Elections syndicales 2007 : Six questions à… la Cé et SUD (II)

Vous l’attendiez tous. Je veux bien sûr parler de la suite de notre enquête au coeur des programmes syndicaux. Place aux réponses de la Cé et de SUD.

Yassir HAMMOUD (4A, Stratégies Territoriales et Urbaines) pour la , propos recueillis par David.

  • Quelle est votre position sur la nouvelle politique des langues ?

Dans un contexte d’ouverture sur le monde, il es nécessaire de maîtriser au moins deux langues dont l’anglais. Pour la Cé, chaque étudiant de Sciences Po qui le souhaite doit pouvoir étudier une deuxième langue. Nous voulons le maintien des bi-classes en anglais et la possibilité pour les étudiants qui auraient atteint un niveau 4 dans au moins une des 2 langues de pouvoir en étudier une troisième.

  • Quel est votre avis sur la procédure d’admission actuelle ? Faut-il la réformer ?

Pour la Cé, la procédure d’admission actuelle n’est pas satisfaisante, compte tenu de la faible diversité sociale de Sciences Po. Mais les choses s’améliorent. Nous sommes favorables aux Conventions Education Prioritaire et nous souhaitons leur extension à; tous les lycées ZEP. Une réforme des épreuves est envisageable mais il faut bien prendre garde que les changements permettront bien aux étudiants issus de milieux socialement défavorisés de rentrer à; Sciences Po. Déplacer le concours en juin est une fausse bonne idée : cela permet certes de court-circuiter les prépas d’été mais ne permet pas à; ceux qui le souhaitent de se préparer seuls ou par la préparation d’été de Sciences Po. Cela renforcerait la domination des « grands » lycées qui préparent leurs élèves en parallèle de la préparation au Bac et des prépas à; l’année très coûteuses. Les épreuves du concours doivent se dérouler en province pour éviter des déplacements trop chers et socialement discriminants. La mise en place d’un oral d’admission est souhaitable. La suppression de l’entrée à; bac+1 est une bonne solution puisqu’elle ancre un peu plus Sciences Po dans le système européen LMD.

  • Que pensez-vous de la récente réforme des troncs communs ?

D’abord, il convient de dire que les troncs communs ne seront pas supprimés comme veut le faire croire l’Unef. Il est seulement question aujourd’hui d’alléger la charge de travail des étudiants en master où la spécialisation tient une place essentielle. Pour la Cé, il faut permettre à; chacun de sortir de Sciences Po avec un socle commun de connaissances tout en prenant en compte la diversité des étudiants. Que l’on soit entré à; bac 0 ou à; bac+3, on n’a pas le même parcours intellectuel. Pourquoi contraindre, comme c’est le cas aujourd’hui, un étudiant ayant une licence d’économie de suivre obligatoirement le cours de macroéconomie ? Il vaut mieux que cet étudiant développe ses connaissances dans d’autres domaines. De plus, nous considérons que les étudiants de Sciences Po sont bien des étudiants et pas des élèves : c’est pour cela qu’il faut développer le travail universitaire en autonomie pour lire dans leur intégralité des oeuvres fondamentales en libérant les emplois du temps de certaines heures de cours magistraux et de conférences. D’ailleurs, cette trop grande rigidité dans les emplois du temps n’autorise pas les innovations pédagogiques (jeux de rôle, sorties pédagogiques..). Enfin, notre établissement ne perdra pas son identité sous prétexte que les centaines d’étudiants du master n’assisteront plus exactement aux mêmes cours. Au prochain semestre, Guy Canivet (« premier juge de France ») donnera un cours sur les Grands enjeux de la justice, tout comme d’autres professeurs de renom. Où voit-on cela ailleurs ?

  • Quel est votre avis sur le calendrier universitaire ?

La Cé, nouveau syndicat étudiant à; Sciences Po, est le seul syndicat à; avoir soulevé ce problème. Nous pensons qu’il faut refondre le calendrier universitaire en mettant en place 2 semaines de vacances à; Noël, 1 semaine blanche (sans cours) avant chaque session d’examens, en maintenant la pause inter semestre. C’est nécessaire pour une meilleure répartition de la charge de travail. L’Unef avance que ce n’est qu’en déplaçant le concours d’entrée à; juin que l’on pourra modifier le calendrier universitaire. Le syndicat majoritaire se situe clairement dans une logique de tout ou rien, de conservation, qui ne permet pas de faire les changements nécessaires.

  • Quelles réformes voudriez-vous apporter à; l’aspect financier de Sciences Po (frais et bourses) ?

La Cé est favorable au système frais d’inscriptions progressifs et à; sa généralisation dans l’ensemble des universités françaises. Il est faux de dire que ce système nuit à; la démocratisation comme l’affirme l’Unef puisque la part de ces frais dans le budget total de Sciences Po est faible. La survie de Sciences Po ne dépend donc absolument pas de la présence dans les murs de l’IEP d’étudiants financièrement très aisés. Ce système a quelques imperfections : il faudrait une part fiscale pour chaque enfant à; charge dans le calcul des frais ainsi que la mise en place des mêmes règles d’acquittement pour les étudiants étrangers extracommunautaires.

  • Quelles réformes voudriez-vous apporter aux conditions de travail des étudiants ?

Les effectifs étudiants ont beaucoup augmenté et il faut donc donner les moyens à; chacun de réussir ses études dans de bonnes conditions. La Cé propose l’élargissement des heures d’ouverture de la bibliothèque ; la mise en place d’une charte du plagiat ; le développement de la mise en ligne des cours et des supports pédagogiques au lieu de payer des polycopiés très chers. Il faut aussi trouver des salles permettant les travaux collectifs. La Cé demande la reconnaissance des compétences associatives acquises à; Sciences Po, par l’attribution de crédits ECTS.


Nathanel AMAR (2A) pour Sud, propos recueillis par David.

  • Quelle est votre position sur la nouvelle politique des langues ?

Bien entendu, SUD considère que la politique des langues actuelle est préjudiciable à; l’étudiant-e et à; son ouverture intellectuelle. Beaucoup de syndicats s’opposent à; cette politique, tant mieux. Mais aucun n’a pris en compte les raisons d’une telle politique, que SUD dénonce: c’est l’attitude servile de Sciences Po aux considérations économiques, qui fait que seul l’anglais est rentable. La conséquence en est que l’anglais devient obligatoire, au détriment d’autres langues, nécessaire à; la culture des étudiant-e-s. SUD s’oppose à; cette professionnalisation et à; la fonctionnalisation constante de nos enseignements.

  • Quel est votre avis sur la procédure d’admission actuelle ? Faut-il la réformer ?

La position de SUD est ferme: l’Université doit être gratuite, laïque et non-sélective. La sélection opérée à; l’entrée de Sciences Po favorise les couches les plus aisées de la population, dans le but dissimulé de pouvoir leur faire payer plus cher leurs droits de scolarité. Cette procédure est viciée dans son fondement même, et ce n’est pas en appliquant une couche de « démocratisation » qu’on fera de Sciences Po une vraie université populaire.

  • Que pensez-vous de la récente réforme des troncs communs ?

Cette réforme des troncs communs, décidée unilatéralement par la direction (avec l’aval d’InterZaide, mais est-ce vraiment une force d’opposition ?) nous révolte. D’une part à; cause de la méthode de communication de Sciences Po, puisque les étudiant-e-s l’ont appris en lisant le  »Monde de l’éducation » (qui semble plus au fait des politiques de Sciences Po que le Conseil de Direction ou la Newsletter), mais également car il conduit à; terme à; l’instauration d’écoles spécialisées financées par des entreprises privées (comme pour le master journalisme), que SUD dénonce. Les masters moins « rentables », comme la recherche, sont voués au sous-financement, tandis que l’Oréal financera le master Finance et Stratégie, en sachant qu’il forme ses futurs employés.

  • Quel est votre avis sur le calendrier universitaire ?

Pour SUD, le calendrier universitaire de Sciences Po doit s’adapter au calendrier universitaire en général, ce qui nous permettra d’avoir les mêmes vacances que dans toutes les facs. Si Sciences Po arrêtait de nous supprimer des jours de cours dédiés aux joies de l’entreprise (la fameuse journée des entreprises) ou encore l’anniversaire des 60 ans de la FNSP (triste anniversaire puisqu’il marque le début de la gestion des finances de Sciences Po par une association de droit privé) auquel les étudiants n’ont pas été invités, peut-être que l’on aurait un calendrier « normal ». Mais nous n’axons pas toute notre campagne sur cet unique point, comme semble le faire certains syndicats qui n’ont pas trouvé de moyens plus démagogues pour attirer les étudiants.

  • Quelles réformes voudriez-vous apporter à; l’aspect financier de Sciences Po (frais et bourses) ?

Il faudrait déjà; que la gestion du financement de Sciences Po ne soit pas assuré dans le secret le plus total par la FNSP, qui est privé. 60% du financement de Sciences Po provient des caisses de l’Etat, il n’est pas admissible que Sciences Po puisse augmenter ces droits de scolarité, et gère cet argent de façon on ne peut moins occulte. L’enseignement supérieur est un service public, qui doit être financé entièrement par l’Etat, non soumis aux aléas économiques. Au niveau national, SUD milite pour la gratuité de l’enseignement supérieur et pour un salaire social au profit des étudiants, qui permettrait à; chacun de vivre de façon autonome, alors qu’aujourd’hui 51% des étudiant-e-s doivent travailler, et 40.000 se prostituent! Ce n’est pas acceptable, et SUD fera tout son possible pour donner aux étudiant-e-s les moyens de vivre décemment.

  • Quelles réformes voudriez-vous apporter aux conditions de travail des étudiants ?

Certains nous promettent une bibliothèque ouverte jusqu’à 21h, mais la masse salariale qui devrait être employé est bien trop élevé pour que cela soit réalisable. Il faudrait par contre augmenter le nombre de salles de travail, qui reste trop restreint face à; l’afflux d’étudiants. Mais les conditions de travail des étudiants ne pourront être améliorées que si leurs conditions de vie le sont également. La lutte pour un salaire social étudiant s’inscrit dans ce contexte. SUD ne voit pas les problèmes des étudiants par le petit bout de la lorgnette, comme le font bon nombre de syndicats corporatiste. Par son enracinement national, son interprofessionnalité, SUD est à même de défendre les intérêts de tous les étudiants, et faire avancer le débat social en général.

4 réflexions au sujet de “Elections syndicales 2007 : Six questions à… la Cé et SUD (II)”

  1. "il n’est pas admissible que Sciences Po puisse augmenter ces droits de scolarité, et gère cet argent de façon on ne peut moins occulte"

    Oui, moi aussi je suis pour plus d’occulte.

  2. Si la Confédération étudiante pouvait commencer à avancer des propositions propres au lieu d’expliquer en permanence "ce que pense l’UNEF", on s’en porterait pas plus mal.

    Alors : comme nous l’avons dit, l’administration envisageait effectivement de supprimer les troncs communs, ou plutôt, de faire des "troncs communs spécialisés par master", soit des troncs communs non communs. C’est l’action des élus UNEF qui a permis d’empêcher cela pour aboutir à un bon compromis entre réduction de la charge de travail et maintien de la polyvalence qui est seule garante d’une insertion professionnelle durable.

    Sur le calendrier, vous n’avez toujours pas dit COMMENT vous ajoutez des semaines de vacances sans décaler la rentrée. J’aimerai juste le savoir, et je pense ne pas être le seul.

    Finalement, la généralisation des frais progressifs à toutes les Universités serait effectivement une catastrophe. Tu imagines ce que ça donnerait à Paris XIII-Villetaneuse, à Toulouse Le Mirail, et dans d’autres Universités avec un grand nombre de boursiers ? Leur financement serait plombé, et elles seraient moins bien financées que les Universités où les étudiants sont plus aisés. Ce système aboutirait à privilégier encore plus ceux qui sont déjà privilégiés.

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