant faire un truc sobre et sérieux, genre Marc Lévy

  • Philippe Seguin

    Puisque j’ai un prix stylé à mon nom, donnez le nom de promo à Marc Bonnant ! Parce que c’était SUR STYLE de l’entendre parler à SciencesPo !!! =D
    nan ?

    bon alors Promotion Cicéron (à défaut de Jules César ce qui ferait un peu trop… too much)

  • Philippe Seguin

    Puisque j’ai un prix stylé à mon nom, donnez le nom de promo à Marc Bonnant ! Parce que c’était SUR STYLE de l’entendre parler à SciencesPo !!! =D
    nan ?

    bon alors Promotion Cicéron (à défaut de Jules César ce qui ferait un peu trop… too much)

  • Brice de Nice

    Faites la promo à mon nom, surfez sur la vie, soyez une promo qui glisse sur le swell.

    Ouais. Parce que ça marche aussi avec Sciences Po

  • victor

    Petite précision: en bi-cursus philo cette idée avait déjà été évoquée il y a plus d’un an de cela. Pour les actuels 2A, le nom sera sans doute choisie en fin d’année.

  • T.

    J’ai essayé de convaincre ma triplette de voter pour Lucille Egloff, ou pour Christophe Dechavanne. Sans succès: ils ont préféré soutenir un prévisible Oliver Duhamel, au prétexte que nous avons été sa dernière promo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.